Mercredi 22 septembre 2021

Politique

L’impossible dialogue inter-burundais ?

04/06/2018 Commentaires fermés sur L’impossible dialogue inter-burundais ?
L’impossible dialogue inter-burundais ?
Michel Kafando. « La préparation des élections de 2020 occupe une place de choix.»

Le Conseil de sécurité s’est réuni, le 24 mai dernier, pour examiner la situation du Burundi au lendemain du scrutin référendaire. Il a appelé la classe politique burundaise à la reprise du dialogue.

C’est un leitmotiv. L’envoyé spécial de l’Onu au Burundi, Michel Kafando ne cesse de le rappeler. La seule voie pour le règlement durable des défis politiques, socioéconomiques et humanitaires auxquels le Burundi fait face, depuis 2015, reste un dialogue inclusif.

Devant le Conseil de sécurité de jeudi dernier, il a tenu à souligner que parmi les défis, la préparation et la réussite des élections inclusives, crédibles et transparentes de 2020 occupent une place de choix. L’émissaire de l’ONU s’attend à un signal fort des autorités en faveur de la reprise du dialogue inter-burundais sous l’égide de la Communauté de l’Afrique de l’Est. Sur ce point, toutes les parties prenantes sont unanimes sur la nécessité de dialoguer. Seul bémol : l’agenda du dialogue.

Dans les médias locaux, le porte-parole adjoint de la présidence, Alain-Diomède Nzeyimana, a nuancé les propos de M. Kafando sur le dialogue. Pour lui, le diplomate a parlé de dialogue inclusif et non d’un dialogue externe. Par ailleurs, il en a appelé à tous les acteurs politiques se trouvant à l’étranger à participer à l’élaboration d’une feuille de route des élections de 2020 avec leurs compatriotes présents dans le pays. Exception faite pour ceux qui sont poursuivis par la justice burundaise. Il n’a pas manqué pas de fustiger au passage l’usage par l’envoyé spécial du vocable «crise » pour décrire la situation prévalant au Burundi.

Des positions toujours tranchantes

Dans un communiqué sorti le 24 mai, le gouvernement s’est insurgé contre le double langage de ces partenaires vis-à-vis du climat politico- sécuritaire. Il estime que les diplomates accrédités au pays, remarquent une évolution significative, mais semblent ne pas le communiquer à leurs gouvernements respectifs. Une allusion faite aux représentants de l’UE et des USA. Une attitude que semble ne pas comprendre l’Etat burundais au point de suspecter un agenda caché des puissances occidentales sur le pays.

Du côté du Cnared, plus question de respect d’Arusha, l’heure est à sa restauration. Une évolution due sans doute au dernier scrutin référendaire. La position de cette plateforme d’opposants dont la plupart sont en exil n’a pas bougé d’un iota. Défendre mordicus l’Accord d’Arusha demeure la colonne vertébrale de son combat politique. Quant à l’opposition interne, incarnée par le Premier vice-président de l’Assemble nationale, Agathon Rwasa, nul ne doute qu’elle compte aussi mettre la question du référendum sur la table d’un éventuel dialogue inter-burundais. La position des différents protagonistes traduit une réalité implacable : la médiation a toujours du pain sur la planche.

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Réactions

Pancrace Cimpaye : « Sans Arusha, il n’y a pas de matière à négocier » Le porte-parole du Cnared n’est pas d’accord avec la proposition de l’envoyé spécial sur la préparation des élections de 2020. « comment peut-on envisager des élections après le coup de force contre la démocratie du 17 mai »s’interroge-t-il. Et d’ajouter que parler d’élections dans le contexte actuel n’est pas opportun. « Avec cette Constitution qui enterre l’accord d’Arusha et la démocratie consociative, parler d’élections serait une hérésie », a martelé M. Cimpaye. Selon lui, toute négociation qui fera fi des accords d’Arusha n’est pas le bienvenu car sans l’accord d’Arusha, il n’y a plus de matière à négocier. Aimé Magera : « Retour au statu quo de Ngurdoto » « Le préalable est que le référendum soit d’abord frappé de nullité », a indiqué le porte-parole de Rwasa Agathon. En outre, il appelle la communauté internationale, notamment l’UE et l’UA à s’impliquer davantage pour résoudre la crise burundaise. Pour le dialogue, il prône le retour au statu quo de Ngurdoto. « S’il faut préparer les élections, Arusha doit être la référence ». Corollairement à cela, M. Magera pense que le dialogue devrait porter sur le retour des réfugiés et des politiciens en exil. Abel Gashatsi : « Préparer la feuille de route pour 2020 » Pour le parti Uprona, il faut un dialogue pour établir une feuille de route en vue des élections de 2020.En ce qui concerne la situation sécuritaire, le président du parti reconnaît qu’il y a eu une crise en 2015. Mais il estime qu’il y a eu des avancées significatives. « Tout n’est pas blanc mais force est de constater que les gens vaquent normalement à leurs occupations et que les dernières élections référendaires se sont bien déroulées » explique M. Gashatsi. Il estime que sa formation est ouverte pour un dialogue qui va renforcer la stabilité retrouvée au Burundi. UPD-Zigamibanga : « La poursuite du dialogue est un impératif » Abdul Kassim, président du parti, affirme lui aussi que l’envoyé spécial ne devrait pas qualifier le Burundi comme pays étant en crise. En s’appuyant sur le fait que son parti a mené la campagne référendaire sans heurt sur toute l’étendue du territoire. Il insiste qu’un dialogue s’impose pour élaborer une feuille de route pour le rendez-vous électoral de 2020.

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