Société

Bubanza : procès de la honte ?

20/08/2019 Arnaud Giriteka Commentaires fermés sur Bubanza : procès de la honte ?
Bubanza : procès de la honte ?
Le  siège du Tribunal de Grande Instance de Bubanza.

Emile Niragira, policier du commissariat de Gihanga, a été acquitté par le Tribunal de Grande Instance de Bubanza. Il était accusé du meurtre d’un habitant paisible de ladite commune. Retour sur une affaire qui a défrayé la chronique dans cette province.

Nous sommes lundi 12 août, 16h30. La salle d’audience du Tribunal de Grande instance est pleine à craquer. Faute de places, certains s’agglutinent sur les fenêtres pour ne rien rater du verdict. Toutes ces personnes attendent impatiemment l’issue du procès sur la mort de Jean Claude Nizigiyimana.

Ce citoyen de la commune Gihanga est décédé mardi 7 août au centre médico-chirurgical de Kinindo. Il a succombé aux blessures infligées dans la soirée du samedi 3 août. Les avocats des prévenus et des plaignants transpirent. Angoisse du verdict ou effet de la chaleur ? Difficile de savoir.

Après une brève attente, les juges font leur apparition dans la salle. Protocole oblige, l’auditoire se lève. Le président du siège invite le public à se rasseoir. Ca y est, le moment fatidique arrive. Fixant la feuille sur laquelle est inscrit le jugement, il prononce sa sentence : «Après délibération, nous déclarons que l’accusé Emile Niragira est acquitté et qu’il est exempté de toute réparation ». Aussitôt, l’accusé saute de joie dans les bras de son avocat.

Quant à la partie plaignante, c’est la stupeur et la consternation totale. La veuve enceinte sort de l’audience en sanglotant. Même le public n’en croit pas ses oreilles. « Je ne m’attendais pas à un acquittement. J’étais plus ou moins convaincu qu’une peine, aussi petit soit-elle, serait prononcée à l’endroit de l’accusé.», lâche amèrement un passant à la sortie de l’audience. Et d’ajouter que le tribunal vient de se couvrir de honte.

La déception se lit sur les visages des gens présents. Pourquoi sont-ils convaincus de l’iniquité du verdict ? Que s’est-il réellement passé ?

Emile Niragira, le présumé coupable 

Selon le ministère public, le coupable n’est autre que le brigadier de première classe Emile Niragira. Le jour du drame, il serait sorti du camp sans autorisation et aurait rencontré la victime Claude Nizigiyimana. Puis, le policier a feint de le saluer et l’a mis KO par terre. Ensuite, il l’aurait piétiné violemment au niveau de l’abdomen.

Les juges ont voulu savoir ce que le policier pouvait reprocher à la victime. Le ministère public a répliqué que c’est l’animus necandi (la volonté d’obtenir la mort d’autrui). M. Niragira a infligé des coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort de Nizigiyimana.

Par ailleurs, l’expertise médicale montre que la rate, le pancréas et les intestins ont été gravement endommagés. L’accusé a, quant à lui, toujours clamé son innocence devant la barre. Il indique qu’il n’est jamais sorti sans autorisation et qu’il ne connaissait pas la victime. «Vous m’accusez d’avoir piétiné le défunt jusqu’à lui causer des traumatismes au niveau du ventre, c’est faux. Mes jambes sont faibles. Elles ont eu un accident au mois de janvier. Ils ne peuvent pas causer de tels dégâts », s’est-il justifié. Lors de la comparution, un pansement était enroulé sur sa jambe gauche.

Côté plaignant, le dérouler de l’histoire est différent. Selon le témoignage de la veuve, son mari est arrivé à son domicile dans un piteux état dans la nuit du 3 août. « Il m’a dit qu’un certain ‘‘de corps’’ et son agent de transmission l’ont tué ». Ici, la victime fait allusion à Benjamin Nzojiyobiri alias « de corps » et Emile Niragira l’accusé principal.

Des zones d’ombre

Jean Claude Nizigiyimana  a succombé à ses blessures.

Lors du procès, M. Nzojiyobiri est présenté à la barre comme celui qui est venu à la rescousse de la victime. Il l’aurait reconnu et demandé à Niragira d’arrêter de le passer à tabac. Un témoin à charge.

Or, il a été désigné avec l’accusé principal comme bourreaux par la victime sur son chevet à l’hôpital. Un enregistrement audiovisuel étayant ses affirmations est disponible. Il a été même présenté aux juges. Aurait-il été exploité ? Personne ne le saura.

Présent au procès, un habitant de Gihanga, va donner une autre version sous anonymat : «Le malheur de Jean Claude Nizigiyamana est qu’il est passé au mauvais endroit au mauvais moment. » En rentrant, poursuit-il, la victime est passée près du véhicule de Benjamin Nzojiyobiri.

Ce dernier était en galante compagnie. Entre temps, Emile Niragira montait la garde. Il surveillait les yeux indiscrets susceptibles de troubler l’ambiance des «tourtereaux» en voiture. C’est là que la victime s’est vue tabasser. D’où la question de savoir si ses affirmations ne sont pas gratuites. Et de répondre qu’Evelyne Ndayiragije, une fille appelée à la barre comme témoin des faits, a été accusée par le brigadier Niragira d’être la maîtresse de Nzojiyobiri. Il a demandé à la cour de ne pas prendre en considération son témoignage parce qu’elle est de connivence avec Benjamin Nzojiyobiri. «N’est-ce pas une preuve qui soutient mes allégations », sur ces mots, il s’en est allé en hochant la tête.

Onesphore Nzeyimana, activiste des droits de l’Homme dans cette province, déplore aussi l’issue du procès. Néanmoins, il se réjouit que le ministère public ait promis d’interjeter appel.

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