Sécurité

Peur sur Mugamba

03-05-2016

Les habitants de la commune Mugamba vivent dans la peur depuis l’assassinat de quatre membres du Cndd-fdd par des hommes armés. L’administration tranquillise toute en reconnaissant une insécurité grandissante.

Localité de Nyagasasa où plusieurs jeunes auraient été arrêtés après l’assassinat des membres du Cndd-fdd

Localité de Nyagasasa où plusieurs jeunes auraient été arrêtés après l’assassinat des membres du Cndd-fdd

Les habitants des localités Nyagasasa et Kivumu n’y vont pas par quatre chemins : une chasse à l’homme a cours dans la commune Mugamba, depuis le début de l’année. « Elle est essentiellement dirigée contre les jeunes. On dirait que tous les policiers du pays ont été dépêchés à Mugamba. De peur d’être arrêtés, les jeunes n’osent plus se montrer dans la rue», lâche D.M., grossiste au marché de Nyagasasa.

« Tu ne peux pas savoir qui va t’arrêter », assure un jeune rencontré sur place. Selon lui, certains agents de la police viennent en tenue civile tandis que d’autres sont en tenue policière.

D’après G.S., un taxi-motard, chaque fois qu’il y a des coups de feu, une rafle des jeunes s’opère : « Certains sont relâchés, tandis que d’autres sont conduits manu militari à Bujumbura et nous perdons parfois la trace de de nos proches.»

D’après ces sources, la tension est montée d’un cran dans la soirée du 16 avril 2016. Léonidas Manirakiza, Jean Bosco Havugiyaremye, Edouard Nzambimana et Jean Japhet Karibwami, tous membres du parti de l’Aigle sont tués par des hommes armés. Selon des sources sur place, trois des victimes ont été assassinées chez le domicile du chef du parti au pouvoir en commune Mugamba. « Ils venaient tous de participer à des travaux communautaires organisés par le parti au pouvoir. L’autre a été tué chez lui sur la colline Muyange-Kavumu vers 19h 30 minutes. »

Les jeunes, premières victimes d’arrestations

Les assaillants, soutiennent nos sources, lui ont demandé, avant de l’abattre, de revêtir les habits du parti Cndd-fdd qu’il portait dans la matinée.

Dans la foulée, Emmanuel Nizigiyimana, chef de zone Kivumu, est arrêté par la police « Il a été sérieusement tabassé par les policiers, lors de son interpellation », confient nos sources.

Le lendemain, deux autres jeunes hommes, Rémy Matabura et Prosper Sinzinkayo, sont arrêtés à leurs domiciles sur la colline Mugomera. Sept jeunes hommes ont également été arrêtés le 18 avril 2016 par la police. Trois sur la colline Kigina-Mugomera de la zone Vyuya, deux dans la zone Nyagasasa et les deux derniers dans la zone Nyatubuye. Deux autres jeunes hommes seront arrêtés le 19 avril 2016.

Le 20 avril 2016, une autre attaque armée est perpétrée sur la colline Gishishima de la zone Kivumu. Selon les témoins, un certain Athanase Nzokira et un militaire en congé du nom de Jean Bosco Murerwa sont morts sur le champ. Anastasie Nibigira, octogénaire, a succombé à l’Hôpital de Matana, suite à ses blessures. Lors de cette attaque, plusieurs personnes ont été blessées, d’après nos sources.

Des sources à Kivumu indiquent que les victimes étaient en train de prendre un verre au bar appelé «Kwisanganiro». Des hommes armés étaient aussi présents en train de siroter leur bière. « Quand ils ont vu des militaires approcher, ils ont pensé que la population les a dénoncé et ont commencé à tirer dans le tas», confie A.R., un habitant de cette localité. Il ajoute que les militaires ont tenté de les suivre, en vain. «Ils se sont repliés dans la commune Mukike.»

Rafles des jeunes et inquiétudes des familles

D’autres sources parlent d’une bavure policière : « Ce sont des policiers qui les ont abattus, pensant qu’il s’agit d’un groupe armé venu attaquer la zone. »

Ils avaient reçus une information faisant état de la présence de deux hommes membres d’un groupe armé dans la zone, assurent ces sources.

Pour les familles et proches des victimes, une répression aveugle contre des innocents est en train de s’abattre sur la commune Mugamba. « Ces assassinats s’accompagnent d’arrestations. Actuellement on dénombre plus de cent jeunes arrêtés, dont certains sont porté disparus », confie une source de Nyagasasa sous anonymat. Souvent, ajoute-t-elle, ceux qui sont relâchés nous disent qu’ils ont été torturés.

A Kivumu, les proches des jeunes appréhendés s’inquiètent également et parlent d’arrestations aux allures de kidnapping : « Les militaires et policiers qui les arrêtent viennent souvent d’ailleurs et les embarquent dans des camionnettes sans plaque d’immatriculation. »

L’administration reconnaît une sécurité chancelante

Anicet Niyonzima : « Seule une quinzaine de personnes a été arrêtée. »

Anicet Niyonzima : « Seule une quinzaine de personnes a été arrêtée. »

Interrogé, Anicet Niyonzima, administrateur de la commune Mugamba, reconnaît que l’insécurité règne dans sa commune : «Des faits montrent qu’il y a une insécurité dans la commune de Mugamba, surtout dans les zones Nyagasasa et Kivumu ». Ce qui est étonnant, indique M. Niyonzima, c’est que toutes ces attaques se passent la nuit. « Dans la journée, il n’y a pas de problème. »

L’administrateur communal ne sait pas comment qualifier ces groupes armés : « C’est difficile de les qualifier, ces gens attaquent seulement de simples citoyens et non des positions policières ou militaires.»

Concernant le chiffre avancé par certaines sources de plus de 100 jeunes arrêtés, Anicet Niyonzima dément : « Il y a des gens qui gonflent les chiffres. Seule une quinzaine de personnes a été arrêtée, et ce ne sont pas seulement les jeunes qui sont appréhendés.» Et d’affirmer qu’ils sont généralement relâchés après 24h.

Pour renforcer la sécurité, M. Niyonzima assure que des mesures ont été prises. Les noms des résidents et des non-résidents en visite à Mugamba seront désormais consignés dans des registres. « On pense instaurer, avec la collaboration de la population, une sorte de couvre-feu à partir de 19h ou 20h.»

Dans la même optique de renforcer la sécurité, des fouilles-perquisitions sont organisées. Selon Anicet Niyonzima, 16 fusils ont été saisis depuis le mois de janvier 2016. Jeudi dernier, deux fusils ont été trouvés dans un hôtel appartenant à l’ancien premier vice-président Martin Nduwimana et un autre a été trouvé à son domicile sis en commune Mugamba. «Le gérant de l’hôtel a été embarqué à Bujumbura pour interrogatoire », indique l’administrateur.

  2   Vos commentaires
  1. Kumesa

    Mwabagamba mwe il ne faut pas assassiner quelqu’ un pour la simple raison qu’ il est membre du Cndd -fdd iyo niyo intolerance politique turwanya, urumva namwe aho mwarakoze amakosa .

    • Bumira chris

      @kumesa: kurwa mu rudubi ushigikira ivyo utazi, ni nde yakubwiy ko ces miliciens imbonerakure bishwe n abanyaMugamba?

Publicité