Politique

Une nouvelle coalition nommée ADC-Ikibiri…

11-02-2015

Edouard Nduwimana a finalement reconnu l’ADC-Ikibiri, acte jugé comme une énième tentative de diviser l’opposition, ou une façon de détourner l’attention de certains dossiers chauds.

Me François Nyamoya : « Pour nous, il s’agit d’une simple erreur administrative de l’ADC-Ikibiri. » ©Iwacu

Me François Nyamoya : « Pour nous, il s’agit d’une simple erreur administrative de l’ADC-Ikibiri. » ©Iwacu

Le 2 février dernier, le ministre de l’Intérieur a écrit à Léonce Ngendakumana, président de l’ADC-Ikibiri, pour lui dire qu’il prend acte de la création de cette coalition, composée des partis politiques Frodebu, Feds-Sangira, Sonovi et Cndd. D’après Chevineau Mugwengezo, vice-président du parti UPD-Zigamibanga récemment unifié, le parti doit se conformer à la loi sur les partis politiques pour faire partie de l’ADC-Ikibiri. « Nous devons organiser un congrès et mettre dans les recommandations que nous adhérons à l’ADC-Ikibiri, et nous devons envoyer un procès-verbal de ce congrès au ministère de l’Intérieur. » Au MSD, on penche plutôt pour une erreur administrative. « Nous avons organisé notre congrès le 11 janvier dernier, et envoyé le procès-verbal au président de l’ADC-Ikibiri, qui doit le transmettre au ministère de l’Intérieur. Mais nous venons d’apprendre qu’il ne l’a envoyé qu’aujourd’hui (4 février) », explique Me Francois Nyamoya, secrétaire général du MSD.

Cela signifie-t-il un risque d’éclatement de l’ADC-Ikibiri ? « Ça ne signifie pas que le cercle pour adhérer à l’ADC est fermé », indique Chevineau Mugwengezo. Quant à Me Nyamoya, il précise que le congrès du MSD a confirmé la volonté d’appartenir à cette coalition.

Léonce Ngendakumana souligne qu’ils ont déposé le dossier constitutif de l’ADC-Ikibiri, en décembre dernier, et que le MSD a organisé son congrès en janvier 2015. « Nous avons précisé au ministre de l’Intérieur que nous ajouterions progressivement les partis qui se seront conformés à la loi. »

L’ADC-Ikibiri reste ouverte…

Chevineau Mugwengezo : « Ca ne signifie pas que le cercle pour adhérer à l’ADC est fermé.»   ©Iwacu

Chevineau Mugwengezo : « Ca ne signifie pas que le cercle pour adhérer à l’ADC est fermé.» ©Iwacu

Le président de l’ADC-Ikibiri indique que c’est ce qu’ils ont fait, ce 4 février, en envoyant au ministère de l’Intérieur les dossiers du PARENA, du MSD et du CNDD. « Le dépôt des documents confère la personnalité juridique et nous avons signifié au ministre que la coalition reste ouverte à tous les partis qui aspirent au changement. Il n’a pas le droit de nous limiter. »

D’ailleurs, souligne M. Ngendakumana, si Edouard Nduwimana les reconnaît aujourd’hui, c’est parce qu’il s’est rendu compte que la Coalition des partis politiques pour une opposition participative (COPA), créée dernièrement, ne peut pas travailler si l’ADC-Ikibiri est interdite de fonctionner. « Il a menti au gouvernement car, aujourd’hui, aucune disposition de la Constitution ou de la loi sur les partis politiques n’a été modifiée pour laisser l’ADC-Ikibiri fonctionner. Pourtant, cela fait 5 ans que le ministre de l’Intérieur nous refusait de fonctionner malgré nos réclamations. »

Léonce Ngendakumana espère que même le Rassemblement National pour le Changement (RANAC) sera agréé. Il tient à rassurer que le rassemblement avec le RANAC est une réalité, il ne reste plus que la coordination technique. « Nous avons entrepris de travailler ensemble. De toute façon, notre objectif reste le même, changer le pouvoir et le système. Il ne reste plus que les modalités techniques pour préparer les élections. »

Une opposition réunie ou divisée ?

