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Au coeur du pays/Commune Rumonge : Entre atouts et opportunités inexploités

Le lac Tanganyika, une pêche prospère, des lieux touristiques, des champs de palmiers à huile à perte de vue, … La commune Rumonge regorge de beaucoup d’atouts. Toutefois, elle fait face à plusieurs défis qui peinent à trouver des solutions.

Par Fabrice Manirakiza, Devis Gateretse et Roxana Ingabire

La commune Rumonge est l’une des sept communes que compte la province de Burunga. Elle s’étend sur une superficie de 806,2 km2. Sa population est estimée à 809 769 habitants selon des informations recueillies à la commune Rumonge.

Elle s’étend sur trois régions naturelles, à savoir Imbo, Mumirwa et une petite partie du Mugamba. Elle fait frontière au nord avec la commune Muhuta, au sud avec la commune Nyanza, à l’est avec la commune Matana et à l’ouest avec le lac Tanganyika. Elle est parmi les communes du Burundi qui présentent de fortes températures et précipitations.

Depuis mars 2015 jusqu’en août 2025, Rumonge était une province mais, aujourd’hui, c’est une commune qui regroupe les anciennes communes Burambi et Buyengero. Historiquement, elle a été fortement touchée par les événements de 1972 où plus de la moitié de la population avait fui le Burundi.

Beaucoup de potentialités économiques mais, …

La commune Rumonge regorge de potentialités économiques de par sa position géographique sur le lac Tanganyika avec des sols fertiles, des sites touristiques, de grandes étendues de plantations de palmiers à huile, etc.

Elle longe le lac, qui est l’un de ses grands atouts, sur une distance de plus de 50 km. La pêche y est en effet prospère et fait vivre beaucoup de familles. La commune perçoit des taxes sur le poisson pêché. Le transport lacustre et le commerce se développent petit à petit à travers le lac.

Toutefois, ce milieu aquatique reste sous exploité selon de nombreux observateurs qui indiquent que ses belles plages devraient être de grands lieux touristiques.

Le transport et le commerce n’y sont pas développés comme il le fallait car, peu de bateaux assurent jusqu’à présent le transport des biens et des personnes à travers le lac Tanganyika.
Les lieux touristiques composés d’endroits à eaux thermales, de réserves naturelles et sa position par rapport au lac Tanganyika constituent des opportunités pour son décollage économique.

De grandes étendues de plantations du palmier à huile font Rumonge la première commune productrice d’huile de palme qui est consommée par la grande majorité de la population burundaise. Mais, la production va decrescendo depuis plusieurs années.

La commune Rumonge fait face aux défis dont le mauvais état des routes, la fraude, de mauvais résultats scolaires, …


Le secteur de la pêche gangréné par plusieurs défis

Dans la commune Rumonge, le secteur de la pêche est miné par la cupidité de certains patrons pêcheurs alors que les pêcheurs ordinaires continuent de croupir dans la misère malgré la pénibilité de leur travail. Ces derniers plaident pour une profonde restructuration du secteur.
Les pecheurs demandent la mise en place d’une commission chargée de suivre de près leurs préoccupations et d’assainir le secteur

Selon les pêcheurs, le projet d’assurance destiné à les protéger en cas d’accidents de travail n’a jamais produit les résultats escomptés. « Malgré les efforts consentis par l’INSS, aucune suite n’a été donnée aux cotisations versées par les pêcheurs. En cas de décès d’un des nôtres, les frais sont entièrement supportés par les familles et les collègues, sans aucune autre assistance », confie un pêcheur œuvrant tout près du port de Rumonge.

Les pêcheurs dénoncent également l’absence d’une représentation crédible capable de défendre leurs intérêts et de réclamer les indemnisations promises. « Les personnes élues au sein des comités de pêcheurs privilégient davantage leurs intérêts personnels que ceux de leurs confrères alors que chaque pêcheur contribue à hauteur de 10 000 BIF. »

D’après eux, l’un des principaux problèmes du secteur réside dans l’absence d’un cadre légal clair pour encadrer leur activité. Ils citent notamment la question des carburants qu’ils considèrent comme un facteur majeur de leur précarité.

