Mardi 21 septembre 2021

Politique

Événements sanglants de 1972 : les rideaux tombent sur les conférences du Sénat

Événements sanglants de 1972 : les rideaux tombent sur les conférences du Sénat
Sylvestre Ntibantunganya, l'animateur des conférences initiées par le Sénat dur les événements sanglants de 1972

Au bout de la 5èmeconférence de témoignages et de réflexions sur les évènements de 1972 initiés et organisés par le Senat du Burundi, ce vendredi 25 juin, le maître mot est resté le même : «un génocide des Hutu a bel et bien eu lieu».

Devant un parterre des hauts dignitaires, d’officiers supérieurs, de cadres du ministère de la Justice judiciaire et des représentants des confessions religieuses, de quelques témoins et des victimes qui ont vécu les évènements sanglants de 1972, l’ancien chef d’Etat, Sylvestre Ntibantunganya n’a pas ménagé le régime de Michel Micombero qu’il a qualifié de génocidaire.

Avec pour titre « Un souci pour le pouvoir génocidaire, survivre à son crime », ce conférencier n’a pas mis les gants pour dire que cette période a été caractérisée par du plus jamais ça.

Il a pris le temps d’expliquer avec des exemples à l’appui du début jusqu’à la fin pourquoi il appelle Génocide les évènements qui ont endeuillé le Burundi en 1972.

D’après lui, tout concorde pour ne pas douter des faits. Mais d’après ses propos, jusqu’à maintenant ce qui s’est passé au Burundi reste un poids lourd à porter malgré le retard pris par la Communauté internationale à appeler le mal par son nom.

« Ces massacres avaient été préparés, planifiés et exécutés par le pouvoir en place. Une ethnie était visée et cela a été fait. Malheureusement, le génocide des Hutu au Burundi n’a jamais été reconnu au niveau international», démontre l’ancien président Sylvestre Ntibantunganya.

Ce conférencier s’appuyant sur des récits et ouvrages d’auteurs dont il cite comme étant dignes de foi. D’après lui, les régimes qui ont perpétré des génocides déjà reconnus par l’opinion internationale nont pas survécu après leurs forfaits, ce qui n’a pas été le cas pour le Burundi.

« Du 28 novembre 1966 au 10 juillet 1993, c’était le même système politique qui s’est engagé dans une stratégie de dénie du génocide en mettant tous les moyens nécessaires de son côté pour se maintenir et survivre à ce crime», explique-t-il.

Des témoignages et communiqués

Du cadre militaire burundais jusqu’au simple élève de l’époque, tous ont abondé dans le sens de qualifier les évènements sanglants de 1972. Selon eux, quoiqu’on dise, ce qui est arrivé ne mérite aucun autre nom mais celui de génocide.

« Je persiste et je signe, le génocide a été commis au Burundi à l’endroit des Hutu. Tout ce qu’on raconte pour chercher d’autres noms à coller sur cette période c’est fausser notre histoire », a indiqué Festus Ntanyungu tout en affirmant que ce n’est pas une ethnie qui tue l’autre mais plutôt un mauvais système politique.

Quant à Emmanuel Ahishakiye de Muyinga, il faut nommer sans détours que le terme adéquat est génocide. Le fait d’exterminer les élèves, fonctionnaires, commerçants d’une même ethnie d’une façon systématique ne peut être qualifié que de génocide.

« Ceux qui ont échappé à ces tueries ont fini par abandonner l’école. Je rencontre souvent ceux qui était les meilleurs en classe mais qui sont devenus des simples paysans », déplore-t-il.

Et pour le Senat du Burundi, l’objectif quil sest fixé a été atteint. Selon son 2ème viceprésident dans un communiqué sanctionnant la clôture de ces conférences de témoignage et de réflexions sur les évènements de 1972, ce qui devait être fait a été fait.

Les enquêtes, témoignages des survivants, des victimes, les orphelins, ceux qui ont participé de loin ou de près dans ces événements ont eu loccasion de s’exprimer, les instances habilitées ont donc des éléments nécessaires pour bien qualifier ces évènements.

Forum des lecteurs d'Iwacu

2 réactions
  1. Albert Rugwe

    Beaucoup reste à faire

    Loin de moi l’idée de dire que des centaines de milliers d’innocents hutu n’ont pas été massacrés. Non . Ils ont été tués et personne ne peut le nier. Toute personne normale doit le regretter.
    Mais si le Président du sénat et le CDD-fdd veulent réconcilier les burundais, ils doivent cesser de verser dans l’émotionnel et prendre à bras le corps la question de tous les massacres au Burundi, notamment en associant toutes les communautés nationales. Mr Ntibantunganya est à la fois victime et acteur et c’est humain qu’il soit incapable d’être neutre. Arusha avait vu juste que nous sommes incapables par nous mêmes de qualifier nos malheurs et qu’il fallait l’oeil extérieur. Ntibantunganya était d’accord avec cette démarche. Aujourd’hui il a changé et est même devenu expert pour animer un cycle de 5 conférences à lui seul pour arriver à la conclusion ci-haut.
    J’ai hâte de lire la correspondance du sénat invitant ce même Ntibantunganya et de l’entendre sur la qualification des tutsi fauchés en 1993. Si le sénat ne le fait pas ou que Ntibantunganya lui même n’en prenne l’initiative, les batutsi du Burundi auront compris que le régime est en train d’écrire l’histoire du vainqueur. Les hutu qui veulent la vraie réconciliation finiront par démasquer la tricherie intellectuelle et refuseront de lire cette histoire inique.
    Rugwe

    • Stan Siyomana

      @Albert Rugwe
      1. Vous écrivez: “J’ai hâte de lire la correspondance du sénat invitant ce même Ntibantunganya et de l’entendre sur la qualification des tutsi fauchés en 1993…”
      2. Mon commentaire
      L’article dit bien que “Il a pris le temps d’expliquer avec des exemples à l’appui du début jusqu’à la fin pourquoi il appelle Génocide les évènements qui ont endeuillé le Burundi en 1972…”
      Il se pourrait que Mr. Ntibantunganya fait d’autres recherches sur 1993 (MAIS CA CE N’EST PAS SUR), moi je ne vois pas pourquoi vous semblez croire qu’il est la seule personne capable d’animer les futures conférences du Sénat.

      D’après l

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