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Société

Un rapatriement au compte-gouttes

17-05-2017

Les provinces de Kirundo et Muyinga ont été plus touchées par le mouvement des réfugiés. Malgré l’appel des autorités à regagner massivement le pays, le rapatriement suit avec parcimonie.

commune-bugabira

Le chef-lieu de la commune Bugabira de la province Kirundo

«La vie n’est pas rose dans le camp. Tous ceux qui y sont voudraient rentrer. Ils attendent que la conscience le leur permette», fait savoir Révérien Nduwimana, rapatrié de la colline Gikoma, commune Bugabira de la province Kirundo, rentré le 23 janvier dernier du camp de Mahama.

Il dit avoir trouvé, à son retour, son domicile occupé. «Les occupants ne se sont pas fait prier. Ils ont dégagé aussitôt». Et de dénoncer le vol dans ses champs durant son exil.

Jean Paul Gatera, rentré le 21 avril dernier, dénonce la confiscation de sa carte d’identité par les services rwandaise de l’immigration lors de son retour au pays. «Pourtant, J’ai donné des documents délivrés par le HCR pour franchir la frontière», s’étonne-t-il.

Ce rapatrié de la colline Gahehe dit avoir pris le large en août 2015. Il explique son choix par les propos «pas rassurants» d’alors. Il confie qu’il a vécu en dehors du camp, à Nemba dans le district de Bugesera, dès son arrivée ’’outre-Kanyaru’’. «J’ai passé moins de cinq jours dans le camp de Mahama. C’était pour me faire inscrire en vue de bénéficier de l’assistance. Autrement, je n’aurais pas réussi à supporter les soins de santé.»

Ce motard dit que sa maison a, en son absence, été la cible de cambrioleurs : «Ils ont défoncé la porte et ont pris des vivres. Ma femme et mes enfants, restés au pays, étaient à l’intérieur. Je remercie le tout puissant qu’ils les aient laissés indemnes.»

Néanmoins, poursuit-il, ce vol n’a rien à voir avec mon départ en exil. Il s’agit des conséquences de la mauvaise récolte de la dernière saison culturale. «D’aucuns constatent des cas de vol dans les champs aussi bien des réfugiés que de ceux qui sont sur place.»

«Des sentinelles veillent sur les biens des réfugiés»

Alice Nteziryayo, habitante de la colline Gikoma restée au pays, affirme que des réfugiés continuent à jouir de l’usufruit de leurs propriétés. «Ils en ont confié la responsabilité aux voisins. Ces derniers en assurent l’entretien. Ils habitent dans les maisons et veillent sur les champs. Ils vendent la récolte et leur envoient de l’argent.»

Victoire Mukangarambe est rapatriée de la commune Busoni de la même province. Elle explique son retour par les mauvaises conditions de vie dans le camp. «Mes enfants tombaient souvent malades. Et ceux qui sont restés au pays me disaient que la paix règne.»

Innocent Niyonemera, chef de colline Ruhehe, soutient que l’administration à la base ne ménage aucun effort pour sauvegarder les biens des réfugiés. «Nous avons mis en place, en concertation avec les réfugiés, des sentinelles pour la surveillance des champs et des maisons de ceux qui n’ont pas délégué la responsabilité aux membres de famille. En contrepartie, il revient aux propriétaires de se cotiser pour supporter la récompense de 3000 Fbu à chacun.» Et d’affirmer que l’administration reste en contact avec leurs administrés exilés par l’intermédiaire des familles sur place.

Selon Gérard Ndayisenga, chef-adjoint de la colline Gikoma, le rapatriement se fait au compte-gouttes : «Ils ne retournent pas aussi nombreux comme il en a été le cas lors du départ. Ils rentrent un à un.» Et d’espérer que le mouvement ira crescendo. «L’apaisement est de mise. Personne ne s’en prend aux rapatriés. Les biens des réfugiés sont protégés.»

«Le mouvement des réfugiés s’est arrêté»

Selon Jean Claude Ndagijimana, conseiller technique chargé des questions administratives et sociales, plus de 2 mille personnes sur les 4.500 parties en exil, originaires de la commune Bugabira, sont rentrées.

Il soutient que le mouvement des réfugiés s’est pour le moment arrêté. Il évoque des déplacements dans des communes voire des provinces environnantes pour faire des provisions. «Excepté ceux qui sont partis ces derniers mois à cause de la situation de faim, les gens ne continuent pas à s’exiler.» Et d’exhorter les réfugiés à rentrer. «Il faut qu’ils reviennent pour donner leur contribution à la construction du pays.»