Bien qu’ils connaissent les prix officiels pratiqués dans les stations-service, ils affirment être contraints d’acheter le carburant à des montants exorbitants pouvant atteindre 700 000 BIF, voire plus d’un million de BIF pour 40 l. « Le carburant est parfois stocké dans des domiciles privés où il alimente un commerce parallèle devenu très lucratif. Certains patrons-pêcheurs profiteraient de la crise en achetant le carburant au prix réglementé avant de le revendre aux pêcheurs à des tarifs excessivement élevés. Nous travaillons souvent à perte », s’indigne un autre pêcheur.

Une exploitation dénoncée par les pêcheurs

Les pêcheurs soulignent également la précarité sociale qui caractérise leur métier. D’après eux, lorsqu’un l’un d’entre eux tombe malade, il doit assurer lui-même les frais de soins sans aucune autre prise en charge. Ils regrettent par ailleurs l’absence de dialogue entre les pêcheurs et leurs représentants malgré de multiples demandes de réunions formulées depuis plusieurs années.

Ils évoquent également une grave crise de représentativité au sein du secteur. D’après eux, les bénéfices générés par leur travail profitent essentiellement aux patrons-pêcheurs tandis que les exécutants ne perçoivent que des sommes dérisoires. « Nous pouvons contribuer à des recettes dépassant 30 millions de BIF voire 50 millions de BIF par jour sans recevoir une rémunération décente. Les patrons-pêcheurs nous donnent seulement 10 mille BIF. Cela nous maintient dans un cycle permanent d’endettement et de pauvreté », indique le prénommé Jean-Paul, très remonté.

Face à cette situation, les pêcheurs demandent la mise en place d’une commission chargée de suivre de près leurs préoccupations et d’assainir le secteur. Selon eux, une meilleure organisation de la pêche aurait depuis longtemps permis d’améliorer leurs conditions de vie. Ils estiment enfin que le stress quotidien lié à leurs difficultés pousse de nombreux pêcheurs à consommer de manière excessive des boissons fortement alcoolisées, notamment le « Bangala ».


Femmes et jeunes filles de Rumonge

Entre débrouille et espoirs

Sur les rives du lac, la vie s’organise autour de la pêche et du petit commerce. Pour beaucoup de femmes, c’est l’unique source de revenus. Elles ne demandent qu’à être aidées.

La nommée Iteriteka, vendeuse de Ndagala, se souvient. « J’ai commencé à vendre du Ndagala à l’âge de 15 ou 18 ans. J’étais encore jeune fille. Je regardais comment les autres s’y prenaient. Comme ma grande sœur le faisait déjà, je me suis dit que je devais m’y mettre aussi. »

C’est là, au bord de l’eau, qu’elle a rencontré son mari, un jeune pêcheur. Avec un capital de 20 000 BIF en 2022, elle s’est lancée. « Depuis, je travaille sans relâche. Même après avoir accouché de jumeaux, je ne me suis reposée que deux mois. Aujourd’hui, je ne me vois pas faire un autre métier. » Par jour, elle gagne environ 10 mille à 15 mille BIF, de quoi nourrir ses quatre enfants.
Mais, les difficultés restent nombreuses. « Parfois, les pêcheurs nous vendent le poisson à très cher ou des clients prennent nos poissons à crédit et ne remboursent pas. »

Sa principale inquiétude ? Une éventuelle délocalisation. « Ce que nous demandons à l’État, c’est d’abandonner l’idée de nous délocaliser d’ici car, beaucoup d’entre nous pleureraient sans savoir où aller. Tout ce que nous avons, nous le tirons d’ici. »

