Politique

A la veille des élections, la fin des contributions mal aimées

05/07/2019 Agnès Ndirubusa Commentaires fermés sur A la veille des élections, la fin des contributions mal aimées
A la veille des élections, la fin des contributions mal aimées
Le président Nkurunziza: « Seuls les volontaires et ceux qui ne l’avaient pas encore fait continuent à le faire »

A l’occasion du 57e anniversaire de l’indépendance, le président de la République annonce la suspension des contributions aux élections 2020. Une collecte pas toujours populaire qui a permis d’engranger le gros du budget du prochain scrutin.

Plus de 90% du budget affecté à l’’organisation des élections a déjà été réuni. Le gouvernement prévoit également dans son budget général de l’Etat exercice 2019-2020, un montant alloué aux élections. “Les calculs ont été faits et le peuple burundais a largement contribué pour la réussite des élections,” a indiqué le porte-parole du président de la République, Jean -Claude Karerwa.

Le président Pierre Nkurunziza a donc donné le coup de sifflet final de la collecte des contributions que Gitega disait “volontaires”, mais que certaines voix estimaient “imposées”.
Dans sa déclaration à la veille du 57e anniversaire de l’indépendance, le chef de l’Etat a annoncé «  que le budget nécessaire est presque atteint, nous avons jugé bon que les Burundais et les fonctionnaires de l’Etat arrêtent de contribuer, et que seuls les volontaires et ceux qui ne l’avaient pas encore fait continuent à le faire ».

A quelques mois des élections, avec la paupérisation, il fallait à tout prix mettre fin à cette mesure impopulaire génératrice de malaise et de frustration. Une manière de rentrer dans les bonnes grâces de la population.
Selon des statistiques de la banque mondiale, le Burundi figure parmi les pays les plus pauvres d’Afrique avec un taux de pauvreté de 74,7%. Avec la pauvreté notamment dans les zones rurales, les gens n’en pouvaient plus de mettre la main dans un portefeuille vide.

Par ailleurs, des abus autour de la collecte s’étaient multipliés. Dans certaines communes, la population s’est plainte de ne plus avoir accès au service public à moins de présenter la preuve de la contribution.
Pour rappel, cette campagne de contribution avait été lancée par le président Nkurunziza en personne.
La population devrait financer les élections de 2020 pour ne pas dépendre des bailleurs de fonds traditionnels tels que l’UE et les Etats unis. Les relations entre le Burundi et ses pays sont tendues depuis 2015 et Gitega a tenté d’échapper à leurs pressions.

Les contributions sautent, mais les impôts s’accumulent

Certes, la suspension des contributions aux élections est une bouffée d’oxygène pour une population fatiguée. Toutefois, elle ne va pas échapper pour autant à la hausse d’impôts.

Le président de la République s’est félicité que 84% du budget général de l’Etat ait été collecté dans le pays. Il prévoit qu’en 3 ans, 100% de ce budget proviendra des apports internes. « Ce qui veut dire encore plus d’obligation fiscale pour la population qui peine déjà à survivre,» a indiqué un fiscaliste sous couvert d’anonymat.


20 mai 2020 : J- 321

Les Burundais appelés à se préparer aux élections 2020

Le compte à rebours a été lancé par la CENI. Les élections présidentielles auront lieu le 20 mai 2020. Les partis demandent l’ouverture de l’espace politique

Le premier tour des présidentielles aura lieu en même temps que les élections législatives et communales. Un éventuel deuxième tour des élections présidentielles a été fixé le 19 juin. Le 20 août 2020, aura lieu la prestation de serment du président élu.

Le calendrier électoral est présenté à 10 mois des élections. Le président de la commission électorale nationale indépendante, Pierre Claver Kazihise parle de la nécessité de gagner du temps pour se préparer.

Un calendrier qui montre que Gitega ne compte pas se laisser intimider par certaines organisations, à l’instar la commission paix et sécurité de l’Union africaine qui réclamait le dialogue comme préalable à la tenue des élections libres, transparentes et apaisées.
Autres préoccupations soulevées, le climat politique actuel qui n’est pas favorable au bon déroulement des prochains scrutins. Plus 300.000 Burundais sont encore en exil, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Une partie de la classe politique est toujours en exil.

Le pouvoir en place ne veut rien entendre et poursuit son chemin vers les élections de 2020. Aux autres partis de monter à bord du bateau ou pas.

