Ils sont venus au coin du feu

Au coin du feu avec Davy-Carmel Ingabire

06/06/2020 Alphonse Yikeze Commentaires fermés sur Au coin du feu avec Davy-Carmel Ingabire
Au coin du feu avec Davy-Carmel Ingabire

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Davy-Carmel Ingabire.

Votre qualité principale ?

La capacité d’apprendre et de m’adapter rapidement et la créativité (selon les personnes à qui j’ai demandé).

Votre défaut principal ?

Un peu trop introverti.

La qualité que vous préférez chez les autres ?

La bonté de cœur.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

Etre capable de faire consciemment du mal aux autres.

La femme que vous admirez le plus ?

J’ai le privilège d’être entouré par tant de femmes inspirantes dans ma famille mais si je vais en citer une que vous reconnaîtrez, ce serait Marie, mère de Jésus dans la Bible. Elle a dit oui à la volonté de Dieu même si c’était loin d’être un choix évident. Personnellement, je trouve que c’est la définition du courage et de la foi. J’admire aussi Michelle Obama, tellement que je pourrais passer des journées entières à écouter ses discours et interviews, c’est tellement motivant !

L’homme que vous admirez le plus ?

Mon père, c’est la personne la plus aimante que je connaisse. Peu importe les circonstances, il garde la tête haute et une joie de vivre qu’il arrive à facilement transmettre aux autres. Il ne nous a jamais demandé de devenir parfaits mais, il nous pousse toujours à devenir les meilleures versions de nous-mêmes. Le respect et l’amour de l’autre sont une seconde nature chez lui.

Votre plus beau souvenir ?

J’en ai tellement. Malgré que je sois de cette génération dont les années d’enfance étaient rythmées de tirs d’armes à feu, d’explosions d’obus, de ville morte, de jets de bombes lacrymogènes, d’embuscades d’assaillants sur les bords de route et de tueries sans aucun sens, je suis rempli de gratitude car avec les amis du quartier, nous avions tellement de jeux qui occupaient nos esprits, des enseignants qui ont été durs avec nous pour que nous apprenions autant que possible et des parents qui nous rappelaient sans cesse d’avoir un esprit sain dans un corps sain.

Votre plus triste souvenir ?

La mort de Francis, mon cousin. Il  était comme mon grand-frère, j’avais 10ans.

Quel serait votre plus grand malheur ?

Vivre dans un monde sans chocolat (rires)

Le plus haut fait de l’histoire burundaise ?

La formation du royaume du Burundi par le premier roi Ntare Rushatsi Cambarantama.

La plus belle date de l’histoire burundaise ?

Le 10 janvier 1932 (la naissance du Prince Louis Rwagasore)

La plus terrible ?

Le 13 octobre 1961 (la mort du Prince Louis Rwagasore)

Le métier que vous auriez aimé faire ?

Psychologue-Sociologue. Je suis un grand passionné des histoires, parcours et comportements des gens.

Votre passe-temps préféré ?

Le cinéma, la musique et la télé.

Votre lieu préféré au Burundi ?

Les plages de Nyanza-Lac.

Le pays où vous aimeriez vivre ?

Là où se trouvent les miens.

Le voyage que vous aimeriez faire ?

Tokyo au Japon (l’art urbain surtout pour la mode y est si riche)

Votre rêve de bonheur ?

C’est un rêve que je vis à chaque fois que je suis entouré par ma famille et nos amis proches pour un dîner, un après-midi de détente, un week-end aux fous rires et discussions  sans fin.

Votre plat préféré ?

Les bananes plantains frites (Imizuzu)

Votre chanson préférée ?

Impossible d’en choisir une seule.

Quelle radio écoutez-vous ?

Je n’en écoute plus vraiment.

Avez-vous une devise ?

Aie confiance en Dieu et avance.

Votre souvenir du 1er juin 1993 (le jour où le président Ndadaye fut élu) ?

J’avais 4ans, je ne comprenais pas exactement ce qui se passait, je me souviens juste que j’étais intrigué par les chapeaux vert-blanc ou rouge-blanc que tout le monde arborait.

Votre définition de l’indépendance ?

Avoir droit aux mêmes opportunités peu importe la différence des points de départ.

Votre définition de la démocratie ?

C’est une question que je me pose aussi, je n’ai pas encore trouvé de réponse personnelle sur le sens de la démocratie.