La précarité touche aussi les plus jeunes. M. Kwizerimana aide sa mère à préparer à manger pour les pêcheurs. « Ce travail est parfois facile, parfois difficile, car il arrive que nous manquions de clients. Quand tout va bien, nous faisons du commerce de légumes pour payer les frais scolaires. »

Lui et sa mère demandent à l’État une parcelle pour avoir un logement et « sortir de cette précarité afin de nous développer ».
Dans la rue, B. Ihorimbere vend des légumes depuis deux ans. Partie d’un capital de 15 000 BIF et de simples tomates, elle a peu à peu ajouté des oignons et des citrons. « Parfois, nous en trouvons au marché, parfois non, surtout quand les prix flambent. Pour survivre, je vais souvent cueillir dans la forêt ou dans les champs abandonnés. »

Cette mère de deux enfants dénonce la pression fiscale. « Il arrive que les agents viennent collecter les impôts alors que nous n’avons encore rien vendu. Si nous n’avons pas l’argent, ils emportent nos tomates. Nous souhaiterions qu’on nous laisse d’abord vendre pour payer les taxes après. » Elle paie déjà 500 BIF de taxe journalière et plaide pour des stands aménagés. « Pour nous qui avons des enfants, c’est très difficile. »

Les femmes s’organisent autour des groupements

Justine Kamikaze : « Grâce à l’Onu Femme, la coopérative a reçu des machines de transformation et un manuel de gestion »

Face aux différents défis, certaines femmes s’organisent autour des groupements. C’est le cas de la coopérative Dukundane dont Justine Kamikazi est conseillère. « Nous avons commencé entre jeunes femmes, avec de très petits moyens. Au départ, nous investissions de petites sommes, puis nous nous sommes lancées dans la collecte de noix de palme. Chaque membre apportait par exemple trois régimes. Nous avons ensuite épargné et nous nous sommes accordé des crédits entre nous. »

Aujourd’hui, la coopérative compte 164 femmes et 10 hommes. Elle a intégré des rapatriées, dont une femme arrivée seule avec ses enfants. « Comme nous avions déjà été formées à l’entraide, nous l’avons accueillie parmi nous et elle a appris à épargner comme nous. »

Spécialisée dans la transformation des noix de palme, la coopérative produit 1 250 l d’huile par jour, sauf en période de mauvaise récolte. Leur marque, Tamura Oil, finance la scolarité des enfants et a même permis à certains d’atteindre l’université. « Nous nous entraidons. Celle qui n’a rien aujourd’hui est soutenue par le groupe. »

Formée par ONU-Femmes, la coopérative a reçu des machines et un manuel de gestion. Les bénéfices sont partagés chaque année et les fonds déposés en microfinance ou à la Coopec.

Un rôle social

Dukundana joue aussi un rôle social. En cas de conflits entre rapatriés et résidents, le président sert de médiateur et la présence de conseillères collinaires aide à lutter contre les violences faites aux femmes.

Pour la jeune prénommée Belyse, membre de la coopérative grâce à sa mère, l’impact est concret : « Cela m’aide beaucoup. Ça me permet même d’avoir de l’argent de poche. »

Des obstacles demeurent.

Elle cite notamment le manque de véhicule pour transporter les noix ainsi que l’absence de techniciens pour réparer les machines. « Si nous avions un appui pour obtenir un véhicule et aller nous approvisionner comme les autres, la production augmenterait. »

Justine Kamikazi encourage les autres femmes. « Je conseille les femmes qui ne sont pas en coopérative de s’organiser et de rejoindre des coopératives pour se développer et faire progresser leurs familles. »

Elle précise que sa coopérative, déjà ancienne, préfère accompagner la création de nouvelles structures plutôt que d’intégrer directement de nouveaux membres.


