Sécurité

Mairie de Bujumbura, des mesures qui ne passent pas

02/12/2019 Fabrice Manirakiza Commentaires fermés sur Mairie de Bujumbura, des mesures qui ne passent pas
Mairie de Bujumbura, des mesures qui ne passent pas
Freddy Mbonimpa : «Contrairement à ce qui se dit sur les réseaux sociaux, ces mesures ne visent pas à renforcer la sécurité parce qu’elle est totale.»  

Le vendredi 22 novembre, le maire de la ville, Freddy Mbonimpa, a instauré une série de mesures visant «à préserver la santé de la population et à redynamiser l’économie du pays». C’est un tollé au sein de la population de la capitale économique.

Dorénavant, les débits de boisson ouvrent à partir de 17h pour fermer à 21h (les jours ouvrables) et de 13h à 21h pour les jours fériés ; les comités mixtes de sécurité doivent être mis en place là où il n’y en a pas et renforcer ceux existants, renforcer le contrôle des mouvements de la population en contrôlant régulièrement les cahiers de ménages; les points de rencontre des jeunes désœuvrés (ligala) doivent être démantelés; au moins deux lampadaires doivent être installés et allumés sur chaque parcelle, le commerce des cartes de recharge au bord des rues et sous les parasols est strictement interdit à Bujumbura, suspendre le commerce ambulant dans la commune Mukaza ; les propriétaires des bistrots doivent installer des projecteurs pour éclairer les lieux, etc.

Ce sont entre autres les mesures prises par le maire de la ville. Depuis l’annonce, des lamentations fusent de partout. Les commerçants des cartes de recharge et de transfert d’argent ne comprennent pas la décision du maire de la ville. «En quoi les parasols constituaient-ils un problème? Ils n’étaient pas une source d’insécurité. De plus, nous payons des taxes au niveau de la Mairie de Bujumbura». Aujourd’hui, ils s’abritent sous les arbres pour pouvoir vendre leurs produits. «C’est ce commerce qui fait vivre nos familles. Avec cette décision, il me sera désormais difficile de subvenir aux besoins de ma famille», indique un commerçant du centre-ville. Selon lui, avant la prise de cette décision, il pouvait avoir un bénéfice de 15 mille BIF par jour, mais depuis l’entrée en vigueur des décisions du maire de la ville, il ne peut pas dépasser 4500 Fbu.

Pour Jean Claude, un autre commerçant des cartes de recharge téléphonique, ces parasols leur permettaient de se faire remarquer. Et de se demander comment ils vont attirer les clients sans aucun signe distinctif. «Ils vont nous prendre pour des escrocs. Nous avons aussi peur de la police qui peut venir nous arrêter à tout moment». Quant à Nestor, il fait du transfert d’argent depuis qu’il a terminé ses études universitaires. «Je suis au chômage depuis 3 ans. Nos autorités nous demandent constamment de créer nos propres emplois. J’avais contracté un petit crédit pour commencer mon commerce. Depuis, je subvenais facilement aux besoins des miens. Aujourd’hui, mon avenir est incertain».

Rétropédalage du maire

Les propriétaires des bistrots tirent eux aussi à boulets rouges sur ces mesures du maire de la ville. «Chez nous, on reçoit les clients à partir de 21h. Certains rentrent du travail à cette heure, d’autres rentrent chez eux en provenance des bistrots du centre-ville. A 20h, nous avons généralement 3 ou 4 clients. Avec ces décisions, vaut mieux mettre la clé sous la porte», se lamente un tenancier de Kinanira. «Avec ces mesures, je risque de fermer boutique. On ne peut pas travailler 4 heures et espérer gagner de l’argent. J’ai 15 employés à mon service qui risquent de perdre leur travail. D’ailleurs, pourquoi fermer à 21 heures alors qu’on nous dit que le pays est en paix ?», ajoute un autre cabaretier de Kanyosha. Quant à la mesure d’installer des projecteurs pour éclairer leurs bistrots, la réponse des propriétaires est sans équivoques : «Pourquoi l’éclairage public ne marche pas? Le maire de la ville ferait mieux de trouver une solution à ce problème». Tous demandent à Freddy Mbonimpa de surseoir à ces mesures.

