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Restaurer de nouveau les étudiants suscite des doutes

Le gouvernement burundais a officialisé le retour de la restauration des étudiants de l’Université du Burundi. Longtemps réclamé par les étudiants, les enseignants et les parents, il risque d’être bloqué par des questions logistiques.

Dans le cadre du budget 2026-2027, une enveloppe de 9,5 milliards BIF a été mobilisée pour la réinstauration du restaurant universitaire “Icuma”. Cette décision vise à améliorer les conditions de vie des étudiants vivant dans les homes universitaires. Au fil des années, la gestion directe et subventionnée des cantines par l’État avait été progressivement abandonnée. A la place, une allocation financière mensuelle destinée à couvrir les frais de logement et de subsistance.

Des inquiétudes sur le matériel et les équipements de cuisine

D’anciens employés du service social chargé de la restauration et du logement des étudiants s’interrogent néanmoins sur les conditions de sa mise en œuvre.
Selon eux, une liste du personnel appelé à reprendre les activités de restauration a déjà été élaborée au Secrétariat général de l’université. Toutefois, ils estiment que les autorités semblent partir du principe que toutes les infrastructures et tous les équipements nécessaires sont encore disponibles.

Or, selon ces sources, une partie importante du matériel a disparu après la suspension du système de restauration. Elles citent notamment des friteuses, des éplucheuses, des marmites électriques avec leurs câbles, des cuvettes, des plateaux de service, des fourchettes, des tasses à thé.
Elles parlent aussi de plusieurs tables et équipements dont certaines pièces auraient été endommagées ou perdues.

La valeur du matériel disparu dépasserait deux milliards de BIF, affirment ces anciens employés. À ce jour, aucune responsabilité n’aurait encore été établie.

Ils précisent que la situation varie selon les campus. Une grande partie du matériel serait encore disponible au campus de Kamenge tandis qu’une partie aurait disparu au campus Kiriri. Au campus Rohero, certains équipements auraient été prêtés à un opérateur privé exploitant un restaurant. Tout le matériel du restaurant du campus Mutanga serait disparu depuis 2019.

Informé de ces allégations, François Havyarimana, ministre en charge de l’enseignement supérieur, a effectué une descente au campus Mutanga le 23 juin 2026. Selon les informations recueillies sur place, il a constaté certains manquements et aurait ordonné l’ouverture d’une enquête afin d’identifier les responsables des disparitions du matériel signalées.

Des questions sur le financement

Un ancien employé du service de restauration estime que plusieurs questions demeurent sans réponse. « Les étudiants seront logés et restaurés dans quelles conditions ? Une étude a-t-elle été réalisée pour identifier tous les besoins nécessaires à la relance du système ? »

Il met également en doute l’adéquation de l’enveloppe budgétaire prévue et les besoins réels. Selon ses estimations sur les coups les plus bas, un petit-déjeuner évalué à 1 500 BIF par jour représenterait environ 45 000 BIF par mois. En ajoutant un déjeuner et un dîner évalués chacun à 3 000 BIF, le coût mensuel de restauration atteindrait près de 225 000 BIF par étudiant. « Cette somme est-elle réellement disponible ? Les marchés d’approvisionnement ont-ils déjà été préparés ? », questionne-t-il.

Pour cet ancien employé, de nombreuses zones d’ombre subsistent quant à l’organisation pratique du programme. Il estime que les autorités devront apporter des réponses claires sur les infrastructures et les équipements. En plus, les ressources humaines et les mécanismes d’approvisionnement doivent être précisés avant le démarrage effectif des activités.

Il trouve que les étudiants, les parents et les enseignants se réjouissent de cette mesure sociale. Néanmoins, la réussite du projet dépendra désormais de la capacité des autorités à relever les défis logistiques et financiers liés à sa mise en œuvre.

Une mesure accueillie avec enthousiasme par les étudiants

Pour de nombreux étudiants, le retour du restaurant universitaire constitue un soulagement. Jean-Claude Ndayishimiye, étudiant, estime que la mesure permettra d’améliorer les conditions d’apprentissage. « C’est une très bonne nouvelle pour nous. Beaucoup d’étudiants passent toute la journée à l’université sans avoir les moyens de s’offrir un repas. Parfois, certains suivent les cours le ventre vide. Ce qui rend la concentration difficile.»

Même sentiment satisfaction chez Aline Niyonkuru, étudiante à la faculté de droit. « Les dépenses liées à l’alimentation représentent une charge importante pour les étudiants et leurs familles. Avec le retour du restaurant universitaire, nous espérons avoir accès à des repas réguliers à un coût abordable. Cela va réduire les difficultés que rencontrent de nombreux étudiants, surtout ceux qui viennent de l’intérieur du pays. »

Les parents voient également dans cette initiative une réponse aux difficultés économiques auxquelles font face de nombreuses familles. « J’accueille cette décision avec satisfaction. Nourrir un enfant qui étudie à Bujumbura demande beaucoup de moyens. Plusieurs familles traversent des difficultés économiques. Lorsque l’État prend en charge une partie de ces besoins, cela soulage les parents. Cela permet aussi aux étudiants de se concentrer sur leurs études », témoigne Évariste Habonimana, père d’un étudiant.

« La mesure répond à des besoins réels »

Désiré Nisubire: « Cette mesure intervient au moment opportun et répond à des besoins réels des étudiants»

Le professeur Désiré Nisubire, président du Syndicat des enseignants de l’Université du Burundi salue lui-aussi la réinstauration des services de restauration et de logement dans les campus universitaires. « Cette mesure intervient à un moment opportun et répond à des besoins réels des étudiants. L’accès à une alimentation adéquate est une condition essentielle à la réussite académique ».

Il rappelle que les enseignants ont à plusieurs reprises alerté sur les difficultés rencontrées par les étudiants qui ne mangent pas suffisamment. « Le cerveau consomme une grande quantité d’énergie. Un étudiant qui n’a pas suffisamment mangé éprouve des difficultés à se concentrer ».

Toutefois, il appelle à la vigilance dans la mise en œuvre de cette réforme. Il insiste sur la nécessité d’un contrôle rigoureux dans l’attribution des marchés publics. Il met également en garde contre les risques de corruption et de népotisme. Il redoute une offre alimentaire qui ne répondrait pas aux besoins des bénéficiaires.

La direction de l’université du Burundi ne s’est pas encore exprimée sur ce dossier.

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