La jeunesse de Rumonge en lutte quotidienne

Malgré son potentiel économique, la commune Rumonge évolue dans un contexte difficile marqué par les pénuries d’électricité et d’eau ; le manque de financements, d’opportunités ainsi que les infrastructures dégradées. Dans ce décor, les jeunes tentent de se frayer un chemin.
Apollinaire Ndikumasabo : « Le manque de financement continue de freiner mon expansion »

A première vue, la commune bordée par les eaux du lac offre un cadre paisible. Pourtant, derrière cette image se cache une réalité bien plus complexe faite de difficultés quotidiennes pour ses habitants, notamment les jeunes.

Samuel Karangwa en sait quelque chose. Ce jeune entrepreneur évolue dans le domaine de la sonorisation, une activité qui dépend fortement de l’électricité. Mais, dans une commune où les coupures de courant sont fréquentes, son travail est régulièrement perturbé. « Mon activité nécessite de l’électricité en permanence, mais ce n’est presque jamais le cas », déplore-t-il.

Au-delà du problème énergétique, l’accès aux financementx reste un obstacle majeur. Selon lui, plusieurs jeunes peinent à bénéficier des appuis du PAEEJ ou du Bije. « Nous avons de nombreux projets en gestation mais, faute de financements et de soutiens, ils restent au point mort. Moi-même, j’ai des projets qui nécessitent de moyens financiers, mais jusqu’à présent, je n’ai rien obtenu ».

Face à ces difficultés, une tendance inquiétante se dessine, à savoir l’exode des jeunes. « Tous mes amis et connaissances souhaitent quitter le pays pour aller dans les pays arabes, à Dubaï ou ailleurs, à la recherche d’une vie meilleure. Il n’y a plus d’opportunités qui nous incitent à rester ».

Une pénurie d’eau alarmante

Les défis ne s’arrêtent pas là. La ville de Rumonge fait également face à une grave pénurie d’eau potable. Dans certains hôtels, les clients sont contraints d’utiliser des seaux pour se laver. Un contraste frappant au moment où des projets d’adduction d’eau sont évoqués dans d’autres régions du pays, notamment en province de Gitega.

Pour les habitants de la ville de Rumonge, voir de l’eau couler du robinet, même pendant une heure, relève presque du miracle. « Nous passons des heures entières aux robinets publics dans l’espoir d’avoir de l’eau », racontent-ils.

Exaspérés par les promesses non tenues, ils interpellent les autorités à agir rapidement afin de trouver des solutions durables. « Cela fait des années que nous attendons des solutions. Cette-fois, il est temps que les autorités s’engagent. »

De plus, cette situation a des conséquences sanitaires préoccupantes. La commune est régulièrement touchée par le choléra. Dans les quartiers proches du lac Tanganyika, l’eau du lac est devenue la seule alternative pour certains ménages. « L’eau est très sale. Mais, faute de mieux, nous l’utilisons pour la cuisine et la lessive », témoigne la prénommée Afsa. Elle avoue vivre dans une peur constante de contracter les maladies des mains sales.

À ces difficultés s’ajoutent des infrastructures routières en mauvais état, notamment la RN3, pourtant stratégique pour le pays. Le mauvais état de cette route rallonge le temps pour les trajets et renchérit les coûts de transport.

Même si un tronçon d’environ 20 km reliant le quartier Nkayamba à Kagongo, a été réhabilité, le reste du parcours demeure un véritable calvaire pour les usagers. « On nous avait promis la reprise des travaux après les élections de 2025. Mais, jusqu’à présent, rien n’a été fait », dénonce un chauffeur.

L’entrepreneuriat, une lueur d’espoir

Malgré toutes ces difficultés, certains jeunes refusent de baisser les bras. C’est le cas d’Apollinaire Ndikumasabo, fondateur de la coopérative Mutambara Brick Charcoal Company.

Originaire de la colline Mutambara, dans la zone de Gatete, il s’est lancé dans la transformation des déchets plastiques en charbon écologique.

