Économie

Le chômage des jeunes, un véritable challenge au nord du pays

02/08/2017 Cyrille Niyongabo 3

Faible croissance économique, explosion démographique, absence d’une politique nationale de l’emploi, le chômage dans les provinces du nord du Burundi frappe de plein fouet les jeunes. Les appels d’offre et les embauches se font rares.

Des invités à la Conférence nationale de la jeunesse, édition 2016 à Gitega

Les chiffres sont très alarmants. Selon une étude réalisée en 2016 par les ONG locales Adisco et Reja, le chômage des jeunes en milieu rural atteint 55,2% contre 65,4 en zone urbaine. Le directeur de l’Adisco, Léon Ndikunkiko indique que les provinces du nord du pays en l’occurrence Ngozi, Kayanza, Kirundo et Muyinga enregistrent un taux de 54.9 %. C’est le sud qui enregistre un faible taux, il avoisine 38%.

A Ngozi, des jeunes rencontrés parlent d’une situation explosive: «La plupart des diplômés de Ngozi sont en chômage. C’est vraiment déplorable de terminer ses études et de se retrouver à la maison sans aucune occupation», regrette un jeune diplômé rencontré devant le Centre jeune de Ngozi.

Laurent Kabura, un jeune diplômé du quartier Kinyami dans la ville de Ngozi s’inquiète : «Rester au chômage pendant plus de cinq ans après plus de vingt ans passés sur le banc de l’école est un désastre».

Selon les chiffres, ce sont les filles qui sont plus nombreuses à vivre le chômage plus que les hommes. Elles sont deux fois plus nombreuses que leurs frères hommes.

Le problème est d’autant plus sérieux que la durée de chômage reste extrêmement élevée. N.P, un jeune chômeur du quartier Kanyami en ville de Ngozi affirme qu’il vient de faire quatre ans à la quête de son premier emploi.

Booster le secteur privé serait une bouffée d’oxygène

Selon la même étude de 2016, la majorité des jeunes chômeurs sont à la quête du premier emploi dans une période allant de 1 à 5 ans jusqu’aux proportions de 69% à 93,5% selon les régions.

Les facteurs sous-jacents à l’origine du chômage sont liés au faible développement du secteur privé, le ralentissement ou la quasi-inexistence des recrutements à la Fonction publique, l’inadéquation des profils de formation et l’absence d’une politique nationale de l’emploi.

«A cela s’ajoutent des problèmes de gouvernance dans la gestion des opportunités d’emploi et la faible diversification des créneaux porteurs d’emploi», fait remarquer un observateur.

Selon lui, les conséquences sont aussi multiples que variées. Elles vont du désespoir des jeunes et des parents au sentiment d’abandon et de révolte intérieure.

Les jeunes chômeurs de Ngozi interrogés ont des propositions pour la promotion de l’emploi. Pour Laurent Kabura, il faut que le gouvernement mette sur pied des politiques ambitieuses de soutien à l’emploi des jeunes.

«Il faut promouvoir un dialogue public-privé sur l’autonomisation des jeunes et résoudre l’équation formation-emploi », souligne un autre jeune homme au chômage rencontré devant un tableau d’affichage se trouvant à l’entrée des bureaux de la commune de Ngozi.

D’autres demandent une mise en place d’un fonds de garantie pour les jeunes qui veulent entreprendre mais qui buttent sur le problème d’accès au crédit.

>>>Sur le même sujet : Chômage, total (% de la population)

Forum des lecteurs d'Iwacu

3 réactions
  1. Rurihose

    Le problème est plus profond, plus structurel.
    Versés comme cela en milieu rural, ils viendront grossir la densité explosive rurale.
    La productivité agricole n’augmente pas parce qu’on a injecté des cols blancs.
    Juste une disgression,ô combien instructive: Avez vous entendu le discours du ministre du commerce qyi fait rage sur les réseaux sociaux?
    Un ami congolais m’a convaincu que c’est un montage pour noircir le Burundi.
    Et pourtant c’est un congolais qui connaît le désastre qu’est son pays.
    Je ferme la parenthèse pour dire qu’il faut questionner cette formation bancale au Burundi

  2. ANDRE NDUWIMANA

    Vous avez peut-être raison, mais avec l’atomisation des terres et la faible productivité, je doute que votre proposition soit porteuse de fruits probants.

  3. SINZI

    Le désastre, c’est que l’école soustrait les jeunes de leurs milieux : un jeune scolarisé ne veut plus rester à la campagne alors qu’il pourrait être un éclaireur dans la pratique de l’agriculture moderne. Cela se voit dans les pratiques agricoles que les instruits de tous les temps ont délaissé le milieu rural : la majorité des Barundi continuent à moudre le grain entre 2 pierres,…pratique moyenâgeuse sous d’autres cieux.
    Le monde rural agricole regorge d’emplois non encore explorés en attendant son désengorgement par l’exploitation intelligentes d’autres ressources comme les minerais.

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