Il existe des batailles que l’on ne gagne pas avec des armures. L’Algérie l’a prouvé au Levi’s Stadium. Touchée, humiliée par l’Argentine, elle a ressuscité face à la Jordanie. 75% de possession pour les Fennecs, 619 passes, 10 corners contre 1. Et pourtant, deux têtes sur corners de Mahrez ont suffi. Benbouani 69e, Gouiri 82e. 2-1. Les Fennecs respirent encore.
Et dans le même groupe, CAN 2027, les Hirondelles du Burundi observent. Elles n’auront pas le ballon. Elles n’auront pas le nom. Elles auront le plan.
I. L’Évangile des Coups de Pied Arrêtés
Les CPA sont les psaumes du football pauvre. Corners, coups francs, pénaltys. L’Algérie n’a pas percé la Jordanie dans le jeu. 8 tirs cadrés, 0 but dans le jeu. Elle l’a ouverte sur phases arrêtées. Mahrez centre, trajectoire de chirurgien, et le marbre se fend.
Leçon pour le Burundi : La Jordanie n’avait que 25% de possession et 1 corner. Elle a quand même marqué. On n’aura pas 20 occasions. On aura trois CPA. Un seul corner bien frappé vaut plus que 10 corners subis. Trois prières. Dites avec précision, elles renversent les géants.
II. Le Piège du Bloc et du Poignard
L’Algérie s’étouffe face au silence. 75% de possession pour elle, 25% pour la Jordanie. Elle tourne, 619 passes pour étouffer, jusqu’à ce qu’une seule flèche la blesse. La Jordanie l’a fait sur une frappe.
Le Burundi doit être ce silence. Bloc bas, compact, cinq lignes à 20 mètres. Accepter de subir. Accepter de souffrir. Puis dégainer. La profondeur par les côtés, la course de Jean-Claude Girumugisha, l’appel de Bienvenue Kanakimana. Un ballon en cloche, une seconde d’hésitation, et l’histoire change de main.
III. Éteindre l’Astrologue
Mahrez voit les lignes invisibles. 566 passes précises à 91%, il dirige, il indique. Dès la 6e minute il pressait déjà. Sans lui, l’Algérie perd sa boussole.
Le Burundi doit lui coller une ombre pendant 90 minutes. Pas de coup, pas de faute bête. Juste une présence. Collé. Collé. Le fatiguer dans l’âme. Quand Mahrez doute, l’Algérie doute.
IV. La Fissure et le Marteau
L’orgueil est une armure splendide. Elle se fêle vite. Après le but encaissé, l’Algérie a tremblé dix minutes. Le regard a fui, les passes ont tremblé.
Si les Hirondelles ouvrent le score, on ne célèbre pas. On enfonce. Le deuxième but doit suivre dans la seconde qui suit le premier. C’est là que le géant redevient homme.
V. Le Schéma : l’Art du Siège
Dispositif : cinq bloqueurs, deux renards, un guetteur, un tireur.
Le bloc à l’entrée des six mètres, épaule contre épaule. Ils bloquent, ils retardent. Acceptez les 10 corners adverses. Aucun mouvement avant le centre.
Le leurre part au premier poteau. Il attire le gardien et deux défenseurs dans sa danse.
Le ballon traverse, fort, tendu, au point de penalty. Zone de vérité. Là où Benbouani a surgi, dans le dos du défenseur, sur le seul corner qui comptait.
Le renard part en retard. Il attend le chaos, le ballon mal renvoyé, et il pique. Comme Gouiri.
Le guetteur reste à 25 mètres. Son rôle : casser la relance de Mahrez. Faute tactique si nécessaire. Mieux vaut un carton qu’un but.
Épilogue
On ne bat pas l’Algérie avec des noms. On la bat avec un plan, de la salive, de la patience. La Jordanie l’a prouvé : 25% de possession, 73% de passes précises, 1 corner, 1 but. C’est assez. Jean-Claude Girumugisha n’a pas besoin d’être Mahrez. Il a besoin d’être juste. Trois CPA, un bloc de granit, une ombre sur Mahrez, et un coup de poignard quand le géant cligne des yeux.
Le désert a peur de ceux qui savent attendre. Et les Hirondelles ont fait de la patience leur arme.
Patrick Sota
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