Son initiative est née de son engagement pour la protection de l’environnement. Après une formation en Tanzanie en 2022, il a commencé à produire ce charbon alternatif. « Au début, personne n’y croyait. Mais, progressivement, les mentalités ont changé », raconte-t-il.

Grâce à un appui du PAEEJ, il a pu acquérir une machine facilitant la production. Cependant, la crise énergétique de 2023 a durement frappé son activité. Fonctionnant au mazout, sa machine est devenue coûteuse à exploiter, entraînant d’importantes pertes.

Toujours déterminé, il a diversifié ses activités en se lançant dans la fabrication de pavés à partir de déchets plastiques. « J’ai réussi à en produire avec mes propres moyens, mais j’ambitionne d’améliorer la qualité et d’augmenter la production si j’ai accès à plus d’électricité ».

Cependant, le manque de financement continue de freiner son expansion. « J’ai peu de moyens et j’ai besoin de partenaires financiers pour relancer pleinement mes activités », indique-t-il. Aujourd’hui, son entreprise emploie cinq jeunes, contre dix-neuf avant la crise énergétique.

Autrefois, la coopérative produisait jusqu’à 500 kg de charbon par jour, générant environ 250 000 BIF quotidiennement. Aujourd’hui, l’activité tourne au ralenti, en attendant de meilleures conditions, notamment l’accès à l’électricité et à des équipements plus performants comme une dynamo.

Malgré les obstacles, Apollinaire Ndikumasabo reste optimiste. Il encourage les jeunes à s’organiser en coopératives et à entreprendre, quels que soient leurs moyens. « Peu importe les ressources disponibles, il est toujours possible de commencer quelque chose », affirme-t-il.

Engagé dans la protection de l’environnement, il participe également à des initiatives locales, notamment au bord du lac Tanganyika. En collaboration avec la commune Rumonge, des actions de sensibilisation contre les déchets plastiques sont en cours. « Un comité communal chargé de l’assainissement a été mis en place, et une semaine dédiée à la propreté sera bientôt organisée ».


Une location annuelle de 700 mille BIF pose problème

Pour chaque hectare de palmiers à huile, les cultivateurs devraient payer une location annuelle de 700 mille BIF. Une mesure qui a du mal à passer en commune Rumonge. Les cultivateurs parlent d’une décision non concertée. Ils demandent de surseoir à la décision afin d’organiser une large concertation de tous les intervenants dans la filière palmier à huile.

« Nous avons été surpris par cette décision. On nous demande de payer 700 mille de BIF par an. Où allons-nous trouver cette somme ? Malgré plusieurs hectares de palmiers à huile, on ne peut engranger aujourd’hui 700 mille de bénéfice », se lamente Onésphore Ndungutse, habitant de la zone Gatete.

Onésphore Ndungutse : « La variété du palmier à l’huile qui a été plantée au temps du président Bagaza donne encore une bonne récolte par rapport à la nouvelle variété »

Pour cultiver un champ d’un hectare de palmiers, poursuit-il, il faut débourser plus de 600 mille BIF. « En ajoutant cette location annuelle, il est très difficile de récupérer ce capital et de subvenir aux besoins de sa famille. Si certaines personnes ont l’intention de s’accaparer de nos champs, je pense qu’elles ont trouvé une stratégie. »

Nouvelle variété inadaptée et manque d’engrais, un casse-tête de plus

« La variété de palmier à huile qui a été plantée au temps du président Jean Baptiste Bagaza donne encore une bonne récolte. La nouvelle variété introduite il y a une dizaine d’années donne un mauvais rendement. Les gens meurent de faim. Depuis Busebwa, Muhuta en passant Rubanda, les palmes ont desséché. On a essayé d’entretenir les champs, mais rien n’y fit. On peut parcourir tout un hectare sans avoir un régime de fruits », raconte cet palmiculteur d’une soixantaine d’années.

