Culture

Au coin du feu avec Melchior Mukuri

25/01/2020 Fabrice Manirakiza Commentaires fermés sur Au coin du feu avec Melchior Mukuri
Au coin du feu avec Melchior Mukuri

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Melchior Mukuri.

Votre qualité principale ?

Porter jugement sur soi-même n’est pas chose facile. A ceux qui me connaissent de porter un jugement sur ma personne.

Votre défaut principal ?

Je ne sais pas vraiment comment identifier mon défaut.

La qualité que vous préférez chez les autres ?

La sincérité.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

La malhonnêteté.

La femme que vous admirez le plus ?

J’admirais beaucoup ma mère. Elle faisait tout pour assurer un bien-être à ses enfants. Elle aimait voir les enfants du voisinage être à l’aise et ne ménageait rien pour leur rendre différents services. Elle tenait à ce que les relations avec les voisins soient bonnes et elle posait de nombreux actes qui allaient dans ce sens. Certaines personnes de mon âge qui l’ont connue y reviennent parfois actuellement quand nous parlons de notre vie de jeunesse. Ainsi par exemple, Mr XX, haut fonctionnaire dans une institution prestigieuse évoque, des fois, quand nous nous rencontrons, la façon dont lui et les enfants de son âge étaient traités par cette respectable mère de famille.

L’homme que vous admirez le plus ?

J’admirais beaucoup mon papa. Un homme qui avait beaucoup de vaches et qui aimait faire des travaux divers et participait souvent aux activités des Bashingantahe. Un notable qui avait un amour du travail bien fait.

Votre plus beau souvenir ?

La naissance de mon premier enfant : Jocelyn Trésor. Le 24 mars 1984 vers 20h30 quand une infirmière de l’Hôpital Saint Sacrement du Québec m’a appelé pour que le docteur Labrecque me présente mon fils qui venait de naître. Je n’en croyais pas mes oreilles. J’étais très content et je n’ai pas caché ma joie immense à tous ceux qui étaient à côté de moi. C’est un jour inoubliable. Une situation que j’ai encore vécue avec fierté, plus tard, 4 fois.

Votre plus triste souvenir ?

Samedi, le 7 juillet 1984, j’ai eu un accident de roulage sur la route nationale 7 (RN 7) à l’endroit appelé communément Ku Rubaho à la frontière des communes Gisozi et Mugamba. J’ai une fracture sur la jambe droite. Et des gens faisaient circuler des bruits comme quoi mon bassin s’était totalement fracturé. Ce qui était archifaux. Mes parents ont eu vent de ces bruits et s’inquiétaient trop de mon avenir. Mon père est venu me rendre visite à la Clinique Prince Louis Rwagasore où j’étais hospitalisé et a vu que j’étais sous traction, ce qui lui a causé plus de soucis sur mon état de santé. Mes parentés et mes amis lui disaient que j’allais me remettre dans quelques semaines mais il n’y croyait pas. Il s’est encore découragé davantage quand il est revenu, un mois plus tard, à Bujumbura pour me rendre visite. Il m’a trouvé dans la même position. Et il a cru davantage aux bruits qu’il avait entendus le 8 juillet 1984. Pour lui, l’avenir de son fils était en danger et ce sans retour. J’essayais de le réconforter mais il ne me croyait pas du tout.

Quelques mois après, je suis sorti de l’hôpital complétement guéri et je suis allé sur ma colline natale pour rendre visite à mes parents. Quand mon père et ma mère m’ont vu marcher normalement, ils ont poussé un ouf de soulagement et ont crié de joie. Ils m’ont dit qu’ils avaient cru aux bruits qu’ils avaient entendus sur mon état de santé. Ils étaient très contents et ont prononcé des mots de remerciement aux personnes qui m’avaient assisté quand j’étais hospitalisé.

La plus belle date de l’histoire burundaise ?

Le 1er juillet 1962 quand le Burundi a accédé à l’indépendance.

La plus terrible ?

Le 19 octobre 1965 quand les Burundais ont tué leurs compatriotes pour la simple raison qu’ils n’étaient pas de la même catégorie sociale. A partir de cette date, l’ethnisme venait de s’installer dans un pays sans ethnies. Et c’est dommage.

Le métier que vous auriez aimé faire ?

Celui que j’exerce actuellement : enseigner et faire des recherches dans mon domaine de formation. Le métier d’historien.

Votre passe-temps préféré ?

Faire de petits travaux manuels à la maison et mettre de l’ordre dans mes ‘’papiers’’. Je fais aussi la marche.

Votre lieu préféré au Burundi ?

Ma colline natale : Gataka que certains appellent aussi Muhabo, dans la commune Mugamba. Un beau site situé à 71 km de la ville de Bujumbura et d’accès facile par route et à partir duquel on peut admirer, de loin, les beaux paysages des régions naturelles du Mugamba, du Bututsi et du Kirimiro. Un lieu de bonne villégiature.