Le président de la coalition de l’opposition en exil indique que la Ceni vient de publier le calendrier électoral sans consultation avec une force politique de l’opposition. « M. Nkurunziza et son parti Cndd-Fdd viennent de fermer définitivement le processus de dialogue en cours et tout l’espace politique». Le pouvoir vient d’exprimer clairement qu’il veut aller aux élections tout seul. Il ne laisse aucun choix non seulement au Cnared mais à toute l’opposition. « Ces élections seront pires que celles de 2015 ».

Selon Agathon Rwasa, produire un calendrier électoral est une bonne chose. Il faut également des mesures d’accompagnement, telles que l’ouverture de l’“espace politique”. Pour le président du parti CNL, le gouvernement doit donner des ordres clairs aux administratifs et aux forces de l’ordre: les Imbonerakure ne sont pas des policiers. Il appelle le pouvoir à accepter l’aide des observateurs extérieurs pour marquer plus de transparence.

Le parti Uprona s’active. Le président de ce parti indique que son parti va participer aux élections. Il appelle tous les membres Uprona au rassemblement des Badasigana. “Il faut le respect des lois. Tous les partis doivent jouir des mêmes droits et le ministre de l’Intérieur doit s’assurer du respect des droits politiques de chacun. La Ceni doit être neutre”.

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La pilule ne passait plus

Le mot « volontaire » transparaissait dans la publicité faite autour de ce projet initié par le chef de l’Etat. Aux sceptiques qui y voyaient déjà un impôt déguisé, le gouvernement tranquillisait en martelant le mot magique : « volontaire. » Très vite, Gitega a annoncé la couleur. De plus en plus de stratégies ont été imaginées par le gouvernement. Il y a donc eu l’ordonnance interministérielle portant contribution aux élections de 12 décembre 2017. La population non salariée, les fonctionnaires de l’Etat et d’autres organisations, tous sont appelés à contribuer. La dernière stratégie en date prise par le gouvernement, instaure « un système de compétition intercommunale, » comme l’a indiqué le ministre de l’Intérieur Pascal Barandagiye dans une lettre adressée à tous les gouverneurs. Il expliquait que c’était un exercice d’évaluation des communes basé sur un seul critère: les contributions de la population. Une façon d’inciter les administratifs à la base à “booster” les contributions de leurs administrés. Ceux qui estiment avoir le plus souffert de ces contributions sont les fonctionnaires de l’Etat. Plusieurs d’entre eux vivent grâce aux découverts bancaires et aux crédits. De multiples contributions en cascades ne faisaient qu’empirer la situation. Retenues sur salaire, contribution dans les ménages, contribution pour leurs enfants, et souvent une contribution collective organisée par le ministère de tutelle.. La pilule ne passait plus. . Selon Thacisse Gahungu, président de la confédération des syndicats du Burundi, Cosybu, c’est un soulagement pour les travailleurs. “D’autant plus que ces mesures avaient été prises sans consultation des fonctionnaires”. Il se dit optimiste même si les annales n’ont pas été prévues dans le budget général de l’Etat. “Je vois mal quelqu’un qui viendrait mettre en doute une décision présidentielle et les révisions budgétaires sont faites quand c’est nécessaire”.

Quid des annales ?

Le gel des annales des fonctionnaires a été décidé en 2016. Une ordonnance ministérielle conjointe des ministres des Finances et de la Fonction Publique portant octroi d’une indemnité d’ajustement des disparités salariales a été prise. Plus d’annales ni de primes et autres indemnités conjoncturelles pour les fonctionnaires et ce durant quatre ans (2016-2019). Le gouvernement burundais avait indiqué que c’était pour mettre sur pied une politique salariale équitable et faire de l’ajustement des disparités salariales. La présidence annonce pour bientôt la mise en place d’une commission technique (Les ministères des Finances et de la Fonction publique ainsi que les syndicats) pour travailler sur la mise en exécution de la décision du dégel des annales, prise par le président de la République. « La loi ne sera pas rétroactive et les cotations seront faites quitte à ce que dès janvier les annales soient perçues, » a indiqué Jean Claude Karerwa, le porte-parole du président de la République. Pour un expert en droit fiscal, le président a mis le ministre des Finances dans une fâcheuse posture. Il devra trouver une enveloppe d’environ 20 milliards de BIF pour assurer le paiement des annales qui ne font pas partie des prévisions budgétaires exercice 2019-2020. « Il n’en reste pas moins que le budget peut être révisé en suivant les procédures habituelles ».

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