A la fin de la seconde réunion d’évaluation de l’enrôlement électoral, l’ADC-Ikibiri et le RANAC ont pourtant semblé être divisés. « Si la CENI suit toute ces recommandations sur lesquelles nous nous sommes entendus, il n’y a pas de raisons pour que les élections ne se fassent de manière transparente », a déclaré le Dr Jean Minani, président du Frodebu Nyakuri, et membre du RANAC. Tandis que Léonce Ngendakumana a parlé d’une « réunion qui est venue sceller l’échec du processus électoral burundais ».

Cependant, Charles Nditije, président de l’Uprona non reconnu par le ministère de l’Intérieur, et membre du RANAC, salue la reconnaissance de l’ADC-Ikibiri par le même ministère. Pour lui, s’il a fallu toutes ces années, c’était parce que le pouvoir avait peur que l’opposition gagne plus de poids. « Mais, même s’il a fini par céder tardivement, vaut mieux tard que jamais. » M. Nditije pense également que le pouvoir a cédé à une pression extérieure pour pouvoir financer les élections. « C’est surtout une façon de refuser une coalition unique du RANAC et de l’ADC-Ikibiri. »

Charles Nditije reconnaît, cependant, que le RANAC n’a pas encore déposé le dossier d’agreement au ministère de l’Intérieur. « Il existe encore certains points à préciser, car certains membres ont des partis politiques, d’autres non. Nous sommes en train de voir comment contourner les entraves juridiques par rapport à cela. »
_________________

>>> Analyse

En reconnaissant l’ADC-Ikibiri le pouvoir cède-t-il a une pression internationale ? Celle-ci ne date pas d’aujourd’hui et Bujumbura a toujours fait la sourde oreille. Ipso facto, cette « gentillesse » soudaine d’Edouard Nduwimana a d’autres visées. Il ne serait pas exagéré de dire que ce geste du ministre de l’Intérieur est une diversion pour détourner l’attention de certains faits qui font polémique, ces derniers jours, et qui pèsent, d’une façon ou d’une autre, sur la tète du pouvoir. Il s’agit du flou sur un éventuel troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, des accusations de tricherie dans l’enrôlement des électeurs et du dossier de l’assassinat des trois religieuses italiennes à Kamenge.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il ne s’agit en aucun cas d’une façon de diviser encore plus l’opposition, puisque le RANAC n’est pas encore agréé. En effet, ce dernier reconnaît lui-même qu’il n’a pas encore déposé sn dossier d’agrément. En tout état de cause, aujourd’hui, le pouvoir semble être dans la logique de reconnaître ces différentes coalitions, parce que non seulement la Constitution le permet, mais aussi à cause de la pression internationale. En respectant la Constitution, il ne faut pas oublier que les ténors du pouvoir risquent d’y faire recours très prochainement pour sauvegarder leurs privilèges.

On peut se dire que le pouvoir ne craint plus que l’opposition se rende sur le terrain, a quatre mois des scrutins, mais lui non plus ne doit pas chanter victoire trot tôt. Le Cndd-Fdd n’a pas encore présenté son candidat aux présidentielles, ce qui est un signe de l’existence de très grands clivages au sein de ce parti.

  2   Vos commentaires
  1. Ndirubu

    Azozemera, avyanse naho, vyohava bigorana cane

  2. Mudy

    Ouf,le ministre Nduwumana sait ce qu’il est entrain de faire et preparer parce que Adc-ikibiri sans Msd,sans Upd,…c’est comme un tigre en papier!!!!!
    Il va prendre 4 mois pour accepter l’adhesion d autres partis puis peut etre,peut etre il va l’accepter apres l’election de 2015 et je me demande que sera-t-il devenu l’adc???le msd??l’upd???le ranac???….sans oublier le cndd-fdd!!!!!
    Ca fait peur et ca fait mal aussi.
    Ca cree beaucoup de confusion pour l’agreement de ces coalitions de l’opposition mais aussi le candidat du cndd-fdd!!!!
    Wait and see!!!!!

Publicité