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Vie chère : soudure, farine de manioc, coiffure, … les prix augmentent

17-03-2012

La Regideso vient de procéder à la deuxième hausse des prix d’eau (101,5%) et d’électricité (142,1%), après celle intervenue en septembre 2011. Pourtant, la société civile et les députés avaient d’abord exigé l’audit de la Regideso avant une autre hausse. Cela n’a pas été fait, alors que 60% de recettes de cette société servent à payer son personnel. Les syndicats des travailleurs et les associations de la société civile préparent une grève générale pour contester contre la vie chère causée par ces nouveaux tarifs.

« Nous pourrons carrément fuir ce pays devenu invivable », lâche découragé M. G., un soudeur de Buyenzi. Lors de l’augmentation des prix en septembre 2011, il avait revu à la hausse le coût de soudure d’une porte métallique de maison, passant de 80.000 Fbu à 120.000 Fbu. Et sa clientèle a diminué sensiblement. Aujourd’hui, il pense la taxer à 160.000 Fbu, suivant le coût actuel d’électricité, mais craint de perdre encore plus sa clientèle : « Le prix d’électricité a doublé. » A.M., décide, cette fois-ci, d’utiliser l’électricité pour quelques temps : « Je n’allumerai que le soir. » Et elle ne mangera qu’une fois par jour, le soir seulement : « Avec la hausse du prix d’eau et d’électricité, ceux d’autres produits ont directement suivi. L’Etat nous a abandonnés à nous-mêmes », se lamente cette veuve de Musaga, mère de cinq enfants. Elle estime qu’il est grand temps que les Burundais refusent, par tous les moyens possibles, l’augmentation injuste des prix des produits, alors que les salaires des fonctionnaires stagnent.

Lamentations au nord de la capitale

Quartier Gitega, à la 1ère avenue n°2, commune Kinama. Edouard Rusama, la vingtaine, est propriétaire d’un salon de coiffure du nom de « Galaxie ». Il paie 40 mille Fbu par mois la chambrette qui fait office de lieu de travail. Mais depuis début mars, ce natif de Maramvya (commune Mutimbuzi, province Bujumbura) ne sait plus où donner de la tête : « J’ai dû augmenter le prix d’une coupe de cheveux de 300 Fbu à 500 Fbu à cause de la hausse des prix de l’électricité. Du coup, les clients m’ont fui. » Selon lui, depuis cette hausse, son activité ne lui rapporte plus grand-chose, car explique-t-il, avant il gagnait entre 15 mille Fbu et 20 mille Fbu par jour : «Avec cette somme, j’arrivais à payer le loyer et aider ma famille. Actuellement, c’est à peine que j’arrive à gagner de quoi me payer la nourriture, car je gagne quotidiennement 5 mille Fbu au maximum.»Et de conclure que si les prix de l’électricité ne sont pas revus à la baisse, il va fermer ce salon. Même son de cloche chez un travailleur à un moulin situé à la 3ème avenue du même quartier : « Avant la hausse de l’électricité, le prix pour moudre 1Kg de maïs était de 70 Fbu, mais actuellement, je demande 100Fbu pour ne pas travailler à la perte. » La conséquence, signale-t-il, est que les clients fuient. Pourtant, il explique qu’il ne peut pas faire autrement car, avant, il achetait de l’électricité pour 25 mille Fbu pour tout un mois, alors qu’aujourd’hui, il lui faut dépenser les unités de plus de 50 mille.

Un désespoir généralisé

Arlette, une dame rencontrée sur place comprend la préoccupation du propriétaire du moulin. Toutefois, elle fait remarquer que le prix au moulin de la farine de manioc, dit « Inyange », est passé de 500 à 600 Fbu pendant que celui de la farine appelée « Ikivunde » a varié de 600 à 900 Fbu : « Les familles pauvres vont fuir ce pays si la situation ne change pas. » Les vendeurs de lait se lamentent aussi. Clément Ndabashinze, vendeur de lait à la 16ème avenue du quartier Mutakura, dans la commune urbaine de Cibitoke, ne sait plus à quel saint se vouer : « Je viens de verser plus de 20 litres par terre, car le lait n’est plus consommable à cause des coupures incessantes de courant. » D’après lui, il est frustrant qu’un gouvernement décide unilatéralement de hausser les prix de l’eau et de l’électricité et qu’en même temps ces produits ne soient pas fournis régulièrement. « Comment vais-je payer 70 mille Fbu de loyer alors que je travaille à perte », se plaint-il.

