Politique

La commission d’enquêtes appelle à la vigilance

09/09/2019 Agnès Ndirubusa Commentaires fermés sur La commission d’enquêtes appelle à la vigilance
La commission d’enquêtes appelle à la vigilance
La commission Diène alerte la communauté internationale

Selon la commission d’enquêtes des Nations unies sur le Burundi, à la veille des élections, les huit facteurs de risques établis par les Nations unies communs aux atrocités criminelles et de détérioration de la situation des droits de l’Homme existent au Burundi.

Dans une conférence de presse tenue mercredi 4 septembre, la commission de Doudou Diène alerte la communauté internationale et appelle une vigilance accrue.

Le tableau peint par la commission est sombre. Il se base sur 1200 témoignages, dont 300, depuis septembre 2018, date de reconduction de la commission. Exécutions sommaires, disparitions forcées, arrestations arbitraires, cas de torture et les violences sexuelles, la liste des violations des droits est longue.

Les victimes sont pour la plupart les opposants (surtout les membres du CNL). Les autres personnes visées sont également des jeunes accusés d’appartenir aux groupes armés, les rapatriés, les journalistes ainsi que les activistes des droits de l’Homme.

« Les violations visent désormais l’ensemble de la population à l’intérieur du pays, des familles modestes sans activité politique apparente dans les zones rurales, reculées. Elles se passent souvent la nuit, sans témoins,» assure Doudou Diène, président de la commission.

Le rapport pointe du doigt les principaux auteurs. Il s’agit des Imbonerakure (jeunes du parti au pouvoir), des forces de l’ordre ainsi que l’administration. Le système judiciaire est également indexé. Il a continué de servir d’outils de répression contre les opposants tout en favorisant l’impunité contre des auteurs.

C’est une alerte sur la probabilité élevée d’atrocités criminelles imminentes. « Les risques sont réels et graves, » souligne Doudou Diène.

Le dernier rapport de la commission innove. Cette fois-ci, elle décide d’intégrer un nouveau concept dans son travail. Il s’agit de voir si les huit facteurs de risques identifiés par les Nations unies, communs aux atrocités criminelles, existent au Burundi. La commission a donc rassemblé ces huit facteurs et les a contextualisés avec la situation du pays. Le résultat est glaçant.

Des violations graves des droits de l’Homme et de possibles crimes de droit international persistent depuis le début de la crise de 2015. La situation s’empire à la veille des élections de 2020.

« Il y a l’instabilité économique, persistance de la question des réfugiés, l’impunité générale et l’absence de perspective de solution à la crise, » souligne Françoise Hampson, membre de la commission d’enquête. Elle évoque également un rétrécissement de l’espace politique et un multipartisme de façade.

Alerte, alerte

« Les facteurs de risques auraient peut-être permis que certaines violations des droits de l’Homme soient évitées. Certains génocides n’auraient pas eu lieu, » explique Doudou Diène. Il appelle à plus de vigilance de la part de la communauté internationale, du gouvernement burundais et de la population. Il s’agit d’une alerte précoce et préventive.

Prudente, la commission prévient. L’existence de ces huit facteurs ne signifie pas que les atrocités criminelles vont se produire, ne détermine quand, à quel moment ni même dans quelle circonstance elles pourraient survenir.

En réaction, le conseiller principal à la présidence de la République, Willy Nyamitwe a déclaré sur son compte twitter que le Burundi n’est plus intéressé à répondre aux mensonges et à la manipulation d’opinion de la part de certains occidentaux qui ne visent que la déstabilisation du Burundi.