Le pays où vous aimeriez vivre ?

Le Burundi, ma patrie.

Le voyage que vous aimeriez faire ?

Aller en Australie. Un pays dont j’ai appris l’existence quand j’étais à l’école primaire en 5e année à Muyange (commune Mugamba). C’était à partir d’un livre bien illustré que l’on m’a donné comme prix à la paroisse de Kibumbu. J’ai bien gardé en mémoire les paysages qui étaient dans ce livre. Ce pays continue de me fasciner.

Votre rêve de bonheur ?

Voir tous mes enfants fonder un foyer et conduire mes petits-enfants à l’école.

Votre plat préféré ?

Je mange tout ce qui est comestible. Aucun plat particulier.

Votre chanson préférée ?

Pour les chansons en Kirundi, je préfère les chansons des clubs des Burundaises. Celles de Léonard Niyomwungere notamment ‘’Sokuru wari umugabo’’. Pour les chansons françaises, il y a celles de la Canadienne Céline Dion et du Français Michel Sardou.

Quelle radio écoutez-vous ?

J’écoute souvent les radios qui donnent des informations sur le Burundi notamment RTNB et Isanganiro. J’écoute aussi RFI.

Avez-vous une devise ?

Visez l’excellence.

Votre souvenir du 1er juin 1993 ?

Les membres du parti Uprona étaient sûrs de la victoire de leur candidat aux élections présidentielles du 1er juin 1993. Mais ils ont été étonnés de voir le parti Frodebu remporter la victoire.

Votre définition de l’indépendance ?

L’indépendance suppose l’autonomie en tout. Il faut être capable de faire ses choix sans influence aucune et mener sa vie selon son bon vouloir pourvu que l’on ne porte pas atteinte aux us et coutumes ou règlements en vigueur dans la société dans laquelle on vit.

Votre définition de la démocratie ?

La démocratie est un système qui permet aux gens de participer en toute liberté aux décisions qu’ils prennent ou qui les concernent sans nuire aux autres.

Votre définition de la justice ?

C’est un système qui suppose que l’on doit respecter le droit des autres personnes et être correct avec ces dernières.

Si vous étiez ministre de l’Enseignement supérieur, quelles seraient vos deux premières mesures ?

Recruter des enseignants qualifiés et inviter les étudiants à vraiment ‘’bosser fort ’’et exploiter les différentes opportunités qui leur sont offertes par divers canaux.

Mettre à la disposition des enseignants et des étudiants des infrastructures et des équipements suffisants.

Si vous étiez ministre de la Culture, quelles seraient vos deux premières mesures ?

Promouvoir la recherche et la diffusion à grande échelle de la culture nationale. Doter ce ministère d’infrastructures suffisantes pour qu’il puisse remplir convenablement sa mission.

Croyez-vous à la bonté humaine ?

Mais oui même si l’on voit qu’il y a des gens qui, ici et là, s’en éloignent parfois trop.

Pensez-vous à la mort ?

Très rarement. Tout le monde est candidat à la mort. L’idéal est de «  bien mourir » comme diraient les Burundais.

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui direz-vous ?

Je lui demanderais de tout faire pour que ses créatures fassent des bonnes actions et prônent un mieux vivre ensemble.

Propos recueillis par Fabrice Manirakiza

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Bio-express

Historien, Melchior Mukuri enseigne au département d’Histoire de l’Université du Burundi depuis de nombreuses années. Il est aussi directeur du Centre de recherche et d’études sur le développement des sociétés en reconstruction (CREDSR). Il a à son actif de nombreuses publications scientifiques dans des revues nationales et internationales et dans des maisons d’édition bien reconnues par la communauté scientifique. On citera pour mémoire trois livres : Burundi, la fracture identitaire. Logiques de violences et certitudes ethniques, 1993-1996, Paris, Karthala, 2002  (Co-dirigé avec J-P Chrétien); Les défis de la reconstruction dans l’Afrique des Grands Lacs, Bujumbura, IMOBU, 2008 (Co-dirigé avec Emile Mworoha et Sylvestre Ndayirukiye,) ; Un demi-siècle d’histoire du Burundi. A Emile Mworoha, pionnier de l’histoire africaine, Paris, Karthala, 2017 (Co-dirigé avec Jean-Marie Nduwayo et Nicodème Bugwabari). Il s’intéresse aussi à la diffusion de l’Histoire du Burundi et a, pour ce faire, créé une collection dénommée Dictionnaire chronologique du Burundi dont il a déjà publié 2 volumes. Le professeur Melchior Mukuri est né en 1953 sur la colline Gataka en commune Mugamba de la province Bururi.

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