Politique

Polémique sur le statut de ‘Guide suprême du patriotisme’

21/02/2020 Alphonse Yikeze Commentaires fermés sur Polémique sur le statut de ‘Guide suprême du patriotisme’
Polémique sur le statut de ‘Guide suprême du patriotisme’
Fabien Banciryanino : « Les députés qui ont initié ce projet de loi sont des cireurs de pompe.»

Ce mercredi 19 février, à Bujumbura, l’Assemblée nationale a voté le projet de loi mettant en place le statut de ‘Guide suprême’ en dépit des critiques de l’opposition.

La tension était vive à l’hémicycle de Kigobe. En cause, l’examen des amendements du nouveau projet de loi instaurant le statut de ‘Guide suprême du patriotisme’ en faveur du président Pierre Nkurunziza.

Le député Fabien Banciryanino s’est inscrit en faux contre ce projet de loi en faveur d’un chef d’Etat « qui n’a rien fait de positif pour le pays ». « En quinze ans de règne, on a assisté à des choses abominables, à tel point qu’un tel projet de loi s’avère fort inapproprié en faveur du président actuel ! Que d’assassinats, que des corps jetés dans les rivières tandis que d’autres ont été enterrés après mutilation ! Est-ce un tel bilan qui justifierait le statut de ‘Guide suprême’ ? Est-ce là un modèle pour ses successeurs ? », s’est interrogé le député Banciryanino.

Et de poursuivre.  « Vous appelez ‘Guide suprême du patriotisme’ un président dont le régime est responsable de l’exil de milliers de Burundais qu’il a, à un certain moment, qualifié de ‘’Mujeri’’ (chiens faméliques errants) dans ses discours ? Est-ce un langage à la hauteur d’un « Guide suprême » ? Un président qui a suspendu les activités d’organisations de défense des droits de l’Homme, qui a fermé des lieux de culte, provoqué des dissensions dans plusieurs partis d’opposition ? » Et ce n’est pas tout comme critiques, d’après le député Banciryanino, qui a estimé que « l’actuel président pourrait plutôt faire l’objet de poursuites judiciaires », a-t-il enchaîné avant de qualifier les députés qui ont initié ce projet de loi de « cireurs de pompe ».

                « Un président salué par son peuple »

Aimée Laurentine Kanyana : « Il n’y a aucune invraisemblance à examiner une loi portant sur un seul individu ou des groupes d’individus au sein de la société. »

S’exprimant à son tour, la ministre Aimée Laurentine Kanyana a pris le contre-pied des affirmations du député Banciryanino. « Une sécurité totale depuis 2005, la construction de routes, la gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans, une souveraineté économique… En somme, avons-nous un président au bilan très positif et salué par son peuple », a estimé la ministre de la justice sans omettre de qualifier les propos de M. Banciryanino d’«indignes pour un député de la nation ». 

De son côté, la députée Godeberthe Hatungimana s’est interrogée sur les implications de ce projet de loi. « Si le chef d’Etat actuel hérite de ce titre de ‘Guide suprême’, qu’en sera-t-il de son successeur si celui-ci est aussi jugé apte à être médaillé de la sorte ? Portera-t-il le titre de ‘Guide suprême suprême’ ? » La députée a tenu également à questionner la pertinence d’une loi « portant statut pour une seule personne » alors que l’Assemblée nationale a vocation à proposer « des projets de loi communs ».

« Il n’y a aucune invraisemblance à examiner une loi portant sur un seul individu ou des groupes d’individus au sein de la société. L’Assemblée nationale examine parfois des projets de loi portant statut des médecins alors que tous les Burundais ne sont point médecins, etc », a répondu Aimée Laurentine Kanyana.

                                 « Risque de confusion »

Anglebert Ngendabanka : « Depuis son accession au pouvoir, les Burundais cohabitent harmonieusement dans leur diversité ethnique et politique.»

Quant à Terence Manirambona, député et porte-parole du CNL, il a rappelé que le président actuel avait déjà été décoré du titre de ‘Guide suprême du patriotisme’ au sein de sa formation politique et que partant de là, avec ce projet de loi, il y a risque de confusion entre ce qui appartient au parti CNDD-FDD et ce qui relève du pays.

Absolument pas, a réagi instantanément Pascal Nyabenda, président de l’Assemblée nationale, qui a argué qu’il y a une nette séparation entre ce qui appartient au parti au pouvoir et ce qui est du ressort de l’Etat. A l’Assemblée nationale, les députés agissent au nom de la nation et que par ailleurs, ils n’appartiennent pas tous à la même mouvance politique.

« Le président actuel est à l’origine de la paix et la réconciliation qui règnent actuellement. Depuis son accession au pouvoir, les Burundais cohabitent harmonieusement dans leur diversité ethnique et politique », a avancé de sa part le député Anglebert Ngendabanka qui s’est félicité d’un président « qui a grâcié de nombreux détenus ».  M. Ngendabanka a également vanté un président ‘qui a sauvé le pays in extremis’ à l’issue de la crise de 2015. « Si le putsch de 2015 avait réussi, où en serait aujourd’hui notre pays ? ».

Pour le député Ibrahim Uwizeye, instaurer le titre de ‘Guide suprême’, c’est « récompenser un président qui a bien servi son pays ». Et de compléter que ce titre servira d’exemple aux successeurs du président actuel.

De l’avis du député Zénon Ndaruvukanye, le président Pierre Nkurunziza est resté debout malgré toutes les tentatives de déstabilisation engagées contre lui. « A l’extérieur du pays, se sont formés des groupes soutenus par ‘les ennemis du pays’ mais qui furent combattus et vaincus vaillamment sous l’égide du président Nkurunziza », a déclaré Ndaruvukanye.

A la suite des débats, sur 108 députés présents, 91 ont voté pour le projet, 14 se sont abstenus et 3 ont voté contre.

Notons que ce projet de loi a prévu l’établissement d’une journée nationale du patriotisme qui aura lieu chaque année au mois de Juillet et qui sera présidée par ‘le Guide suprême du Burundi’.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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