Politique

CNL, l’alternative au Cndd-Fdd ?

25/02/2019 Agnès Ndirubusa Commentaires fermés sur CNL, l’alternative au Cndd-Fdd ?
CNL, l’alternative au Cndd-Fdd ?
Le CNL, nouveau poids lourd de l’opposition burundaise.

La deuxième force politique s’est dotée d’un parti politique. Cela marque-t-il un tournant dans le paysage politique ? Quel est le sort de la coalition Amizero y’Abarundi ? Eléments de réponses.

Bujumbura prend tout le monde de court. Le 14 février, il agrée le Congrès national pour la liberté. La surprise est de taille : la bête noire du Cndd-Fdd était de moins en moins optimiste.

Aujourd’hui, tout le monde applaudit et parle d’un pas vers une ouverture de l’espace politique. Dans son rapport au Conseil de Sécurité ce mardi, l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies, Michel Kafando, salue la reconnaissance officielle du nouveau parti d’opposition, le CNL : « J’encourage le gouvernement à continuer dans ce sens. »

Les observateurs se demandent si les arrestations arbitraires et autres actes d’intimidation des membres du nouveau parti vont cesser.

Le CNL dénonce déjà l’arrestation de 6 militants du parti en commune Muyange, commune Mugina, province Cibitoke. Arrêtés dans la soirée du fameux 14 février en train d’arroser l’agrément de leur parti. Ils sont accusés de tenir une réunion nocturne et illégale. Le député élu dans cette circonscription, Simon Bizimungu exige leur libération immédiate. La police locale quant à elle évoque une arrestation pour enquêtes.

A Muyinga, commune Bweru, c’est Léonidas Congera qui a été battu à mort dans la nuit de dimanche à lundi. Le député Pascal Bizumuremyi pointe du doigt un groupe de jeunes affiliés au parti Cndd-Fdd mené par Dieudonné Ncamwaka, surnommé « Major». La victime est hospitalisée. Le député demande l’arrestation des auteurs.

Le premier vice-président de la République reconnaît des cas d’excès de zèle de la part des administratifs. Selon Gaston Sindimwo, agréer un parti c’est permettre à ses membres de jouir des droits et libertés conférés par la loi à chaque parti politique. « Il faut qu’ils apprennent à dissocier boire un verre et activité politique et ne pas arrêter quelqu’un pour un motif illégal». En même temps, chaque réunion politique doit être signalée à l’avance aux administratifs pour qu’ils puissent sécuriser la localité.

Un long parcours de combattant

Le CNL aura donc attendu 5 mois d’attente depuis la demande d’agrément. Il faut dire que la traversée du désert de cette deuxième force politique au Burundi ne date pas d’hier. En 2012, Le FNL est arraché des mains d’Agathon Rwasa.

Véritable animal politique, doté d’une grande capacité d’adaptation, Agathon Rwasa se cherche une petite brèche légale. Son FNL va s’allier aux Upronistes qui eux aussi avaient subi le même sort et se sont retrouvés sans parti. Ensemble ils forment la coalition Amizero y’Abarundi pour les élections de 2015. Ils gagneront 21 sièges à l’Assemblée nationale.

Puis, un couac. Il est de taille : la Constitution de mars 2018 dans son article 86 interdit la coalition des indépendants. « Pas de doute : elle fait allusion à la coalition Amizero y’Abarundi, » selon ces leaders. Ils crient à l’acharnement et assurent qu’on veut les écarter aux prochains scrutins.

Rwasa ne lâche pas pour autant. En réunissant les responsables de son parti le 12 mars 2018 pour penser à la création du parti, il sait qu’il joue une de ses dernières cartes. « Ça passe ou ça casse » dit-on dans les rangs de l’ancien rebelle. Un dossier est constitué.

Il est rejeté pour vice de forme. Il faut changer de nom, d’emblèmes, de devise,… « Des manœuvres dilatoires et de recherche de prétextes pour empêcher l’agrément, » dira un politique.

Actuellement la question que se posent plusieurs observateurs est de savoir comment cet agrément a pu passer. La Constitution avait visiblement verrouillé ‘la brèche de la coalition des indépendants’. Le nouveau projet du code électoral allait dans le même sens. En son article 174, alinéa 2 elle stipule qu’un indépendant doit recueillir 40% au moins des suffrages exprimés dans la circonscription où il s’est fait inscrire.
Différent de 2 % requise pour les partis politiques et au niveau national. En tout cas, le nouveau parti d’Agathon Rwasa semble bien parti pour lutter.


Quel sort pour la coalition Amizero y’Abarundi ?

Les leaders de la coalition Amizero y’Abarundi pendant la campagne référendaire.

La faction Uproniste de la coalition Amizero y’Abarundi n’entend pas lâcher la main d’Agathon Rwasa. Tatien Sibomana, un des leaders, affirme partager toujours avec le leader du CNL la vision de constituer une alternative au peuple burundais. « Nous n’avons jamais été un parti fusionné. Nous avons voulu composer une liste unique des indépendants parce que nous partagions cette vision et nous la partageons toujours ».

Tatien Sibomana reconnaît néanmoins qu’avec la nouvelle Constitution, ce n’est pas facile : « Il est difficile de dire comment nous allons matérialiser cette vision ensemble, comme nous l’avons fait en 2015 en tant que coalition. Mais nous y réfléchissons. »

Tatien Sibomana persiste et signe : «  Nous n’avons jamais voulu créer un autre parti ou faire partie des membres fondateurs du nouveau parti de Rwasa, parce que nous avons un parti qui s’appelle le parti Uprona. »

Cette faction de l’Uprona dit avoir gagné des procès au niveau de la cour suprême. Ces procès demandaient la réhabilitation du comité central élu lors de la réunification de 2009. C’est à lui de gérer le parti Uprona.
Il apparaît clairement que dans le communiqué de presse lu par la porte-parole de la cour suprême, il ait été précisé qu’il appartenait au ministère de l’Intérieur de mettre en exécution ces arrêts. Ce qu’il n’a pas fait jusqu’à maintenant.

« Au mois de novembre, nous avons réintroduit la demande auprès du ministère de l’Intérieur, nous allons rééditer cette demande ».

La faction Uproniste de la coalition semble n’avoir pas tourné la page Uprona et campe sur sa position de le récupérer. « Nous restons assoiffés par une réunification, mais qui respecte les règles, en respectant les arrêts qui placent le comité central de 2009 à la tête du parti dont nous faisons partie, » a précisé Tatien Sibomana.

A quelques mois des échéances électorales de 2020, cette posture d’attente que le parti de Gaston Sindimwo et Abel Gashatsi revienne à son camp est de moins en moins réaliste. Un véritable vœu pieux. Une autre formule doit être vite trouvée pour que cette faction de la coalition Amizero y’Abarundi reste viable.

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