Les huit facteurs de risques communs aux atrocités criminelles

1. Un environnement politique, économique et sécuritaire instable
2. Un climat d’impunité générale pour les violations des droits de l’homme
3. Faiblesse du pouvoir étatique pour faire cesser d’éventuelles violences et violations des droits de l’Homme notamment le système judiciaire.
4. L’existence et l’intention de recourir à la violence pour se maintenir au pouvoir
5. Capacité des différents acteurs à recourir à la violence et aux violations des droits de l’Homme
6. L’absence de facteurs atténuants, telle qu’une société civile solide et organisée, des médias nationaux libres, diversifiés et indépendants
7. Les circonstances et un climat propice à la violence et aux violations des droits de l’Homme
8. L’existence de facteur déclencheur : les élections de 2020.

Analyse/  Doudou Diène a-t-il des raisons de s’inquiéter ?

Le rapport de la commission d’enquête sur le Burundi survient dans un contexte de tensions et de violences politiques exacerbées par les préparatifs des élections de 2020. D’une manière ou d’une autre l’alerte lancée par la commission Diène trouve son sens dans les récents évènements marqués par des attaques, des blessés, des emprisonnements et des actes de vandalisme des permanences, etc.

Une situation qui a également interpelé le gouvernement. Le président de la République a mandaté le premier vice-président de la République pour régler la question de l’intolérance politique. Une réunion a eu lieu jeudi 29 août avec les leaders des partis politiques et les gouverneurs de province.

Tous se sont accordés pour dire que la violence politique était une réalité. Des décisions devraient être prises. Le secrétaire général du parti Cndd-Fdd a lancé une recommandation d’instaurer cessez-le-feu d’un mois adopté par tous les participants.

Une semaine après, la mesure n’a pas encore porté ses fruits. Certains commencent déjà à douter de son efficacité tandis que d’autres demandent de ne pas verser dans le pessimisme. Paris ne s’est pas faite en un jour.

En tout cas le baromètre des 8 facteurs de risques des Nations unies pourrait servir même les leaders sur place. Pour détecter quand il faut dire stop si on ne veut pas plonger le pays dans les « atrocités criminelles».

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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Réactions

Nancy Ninette Mutoni : « Le Cndd-Fdd dénonce une fois de plus la politisation des Droits de l’Homme par l’ONU »

La commissaire chargée de la communication et de l’information du parti au pouvoir indique que le Cndd-Fdd ne reconnaît pas cette commission. « Nous ne pouvons en aucun cas commenter le fruit de son travail tellement nous nous imaginons quelles calomnieuses faussetés elle peut forger contre nous, » indique Nancy Ninette Mutoni. Le Cndd-Fdd dénonce une fois de plus la politisation des Droits de l’Homme par l’ONU. Ces manœuvres de déstabilisation par l’occident ont été mises à nues et ne peuvent plus distraire les Burundais en général, les Bagumyabanga et les Imbonerakure en particulier déterminés à prendre en main le destin de leur chère nation.

Agathon Rwasa : « Ils ont quelque part raison de s’inquiéter »

Selon le président du parti CNL considéré comme la grande victime des violences et violations des droits de l’Homme, les inquiétudes de la commission sont quelque part fondées. Selon Agathon Rwasa, les droits garantis par la Constitution sont bafoués. Le mauvais précédent étant l’affaire de Nyabiraba où la permanence du CNL a été incendiée. Les victimes ont été incriminées tandis que les vrais coupables courent toujours. « Cela a instauré une impunité et a encouragé les autres à faire de même ». Le CNL affiche une trentaine permanences vandalisées. Les victimes d’intimidation se comptent par centaines et certains croupissent actuellement en prison pour des mobiles politiques quand d’autres sont blessés. « Les bons discours des autorités doivent s’accompagner d’actions pour restaurer un climat propice au bon déroulement des élections ».

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Editorial de la semaine

Non au rapatriement forcé

Léandre Sikuyavuga Commentaires fermés sur Non au rapatriement forcé

Les réfugiés burundais vivant dans les camps en Tanzanie sont sommés de revenir au bercail « de gré ou de force ». Un accord de rapatriement a même été conclu entre les ministres burundais et tanzanien de l’Intérieur. Ce document qualifié de (…)

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