Votre définition de la justice ?

Le respect des droits, des prérogatives et des devoirs de chacun.

Qu’est-ce qui a permis au jeune émigré burundais que vous êtes de se frayer un chemin à la télévision rwandaise ?

Je ne sais pas. Pour cela, il faudrait peut-être demander à mes boss (rires). Je sais juste que je suis un grand passionné de journalisme et de la  communication, que j’ai eu la chance de savoir ce que je voulais faire  très jeune et de commencer tôt. J’ai travaillé dur pour construire une certaine expérience dans ce domaine et j’ai beaucoup prié pour cela.

Avez-vous toujours rêvé d’intégrer le monde du show business ?

Pas vraiment, plus jeune, j’aimais dessiner et étais intrigué par les habits et quand j’avais 10ans, j’ai participé pour la première fois à une émission radio pour les enfants (Le Club des Enfants sur Radio Umwizero) et depuis j’étais obsédé par la radio et les médias en général. J’ai poursuivi cette passion. Le reste (l’exposition au public) est allé de soi.

Des projets d’avenir pour le Burundi ?

On verra.

Qu’en est-il de la mode et du design ? Etes-vous toujours un passionné de l’art vestimentaire ?

Je continue à créer des vêtements pour la marque DavyK, nous produisons depuis Kigali et envoyons nos produits à nos clients sur les quatre continents.

Quels sont les défis auxquels sont confrontés les jeunes qui se lancent dans la mode et le design au Burundi ?

Il n’y a pas d’école pour ces métiers (comme pour beaucoup d’autres d’ailleurs), ils ne peuvent que se reposer sur leur passion et talent et doivent apprendre par essai-erreur jusqu’à trouver un certain rythme et cela handicape cette industrie (la mode) qui dans d’autres pays, procure des sommes astronomiques au PIB.

Trouvez-vous la jeunesse burundaise pleinement représentée dans les instances de prise de décision ?

Pas assez.

Si vous étiez ministre de la Communication, quelles seraient vos deux premières mesures ?

Une telle décision dépend de tellement de facteurs selon le contexte du moment.

Si vous étiez ministre de la Jeunesse et de la Culture, quelles seraient vos deux premières mesures ?

La culture est une entité si importante pour l’identité d’une nation, c’est un trésor à protéger, choisir deux mesures est un test compliqué mais je pencherai pour une multiplication de Musées qui recréent, exposent, célèbrent et font des recherches sur les racines de la vie si riche des Burundais d’avant et d’aujourd’hui. Et plus de centres culturels où les jeunes peuvent exercer leurs talents, bénéficier de cours offerts par des experts, profiter de séances de partage avec des jeunes d’autres pays et avoir des salles de spectacle où ils peuvent performer leurs talents artistiques.

Croyez-vous à la bonté humaine ?

Oui, j’y crois fort.

Pensez-vous à la mort ?

Oui. La mort fait partie de l’aventure qu’est la vie, un rappel que tout le monde est fragile et précieux, qu’il faut vivre en essayant de rendre l’existence meilleure pour soi et pour les autres le temps que dure ce voyage. Pour moi, en tant que chrétien, plus qu’une fin, la mort est un autre début.

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui direz-vous ?

J’écouterais plutôt.

                                                                                          Propos recueillis par Alphonse Yikeze

Bio Express 

Davy-Carmel Ingabire, 31ans, est journaliste, créateur de mode et consultant en Média Training. De 2006-2015, il est journaliste et animateur de programmes culturels à la Radio Bonesha FM.  En 2015, il est lauréat du prix du meilleur reportage sur les Droits des Enfants décerné par l’Unicef. Entre 2011-2015, il fonde l’Agence Esther, première agence de mannequins et d’organisation d’évènements de mode au Burundi. Devenue plus tard DavyK, l’entreprise opère dans la confection et distribution d’habits de la même marque et se spécialise aussi dans l’organisation d’évènements culturels depuis Kigali au Rwanda où le jeune créateur de mode vit depuis presque cinq ans. En février 2020, ce juriste de formation  a été nominé aux East Africa Fashion Awards 2020 dans la catégorie Best Upcoming Designer. Aujourd’hui, Davy-Carmel est journaliste et producteur pour la télévision nationale rwandaise RTV (talkshow Le Miroir) et écrivain freelance pour Inzozi, le Magazine de Rwandair Express. M. Ingabire est marié.

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