Politique

Du passé composé au futur simple : Parler du passé pour un futur meilleur

05/02/2020 Fabrice Manirakiza Commentaires fermés sur Du passé composé au futur simple : Parler du passé pour un futur meilleur
Du passé composé au futur simple : Parler du passé pour un futur meilleur
Les jeunes en train de débattre.

Comment était l’organisation socio-politique de la royauté? Qu’en est-il du choix du roi ? Comment se passait son intronisation? Qui étaient ses collaborateurs ? Débat entre les jeunes.

Sur la question de savoir comment on choisissait le roi, les jeunes ont longuement  débattu. Autour du thème : «Organisation socio-politique de la royauté», le débat a eu lieu ce jeudi 23 janvier 2020. «Notre société est patrilinéaire, c’est-à-dire que l’enfant devait succéder à son père. On choisissait le dernier fils du roi. C’était la coutume. Ce prince héritier devait naître avec des semences», lance Kennedy Ntakarutimana, un jeune historien. «Le roi venait de la famille royale. On choisissait un prince qui ne présente aucune anomalie physique. De plus, il devait naître avec des semences», ajoute Fidèle Bavumiragiye, étudiant en sciences de l’éducation.

Richard Nkurunziza, un autre étudiant, n’est pas convaincu. «Dire qu’il venait de la famille royale, j’en conviens. J’ai des doutes sur sa naissance avec des semences. Pour moi, au moment de céder le trône, le roi choisissait un prince qui présente les qualités d’un roi. Alors, on annonçait que c’est lui qui est né avec des semences». Kennedy Ntakarutimana abonde dans le même sens : «Ce sont les dépositaires des secrets royaux qui les mettaient dans les mains du prince héritier.» Pour Blaise Nzeyimana, étudiant en sociologie, on voulait montrer que le futur roi est différent de ses sujets. «C’était une façon de légitimer le prince héritier. Du coup, il était respecté par toute la population», fait savoir Vanessa Kaneza, étudiante en Sciences politiques. «C’était pour qu’il soit adulé parce qu’il n’est pas né comme les autres. C’était aussi une façon de prévenir des conflits entre les frères», ajoute Zabulon Nshimirimana, licencié en Sociologie.

Comment se passait l’intronisation du roi?  

«L’intronisation du nouveau roi se passait au confluent des rivières Mucece et Nyavyamo. Un abreuvoir (Urugomero) était préalablement aménagé où l’on attachait un jeune garçon du clan des Bahirwa. Les vaches longtemps tenues loin de l’abreuvoir, suite au deuil, s’y ruaient. Elles piétinaient le jeune homme. Le nouveau roi devait planter son arbre de règne appelé «Ikigabiro», raconte Richard Nkurunziza. Selon lui, cet arbre de règne était le signe de son intronisation.

Les jeunes se sont interrogés pourquoi ce sont les jeunes hommes du clan des Bahirwa qui étaient sacrifiés. Certains se demandaient même si les droits de l’Homme étaient respectés à cette époque. «Les différents clans avaient des fonctions à remplir. Je crois que le clan des Bahirwa avait hérité de cette fonction», indique Zabulon Nshimirimana. Pour Ernest Murwaneza, historien, ce rituel voulait montrer que le roi avait le droit de vie et de mort sur ses sujets. «C’était un prestige pour le clan des Bahirwa d’être choisi. C’était un clan très respecté. On ne choisissait pas n’importe quel clan», renchérit Richard Nkurunziza.

Quid des collaborateurs du roi ?

«Il y avait des clans qui étaient très puissants à la cour royale. Il s’agissait des clans d’Abahanza, Abashubi, Abavumu et Abajiji. Il y avait d’autres personnes, les clans des reines, qui étaient très proches du roi»,  souligne Zabulon Nshimirimana.

«Certains clans ont aidé Ntare Rushatsi à conquérir le pouvoir. Ce sont eux qui ont continué à occuper des postes stratégiques auprès du souverain», ajoute Fidèle Bavumiragiye. Apollinaire Ndayisenga, historien, fait savoir que certains clans n’étaient pas admis à la cour royale. «C’est pourquoi, par après, il y a eu des problèmes au niveau politique».    

Le professeur Emile Mworoha explique

Invité pour aider ces jeunes à comprendre cette partie de l’histoire du Burundi, cet éminent historien indique que le prince héritier ne naissait pas avec des semences. «Ce qui était important, c’est que la population le croyait et cela devenait la vérité. C’était un instrument pour légitimer le prochain roi auprès de ses sujets. Quand l’idéologie est puissante, elle devient l’histoire». Concernant le choix du prince héritier, Emile Mworoha souligne qu’on choisissait parmi les jeunes princes et pas nécessairement le benjamin. Selon lui, le roi, ses conseillers et les grands sorciers se concertaient pour choisir le prochain souverain. «Il y avait une grande rivalité chez les reines. C’était un rapport de force. La reine qui avait des princes forts était aidée par les conseillers et les grands sorciers». Le professeur Mworoha raconte que le roi était intronisé dans la vallée des rois au confluent des rivières Mucece et Nyavyamo. Plusieurs rituels étaient prévus. «On montrait au nouveau roi toutes les cultures qui poussent dans son royaume. Il y avait aussi le sacrifice d’un jeune homme du clan des Bahirwa. On donnait à ce garçon de l’hydromel jusqu’à ce qu’il soit ivre». L’historien met en garde les jeunes : «Pour donner un jugement en ce qui concerne l’histoire, il faut éviter l’anachronisme. Il ne faut pas comparer le présent avec ce qui s’est passé il y a 100 ou 200 ans. Il ne faut pas juger en pensant aux droits de l’Homme car c’est une autre époque. Les sacrifices étaient pratiqués partout ailleurs, même en Europe.» Selon le professeur Mworoha, le nouveau roi devait planter des arbres de règne, à savoir le ficus (umuvumu) et l’érythrine (umurinzi). «Ces arbres étaient très importants dans la culture burundaise. Les Burundais fabriquaient des habits dans le ficus. L’érythrine était un arbre sacré pour l’ensemble de la région des Grands-Lacs».  La fête se poursuivait sur la colline Kivyeyi où un troupeau de vaches et d’autres cadeaux étaient offerts au nouveau roi. Parmi les proches collaborateurs du roi, le professeur Mworoha cite les grands princes, les Abatware (Hutu et Tutsi), les délégués (Ivyariho), les conseillers (Abishikira) et d’autres fonctionnaires de la cour comme Abakevyi et Abakamyi qui étaient au service de la bouche du roi. «Le roi avait aussi des émissaires chargés de transmettre des informations et de donner des rapports sur l’état du royaume». Selon Emile Mworoha, les représentants de Kiranga (sorciers) avaient eux aussi un pouvoir énorme à la cour royale. «Le royaume du Burundi a fait plus de 300 ans. Il a tout fait pour défendre la souveraineté du pays. Pour pouvoir bien préparer l’avenir, il faut d’abord connaître le passé», a conseillé aux jeunes, le professeur Emile Mworoha.

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