Et d’ajouter : « Dans le temps, la Société régionale de développement de Rumonge (SRD) amenait de l’engrais chimique adapté et à suffisance et on pouvait avoir une bonne récolte. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. L’engrais qu’on nous donne n’est pas pour le palmier à huile, c’est pour le maïs. Si tu veux avoir l’engrais pour palmier à huile, il faut aller en Tanzanie. »

D’après M. Ndungutse, ils essaient d’utiliser la fumure naturelle, mais la carence du carburant complique tout. « Une seule tour pour le transport coûte 150 mille BIF, sans parler du coût de la fumure et de la main-d’œuvre. Nous ne savons plus à quel saint nous vouer. »

Justin Ndayitwayeko, la cinquantaine, originaire de la colline Mugara, zone Gatete, abonde dans le même sens. « Depuis 1985, je vis de la culture du palmier à huile. On ne peut pas avoir la somme de cette location annuelle. Aujourd’hui, on ne peut plus subvenir aux besoins de nos familles à cause de la mauvaise récolte. »

Quant à Siméon Ndayiragije, 25 ans, il souligne aussi que la production a beaucoup chuté avec l’introduction de cette nouvelle variété. « Normalement, au mois d’avril, c’était la saison d’abondance. Le prix de l’huile de palme chutait à 70 ou à 80 mille par bidon de 20l. Maintenant, c’est plus de 150 mille BIF. »

Selon ce jeune homme, les gens de la plaine de l’Imbo vivent de la culture du palmier à huile. « Moi aussi, j’avais planifié d’investir dans cette culture, mais je trouve que la vie va changer pour beaucoup de familles. »

Les palmiculteurs de la commune Rumonge demandent trois choses : une nouvelle variété adaptée à la région, l’engrais chimique approprié aux palmiers à huile et l’abandon de cette location annuelle.

Gaudence Nizigiyimana, directrice générale de l’Office de l’huile de palme (OHP) avait annoncé que cette location annuelle de 700 mille BIF sera perçue sur chaque hectare de palmiers par l’Office burundais des recettes (OBR) depuis le mois de février 2026, mais qu’elle concerne les champs de palmier qui sont dans les blocs de palmeraies se trouvant dans les terres domaniales et non les blocs de palmeraies villageois.

D’après elle, en commune Rumonge, les champs de palmier à huile se trouvant sur les terres domaniales s’étendent sur plus de 5 000 hectares. Elle a fait un appel aux palmiculteurs de s’acquitter de cette location, « sinon, des mesures seront prises pour le recouvrement. »

Beaucoup d’interrogations restent sans réponses autour de cette question de location annuelle. Les palmiculteurs rappellent qu’à l’avènement de la Société régionale de Développement de Rumonge (SRD) en 1980 dont la première mission était de faire la reconversion du palmier à huile, les cultivateurs ont payé une location de plus de 489 000 BIF et que selon les termes du contrat y relatif entre les cultivateurs et la SRD Rumonge, ce montant était pour payer les services rendus par la SRD. Elle avait notamment apporté des plants de type Tenera plus productifs en huile par rapport à l’ancienne variété de palmier à huile dite « Dura » qui était moins reproductive ainsi que les engrais chimiques. Ils ajoutent que la majorité des cultivateurs se sont déjà acquittés de cette « location unique ». Ils ne comprennent pas pourquoi alors on leur exige de payer une autre location. D’autres cultivateurs ne comprennent pas pourquoi l’OHP dit que leurs terres sont des terres domaniales alors qu’elles ont toujours été exploitées par leurs grands-parents depuis la période coloniale.

Ils demandent qu’une commission d’enquête soit mise en place pour déterminer une location juste et équitable à percevoir. D’après eux, la commission devra être composée par des parlementaires, des représentants des organisations de la société civile engagées dans la gouvernance ; des représentants des cultivateurs, des représentants de ceux qui louent des champs ainsi que des des usines de transformation de l’huile de palme.

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