Politique

Buyoya dans le collimateur de la justice burundaise

10/12/2018 Agnès Ndirubusa Commentaires fermés sur Buyoya dans le collimateur de la justice burundaise
Buyoya dans le collimateur de la justice burundaise
L’affaire Ndadaye rouverte devant la justice.

Un mandat d’arrêt a été lancé contre le président Buyoya et seize anciens hauts responsables militaires et civils. Ils seraient impliqués dans l’assassinat du président Ndadaye. Manœuvre politique, dénonce Buyoya.

L’affaire la plus commentée par les Burundais. Le procureur général de la République a surpris tout le monde en décidant la réouverture du dossier sur l’assassinat du président Melchior Ndadaye.

Quatre anciens officiers supérieurs sont arrêtés. 17 mandats d’arrêt internationaux lancés. Et 25 ans après le meurtre du premier président démocratiquement élu, un nom est cité : celui du président Pierre Buyoya.

Pour le procureur général de la République, des éléments de l’enquête déjà disponibles révèlent que ces personnes pourraient avoir été impliquées dans ce crime dans sa préparation, pendant son exécution et même après sa commission.

« Ces mandats d’arrêt internationaux sont lancés pour que les pays qui les hébergent puissent les arrêter et les extrader au Burundi afin qu’ils s’expliquent sur les faits qui leur sont reprochés, » a indiqué Sylvestre Nyandwi.

Des poursuites qui ont suscité une réaction du président de la Commission de l’Union africaine. Il fait tout de suite allusion à cette affaire dans une déclaration sortie le samedi, 1 er décembre. Moussa Faki presse  l’ensemble des acteurs concernés de s’abstenir de toute mesure politique ou judiciaire qui serait de nature à compliquer la recherche d’une solution consensuelle conformément à l’esprit de réconciliation nationale. « Le dialogue est la seule voie de sortie de crise. »


Et Buyoya enfonce le clou

Un mandat d’arrêt international est lancé contre Pierre Buyoya.

Après quelques jours, le président Buyoya est sorti de son silence. Dans son communiqué de presse, il se dit stupéfait par ces accusations graves.

Il parle de manipulation politique et d’une nouvelle manœuvre de diversion visant à faire oublier les questions douloureuses non résolues.

Selon lui, le gouvernement a choisi de s’emmurer délibérément dans le refus du dialogue pour résoudre la crise qu’il a lui-même provoquée et qu’il alimente depuis 2015. « Il serait difficile d’imaginer que le régime soit à même de mener une procédure judiciaire avec un minimum de garanties et de crédibilité. »

A la radio BBC, l’ancien président va plus loin ce mercredi. Il parle de vengeance ethnique et d’une démarche dangereuse qui va briser toute la corde qui lie le peuple burundais. Pierre Buyoya balaie d’un revers de la main la demande d’extradition de Bujumbura. « Je ne suis pas le premier sous mandat d’arrêt et à ma connaissance, personne n’a déjà été extradé vers le Burundi. »

Un tollé de Bujumbura

Les sorties médiatiques de Moussa Faki et de Pierre Buyoya provoquent de vives réactions de Bujumbura et sur les réseaux sociaux.

L’ambassadeur du Burundi aux Nations unies, Albert Shingiro, demande à la communauté internationale de ne pas infantiliser le Burundi en s'ingérant dans ses affaires.  Et selon lui, le président Buyoya se livre à du chantage. « En droit criminel, la responsabilité pénale est individuelle. C'est un principe consacré. Elle n'est ni familiale, ni ethnique ou régionale. Vouloir mêler la responsabilité pénale à sa famille, son ethnie ou sa région pour se soustraire de la justice s'appelle chantage »

L’Assemblée nationale n’est pas en reste sur cette affaire. Elle rejette les arguments avancés par Moussa Faki qui estime que cette action de la justice serait de nature à compliquer la recherche d’une solution consensuelle. Le président de l’Assemblée nationale, Pascal Nyabenda demande de laisser la justice burundaise faire son travail. « Que la justice burundaise continue à mener des investigations approfondies afin d’éradiquer l’impunité ».

En tout cas, tout porte à croire que Bujumbura ne va pas lâcher et que le dossier judiciaire est rouvert. Un des proches collaborateurs du président assassiné, Sylvestre Ntibantunganya quant à lui se dit favorable aux poursuites judiciaires. Il estime que les Burundais ont droit de connaître la vérité sur la préparation et l’exécution de l’assassinat du président Ndadaye.

Pour le président Sylvestre Ntibantunganya, l’assassinat du président Ndadaye est la cause de toutes les difficultés auxquelles le Burundi a été confronté depuis lors jusqu’à aujourd’hui.

Il n’exclut pas l’hypothèse d’une volonté de récupération politique : «Il a toujours été dit que, d’une part, le dossier sera tiré des tiroirs en cas de besoin pour des intérêts politiques. Et que d’autres se serviront de la politique, d’autre part, pour étouffer l’instruction judiciaire du dossier.»

Le président Melchior Ndadaye est le premier président démocratiquement élu au Burundi. Investi le 10 juillet 1993, il fut assassiné après 102 jours de pouvoir au cours d'un coup d’Etat sanglant, le 21 octobre 1993. Pontien Karibwami, président de l'Assemblée nationale, Gilles Bimazubute, vice-président de l'Assemblée nationale, et Juvénal Ndayikeza, ministre de l'Administration du territoire et du Développement communal, trouvèrent également la mort.

Ce coup de force va déchaîner des violences inter-ethniques dans tout le pays, déclenchant une guerre civile, qui fera, selon les estimations, entre 50 000 (chiffre avancé par la Commission internationale d'enquête des ONG) et 100 000 (chiffre avancé par les délégués du Haut-commissariat aux Réfugiés).

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