Politique

Une annonce et beaucoup de questions

18/06/2018 Agnès Ndirubusa Commentaires fermés sur Une annonce et beaucoup de questions
Une annonce et beaucoup de questions
Le président Nkurunziza renonce à se présenter aux élections de 2020.

Le président burundais a annoncé qu’il ne briguera pas un autre mandat aux prochaines élections. Une ouverture, pour certains.

L’annonce la plus inattendue de cette année au Burundi ! Le jour de la promulgation de la Constitution, le président prend tout le monde de court et déclare qu’il ne briguera pas un autre mandat.

Tout était pourtant « bien parti » pour lui. La population « avait réclamé l’abandon de limitation des mandats, » comme l’a rapporté la Commission nationale du dialogue inter-burundais, la Cndi.

Et depuis, tout va s’enchaîner, très vite. Il y a d’abord cette déclaration à Rutana, lors d’une séance des questions publiques du 30 décembre 2016. Le chef de l’Etat déclare : « Si la nouvelle Constitution le permet et que la population le demande, je ne vais pas me dérober. »

Ensuite, nous aurons droit à la mise en place de la commission chargée d’établir un projet de révision constitutionnelle, le président convoquera un référendum, qui a eu lieu le mois dernier. Durant ce processus, l’opposition, la communauté internationale, les analystes, tous y voient les ambitions à peine voilées du président Nkurunziza de continuer d’occuper le palais présidentiel. Un autre, plus beau et plus imposant est d’ailleurs en construction.

Bujumbura ne contredit pas les rumeurs. Par contre, certains officiels véhiculent de tels propos : « Ce n’est pas son intention, c’est celle de la population qui s’est exprimée, alors pourquoi se dérober ? ».

Mieux, toute manifestation organisée soit par le gouvernement ou le parti au pouvoir présente Nkurunziza comme un candidat vainqueur aux élections de 2020. Un président qui a d’ailleurs été sacré depuis quelques temps ‘Imboneza yamaho’, guide suprême ou permanent.

Bref, apparemment, tout avait été savamment orchestré durant ces deux dernières années. Tout obstacle à la présidence semblait avoir été écarté.

D’où cette question que tout le monde se pose actuellement : pourquoi renoncer maintenant ? Les hypothèses ne manquent pas. Pression du noyau des généraux au sein de son parti qui réclameraient une rotation de pouvoir entre leaders du parti, forte pression de la communauté internationale, etc… La version officielle, elle, dit que le « président respecte la parole donnée. »

Un analyste assure que les Burundais attendent que le président pose dans les jours qui viennent, d’autres gestes pour des élections libres et démocratiques.

Dans une conférence de presse tenue ce jeudi, le secrétaire général du Cndd-Fdd, Evariste Ndayishimiye a déclaré que le parti se prépare à trouver un autre candidat autre que Nkurunziza.

Analyse/ Après l’annonce, des actes !

C’est l’effervescence au sein du parti au pouvoir depuis l’annonce surprise du président de ne pas se présenter aux élections de 2020. Une bataille de positionnement pointe à l’horizon. Les candidats potentiels s’alignent, discrètement. Les Bagumyabanga auront la lourde tâche d’opérer le bon choix et de miser sur le « bon cheval » pouvant gagner la course. L’opposition essaie quant à elle de s’adapter rapidement à la nouvelle donne et réfléchir à la politique à adopter face à ce scénario plus que probable d’un 2020 sans Nkurunziza. Pour le moment, elle joue la carte de la prudence et évite de trop jubiler. Il faut peut-être rappeler qu’elle évoque depuis le début de la crise de 2015, que celle-ci commence avec l’annonce de la candidature de Pierre Nkurunziza aux prochaines élections. Pour l’opposition, à part la nouvelle Constitution, Nkurunziza et ses ambitions de se maintenir au pouvoir était jusque-là le nœud du problème. L’Union européenne et les Etats unis commencent déjà à réajuster leur positionnement. Il s’agit dans un premier temps de féliciter le président Nkurunziza de sa décision. Un symbole. Mais pour l’Occident, il faut également des garanties notamment en matière de respect des droits de l’Homme, l’ouverture de l’espace politique en vue des élections libres et crédibles. Le moins que l’on puisse dire, c’est que peu importe les raisons qui l’ont poussé au renoncement, la cote de popularité de de Pierre Nkurunziza a quelque peu remonté. Néanmoins, les attentes des Burundais sont grandes quant à la gestion de la suite des évènements. Ils espèrent que le pouvoir va prendre de bonnes décisions.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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Réactions

Willy Nyamitwe : « C’est un homme de parole »

Pour le Conseiller principal en communication à la présidence de la République, la décision du président Nkurunziza de ne pas se présenter aux élections de 2020 n’est pas une surprise pour ceux qui le connaissent, c’est un homme de parole. Selon l’ambassadeur Willy Nyamitwe, le président Nkurunziza l'a dit en 2015 et seuls ceux qui ne le connaissent pas pouvaient douter. Il a dit ce qui était connu par tout le monde. A la question de savoir s’il a prévu un dauphin, Willy Nyamitwe tranche : « Le Président Pierre Nkurunziza était candidat du Cndd-Fdd. Il appartient au parti de décider, à travers un congrès, qui sera son candidat. »

Sylvestre Ntibantunganya : « Un geste qui aura des effets positifs »

L’ancien président de la République indique que la décision du président Pierre Nkurunziza est un geste qui aura des effets positifs au sein du parti Cndd-Fdd, des effets positifs avec le pouvoir et son opposition mais également entre le Burundi et ses partenaires internationaux. « A condition que toutes ces parties travaillent dans l’intérêt du peuple burundais. » Sylvestre Ntibantunganya demande à ceux qui élaborent des stratégies en matière diplomatique, politique, économique et sociale de bien gérer la suite pour sortir le Burundi de cette crise.

Les Etats-Unis : « Un grand pas »

« Les États-Unis se félicitent », indique Heather Nauert, la chef de service presse au département d'Etat. Les Etats-Unis considèrent que la décision du président de renoncer de son propre chef constitue un grand pas en avant vers la démocratie burundaise et un exemple positif pour les autres dirigeants de la région. Les Etats-Unis appellent le gouvernement du Burundi à améliorer la gouvernance, le respect des droits de l'Homme, l'espace civique et la liberté des médias.

Pancrace Cimpaye : « Le ver est déjà dans le fruit »

Selon le porte-parole de l’opposition en exil, le Cnared, de la violation, le président Nkurunziza est passé à la suppression pure et simple de l’Accord d’Arusha, depuis le 7 juin. « Le fondement de la crise est cette Constitution du 7 juin qui est une déclaration de guerre au peuple burundais. » Selon Pancrace Cimpaye, que M. Pierre Nkurunziza soit candidat ou pas en 2020, le ver est déjà dans le fruit: tant que l’Accord d’Arusha et la Constitution qui en est issue ne seront pas restaurés, aucun retour à une vie politique normale ne sera possible au Burundi.

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Editorial de la semaine

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Léandre Sikuyavuga Commentaires fermés sur L’autre…

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