L’émotion a pris le dessus sur la raison à Murago, zone Maramvya, commune Gitega. Le 31 mai au soir, un homme est tué par balle. Le lendemain, une foule en colère arrache des mains des forces de l’ordre trois présumés criminels. Ils sont lynchés. La « justice » populaire dans toute sa cruauté. Une vengeance collective.
Comment en est-on arrivé là ?
Pour les habitants de Maramvya, ces trois hommes étaient de notoriété publique suspectés de vols à main armée. Arrêtés à plusieurs reprises, ’’ils ne passaient jamais plus d’un mois derrière les barreaux avant d’être relâchés’’.
Pour les résidents, ’’quand la justice relâche vite des malfaiteurs, elle condamne à mort toute la population’’. Cette dernière a donc décidé de ’’régler’’ définitivement leur cas. Ce geste brutal est aussi, à sa façon, un aveu d’échec collectif — celui des institutions censées protéger les citoyens.
Mais la justice populaire est un piège
Elle ne repose ni sur la preuve, ni sur le contradictoire, ni sur le droit à la défense. Elle repose sur l’émotion, la colère, parfois la rumeur. Elle bafoue la présomption d’innocence, le droit à la défense.
Sans enquête ni procès, des innocents peuvent payer pour des crimes qu’ils n’ont pas commis. Aujourd’hui, elle frappe des présumés assassins ; demain, elle peut s’abattre sur le mauvais homme. L’histoire est jalonnée de ces erreurs irréparables.
L’administration locale a ouvert une enquête pour identifier les auteurs du lynchage. Les autorités ont raison sur le principe : seule la justice légalement établie peut condamner un individu.
Tolérer la loi de la foule, c’est ouvrir la porte à l’arbitraire. La loi du plus grand nombre finit alors par remplacer la loi tout simplement. Mais la répression seule ne suffira pas.
Car la justice populaire prospère là où la justice publique a abdiqué. Elle donne l’illusion de l’efficacité immédiate. En réalité, elle affaiblit l’État, menace les innocents et entretient un cycle de violence dont personne ne sort gagnant.
Pour en finir durablement avec ce fléau, il faut une justice officielle plus rapide, plus accessible, plus transparente — une justice que les citoyens voient fonctionner, qui poursuit les coupables et répare les victimes.
Autrement dit, le moyen le plus durable de combattre la justice populaire n’est pas seulement de la réprimer, mais de faire en sorte que les citoyens aient confiance dans la justice officielle et acceptent de lui confier le règlement des différends. Tant que cette confiance ne sera pas restaurée, la foule continuera de se faire justice.
Forum des lecteurs d'Iwacu
Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu
Merci de prendre connaissance de nos règles d’usage avant de publier un commentaire.
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Tout propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination est strictement interdit.
Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire non conforme à la charte.