Après ce tollé suscité par ses mesures, Freddy Mbonimpa a tenu à éclaircir certains points polémiques. «Que les gens se détrompent .Contrairement à ce qui se dit sur les réseaux sociaux, ces mesures ne visent pas à renforcer la sécurité parce qu’elle est totale. Nous les avons prises pour préserver la santé de nos concitoyens  », a-t-il expliqué.

Selon lui, les rapports du personnel de la mairie montrent que dans certaines localités, les gens commencent à boire à partir de 9h du matin. C’est cet état de fait qui aurait motivé la prise de ces décisions. «Ces personnes deviennent improductives au travail».

Toutefois, il fait savoir que les stations-service, les boutiques, etc., continueront à travailler comme à l’accoutumée. De même que les boîtes de nuit ou les snack-bars. Même cas de figure pour ceux qui ont des cérémonies (mariage, dot …). « S’ils avisent l’autorité administrative à la base, ils pourront aller au-delà de l’heure convenue, car il n’y a pas de couvre-feu ». Et de prévenir les tenanciers de bars que s’ils résistent à fermer leurs bars, ils écoperont d’une amende.

Concernant les vendeurs de crédits téléphoniques sous les parasols, il indique que la décision a été motivée par le désordre qu’ils engendrent, avant de relativiser : « Toutefois, nous sommes en train de nous concerter avec les responsables de ces sociétés de télécommunication pour voir dans quelle manière agir ». Idem pour les vendeurs ambulants. « Comme on ne peut pas connaître qui paie l’impôt et qui ne le fait pas, nous avons jugé bon de les éloigner de la commune Mukaza en attendant que la Marie construise un autre endroit pour les relocaliser ».


>>Réactions

Gabriel Rufyiri : «La mesure de suspendre le commerce ambulant est attaquable en justice.»

Le président de l’Olucome s’inscrit en faux contre les mesures prises par le maire de la ville. « Elles ne sont pas de son domaine». Et de rappeler la loi No 1/01 du 16 janvier 2015 portant révision de la loi No 1/07 du 26 avril 2010 portant le Code de commerce. Les articles 45 à 51 de cette loi montrent à suffisance que le commerce ambulant est légalement accepté. Selon lui, aucune autorité ne peut changer ce Code du commerce, car c’est une loi qui émane du parlement et promulguée par le président de la République. «Ceux qui exercent le commerce ambulant sont reconnus et régis par des lois qui doivent être respectées par tout le monde. Si quelqu’un est enregistré comme commerçant ambulant, il est protégé par ce Code du commerce».

Pour le président de l’Olucome, cette mesure est attaquable devant la justice et la personne qui l’a prise risque d’être sanctionnée. Aux yeux de l’Olucome, il est plus qu’urgent de redresser la situation. «Si ces commerçants ont été enregistrés en bonne et due forme par les services habilités, il peuvent se constituer en association puis chercher un avocat et porter plainte contre cette décision du maire de la ville. Une autorité ne doit pas improviser, il doit agir en commun accord avec les lois et textes en vigueur». Et de rappeler la loi No 1/22 du 25 juillet 2014 portant réglementation de l’action récursoire et directe de l’Etat et des communes contre leurs mandataires et leurs préposés qui peut frapper tous les mandataires publics qui usent abusivement de leurs pouvoirs en violation des règles et lois du pays. «Il ne faut pas que nos serviteurs se considèrent comme des superpuissances en faisant fi des lois comme par exemple ce code du commerce. Nous encourageons les commerçants lésés à porter plainte contre ces mesures».

Jean Bosco Ndayikengurukiye: «Les dernières mesures du maire de la ville sont aussi inopportunes qu’inefficaces.»