Jean Kabaka, conseiller chargé des affaires administratives et sociales en commune Busoni, affirme que 349 personnes et 150 vaches sont rentrées du Rwanda de janvier au début du mois de mai.

Cet administratif évoque l’existence d’un comité de 11 membres qui s’occupe du rapatriement dans cette commune. Selon lui, ce groupe est chargé d’exhorter les réfugiés à rentrer et de faciliter leur retour. Il assure qu’il est inclusif. «Il est constitué de 11 membres issus des ethnies différentes – les Hutu et les Tutsi y sont représentés -, des délégués l’administration et des membres des familles des réfugiés.»

Et de faire savoir que les collines de Gatare et Gisenyi sont plus représentés en raison du nombre des réfugiés qui en sont issus.

Quid des rapatriés de la Tanzanie ?

3.Jean Marie Muhiziwintore : «Je déplore avoir trouvé ma propriété en état de délabrement».

3. Jean Marie Muhiziwintore : «Je déplore avoir trouvé ma propriété en état de délabrement».

Jean Marie Muhiziwintore, de la colline Kinyami en commune Giteranyi de la province Muyinga, rentré du camp de Nduta en Tanzanie en décembre dernier, dit avoir tout perdu. «Il ne fait pas bon vivre dans le camp. J’avais un vélo et 80 mille Fbu sur moi. Je m’en suis servi pour pouvoir retourner. Sinon, je n’aurais pas réussi à revenir.» Et de déplorer qu’il a trouvé sa propriété en état de délabrement.

De son côté, Augustin Macumi, soutient que le HCR n’autorise pas le rapatriement. Il affirme avoir quitté le camp de Nduta dans la clandestinité. «A toute demande de retour, l’on dit que les conditions ne sont pas favorables pour le rapatriement. J’ai traversé la forêt Mutenderi pendant quatre jours pour gagner la commune Gisuru de la province Ruyigi.» Il affirme avoir bénéficié de la bienveillance des Tanzaniens pour l’hébergement.

«La situation n’est pas favorable au rapatriement»

A ces allégations, le HCR Tanzanie affirme qu’elle n’a pas empêché les réfugiés, ceux du Burundi compris, de rentrer volontairement dans leur pays. Selon cette agence onusienne, toute personne a le droit de regagner son pays. Nonobstant, fait-elle savoir, la situation qui prévaut au Burundi n’est pas favorable au rapatriement.
Jean Pierre Macumi, chef de colline Kinyami, laisse entendre que sa localité n’a pas enregistré un nombre important de départs pour la Tanzanie. «Pas plus de 100 familles qui soient parties en exil dans cette localité.» Et d’affirmer que 40 familles sont déjà retournées.

Aline Manirabarusha, gouverneur de la province Muyinga, se dit satisfaite de l’ampleur du rapatriement. Sur 2920 personnes parties en exil lors de l’insurrection de 2015, explique-t-elle, 2840 ont regagné le bercail. «Et 2930 sur 3676 ressortissants de la province Muyinga qui avaient fui, depuis août dernier, à cause de la précarité alimentaire, sont rentrés.» Cette autorité affirme que ces chiffres n’incluent pas ceux qui empruntent des voies illégales.

Signalons que le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies fait état, selon les chiffres publiés le 8 mai dernier sur son site, de 427.514 réfugiés burundais dont 56.6% et 20.1% établis respectivement en Tanzanie et au Rwanda.


Sur le même sujet : Répartition des réfugiés burundais par pays

  2   Vos commentaires
  1. Pas de refugies le HCR perd son boulot, alors je comprends bien le language du HCR. Quel gachis??

  2. Ntahitangiye"

    Nous avons été réfugiés et nous savons les raisons qui poussent les uns et les autres à fuir:
    1) Ceux qui ont plus de 18 ans peuvent avoir fui par peur pour des raisons politiques
    2) Les femmes et les enfants ne peuvent fuir que quand une guerre généralisée, des massacres généralisés éclatent dans leur environnement.
    Or la majorité des réfugiés burundais sont des femmes et des enfants.
    J’ai rencontré un de ces réfugiés et je lui ai demandé de me dire la vérité sur les raisons de fuir des burundais: Il m’a répondu en disant qu’en réalité à part quelques politiciens la grande majorité des burundais fuit pour chercher une meilleur vie à cause de la famine au Burundi
    .Ils estiment que ceux qui ont quitté le Burundi lors des précédents troubles mènent une meilleur vie à l’étranger (notamment en Tanzanie,en Zambie etc.) et au Burundi quand ils reviennent .
    Que le HCR dise la vérité au lieu de considérer tout ce monde comme des réfugiés politiques alors que la grande majorité sont des réfugiés économiques.
    .

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