Eau et électricité, moteurs du développement

« Cette hausse est unilatérale et ne tient pas compte de la pauvreté des Burundais », affirme Noël Nkurunziza, président de l’Association Burundaise des Consommateurs (ABUCO). Or, selon lui, l’eau et l’électricité sont des produits vitaux qu’on doit consommer : « Le consommateur a donc le droit d’être entendu pour que les décisions prises n’aillent pas à son encontre. »Il rappelle que la hausse des prix n’a pas tenu compte des conclusions des parlementaires qui enquêtaient dessus, ainsi que celles de la réunion du 2ème vice-président de la République avec la population de Bujumbura : « On avait exigé d’abord un audit organisationnel et financier de la Regideso avant de procéder à une deuxième restructuration des prix. » Selon lui, refuser l’audit de la Regideso est un moyen de cacher des failles de gestion dont la responsabilité incombe aux autorités qui devaient la commanditer : « Un malade qui ne veut pas consulter un médecin veut se suicider. » Il demande plutôt à l’Etat d’épurer toutes les dettes qu’il a envers la Regideso. L’argent pour la restructuration ou le redressement de la Regideso provenant des clients, Noël Nkurunziza somme au gouvernement de rendre compte aux citoyens de l’état et de la gestion de leur entreprise à travers un audit. Même si nous n’avons pas beaucoup d’industries, il faut savoir que l’eau et surtout l’électricité sont le moteur du développement, lance Noël Nkurunziza : « Les plombiers, soudeurs, mécaniciens, ceux qui utilisent des moulins, coiffeurs, vendeurs de lait, etc. ont besoin de l’électricité tout le temps. » Le client est délaissé par l’Etat, s’exclame le président de l’ABUCIO.

Un incontournable audit interne de la Regideso

« L’Etat n’a pas honoré ses engagements », se plaint Faustin Ndikumana, président de la PARCEM. D’après lui, en plus de l’audit organisationnel et financier de la Regideso, il devrait être prévu des mesures d’accompagnement d’entreprise, avant de procéder à la deuxième restructuration des prix : « Pour alléger le choc lié à ce changement de structures des prix d’eau et d’électricité. » Et d’ajouter que l’audit d’une société sert à s’assurer une meilleure maîtrise des coûts : « Ces mesures d’accompagnement devaient tenir compte de certains mauvais comportements liés à des dettes de l’Etat envers la Regideso, certaines gratuités du personnel de cette entreprise et des hauts fonctionnaires de l’Etat, le personnel de trop. » On devrait, précise-t-il, à partir de cette étude, connaître l’impact de toutes ces pratiques sur la rentabilité de la Regideso. Pour le président de la PARCEM , cette augmentation des prix qui ne tient pas compte des calculs réels d’un audit n’est pas du tout fiable, Faustin Ndikumana : « Quand on maîtrise le coût de fonctionnement interne, c’est la meilleure façon de maîtriser l’augmentation des prix. » M. Ndikumana trouve révoltant de faire un simple raccourci d’augmentation des prix, dans une conjoncture économique difficile, comme seul remède à une entreprise en difficulté. Un handicap, selon lui : « S’il y a des autorités et des membres du personnel qui jouissent des avantages, ils doivent faire en sorte que l’audit n’ait pas lieu pour ne pas proposer la suppression de ces avantages. »

« Nos recommandations n’ont pas été tenues en considération »

Bonaventure Gasutwa, vice-président de la commission chargée de la bonne gouvernance et de la privatisation à l’Assemblée Nationale rappelle des grognes dans les milieux sociaux (les syndicats, associations de la société civile) lors de la première hausse des prix de la Regideso en septembre 2011: « L’Assemblée Nationale s’est saisie de la question et a émis des recommandations pertinentes. » Il s’agissait, notamment, se rappelle ce député de l’UPRONA, de revoir la gestion de la Regideso avec la suppression de la gratuité de l’eau et l’électricité. Ce qui n’a pas été fait : « Ces mesures pouvaient concerner la réforme ou la restructuration de cette entreprise avant d’autoriser cette deuxième hausse des prix d’eau et d’électricité», ajoute-t-il. Aucune justification ne soutient cette deuxième hausse des prix des produits de la Regideso sans l’audit de la société, selon l’honorable Gasutwa : « Le personnel est pléthorique et perçoit régulièrement des salaires. Pire, nous avons appris que des gens ont été engagés très récemment à la Regideso, alors qu’elle connaît des problèmes financiers. » M. Gasutwa estime qu’il est grand temps pour l’Assemblée Nationale de montrer qu’elle est en train de jouer son rôle de contrôle du gouvernement. Sinon, précise-t-il, l’opinion publique se rendra compte qu’elle en est incapable. Il lance un appel à tous les députés d’être conscients et de plaider pour le bien être de la population. Le directeur commercial de la Regideso, Désiré Nsabiyumva nous a renvoyés au ministère des Finances qui, selon lui, devrait commanditer l’audit de cette entreprise. Joseph Ndayikeza, porte-parole dudit ministère, se dit étonné par un tel propos : « La Regideso est une entité à gestion autonome. Elle doit organiser elle-même cet audit. »

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