Selon le secrétaire général de la Coalition des forces de l’opposition burundaise pour le rétablissement de l’Accord d’Arusha (CFOR-Arusha), ces mesures sont intervenues au lendemain de la réunion conjointe du ministre de l’Intérieur et celui de la Sécurité publique avec tous les responsables de l’administration locale à l’issue de laquelle des mesures caractéristiques d’un Etat d’urgence ont été prises.

Selon lui, ces mesures en cascade cachent mal une peur panique au sein du pouvoir au lendemain de la résurgence des attaques rebelles dont celle qui s’est déroulée à Mabayi dernièrement.

Pour Jean Bosco Ndayikengurukiye, oser mettre la ville de Bujumbura en état d’urgence relève d’une lâcheté. «Le pouvoir est supposé avoir assez de moyens techniques et administratifs pour éviter d’être surpris et, partant, procéder à une défense stratégique contre ceux qu’il appelle sans raison les ennemis de la nation».

Il fait savoir que ces mesures vont saper l’économie nationale déjà à genoux. «Le citoyen ordinaire déjà incapable de joindre les deux bouts du mois est sacrifié. Le secteur du tourisme, de l’hôtellerie et de l’investissement s’en trouvera absolument touché».

Pour le secrétaire général du CFOR-Arusha, seule la garantie par le pouvoir des droits et libertés fondamentaux à chaque citoyen constitue un gage de sécurité stratégique nationale, au service de la paix durable. «Aujourd’hui, le pays n’a nullement besoin des mesures de sécurité typiques à l’état d’urgence, il a besoin des négociations inclusives pour créer un cadre politico-légal consensuel à même de faire respecter les acquis de l’Accord d’Arusha. La paix et la sécurité durables en dépendent. Toute autre mesure de sécurité ponctuelle est une perte de temps».

Hamza Venant Burikukiye : «La survie de la population devrait aussi être tenue en compte.»

«S’il agit de garantir la sécurité de la population, les mesures qui s’imposent sont non seulement nécessaires mais aussi absolues», indique Hamza Venant Burikukiye, représentant légal de l’Association CAPES+. Toutefois, poursuit-il, la survie de la population devrait aussi équitablement être tenue en compte. « C’est pourquoi nous restons persuadés que d’autres mesures d’accompagnement seront prises aussi vite que possible pour que la population continue à jouir de ses libertés et droits fondamentaux». Surtout que, ajoute M. Burikukiye, la paix et la sécurité règnent dans le pays comme l’a dit le maire de la ville. «Même si les détracteurs ne manquent pas».

Abdoul Kassim : «La mesure de réguler les heures d’ouverture des bistrots est venue à point nommé.»

Pour Abdoul Kassim, président du parti UPD Zigamibanga, cette mesure de réguler les heures d’ouverture des bistrots était nécessaire. «Voir les gens en train de consommer la bière à 8h, c’est inadmissible. Cette décision est venue à point nommé».

Concernant la mesure qui interdit le commerce des cartes de recharge sous de parasols, Abdoul Kassim indique qu’il ne comprenait pas, dans un premier temps, le bien-fondé de cette décision alors que c’est un commerce qui fait vivre beaucoup de personnes. «Aujourd’hui, je vois qu’ils continuent de travailler. Ce qui a changé, ce sont seulement les parasols qu’on a enlevés. Je trouve qu’il n’y a pas de problème».

Pour le président de l’UPD Zigamibanga, les Burundais doivent changer de mentalité et travailler dans le système formel. «Ces commerçants peuvent se constituer en associations de 5 ou 10 personnes et chercher les documents nécessaires afin de travailler tranquillement. Les empêcher de travailler n’est pas suffisant. Il faut les sensibiliser à intégrer le système formel».

Pour ceux qui parlent d’une instauration déguisée d’un état d’urgence, Abdoul Kassim balaie cette idée d’un revers de main : «Aujourd’hui, il n’y a rien qui peut expliquer son instauration. D’ailleurs, ce n’est pas le maire de la ville qui peut prendre cette décision.» Pour lui, ce sont des rumeurs. «Au Burundi, il y a trop de désœuvrés. Ils passent leurs temps à colporter de fausses informations».

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