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« Un anniversaire dans la désunion »

31-08-2011

Le président de l’Uprona vient de suspendre de tous les organes du parti trois dirigeants qu’il qualifie d’{insurgés}. Ces derniers parlent d’une action illégale, qui vise la division du parti de l’indépendance, avec la bénédiction de certaines autorités. Pourtant, d’autres y voient des ambitions inavouées.

« Certains militants de l’Uprona en mal de popularité ont pris l’option d’engager une action de sape du parti…Nous croyons qu’ils ont dépassé les limites de tolérance et le bureau exécutif les a suspendus de tous les organes dirigeants du parti Uprona. » Bonaventure Niyoyankana, président de l’Uprona, a annoncé cette suspension lors d’une conférence de presse le 18 août dernier. Cette dernière avait été normalement organisée pour annoncer les préparatifs du cinquantenaire de la victoire de l’Uprona. Pour le président de l’Uprona, ces militants ne sont que « des ambitieux trop zélés qui n’ont pas pu avoir le confort ou le job qu’ils projetaient. » Il s’agit de Tatien Sibomana, Jean Baptiste Manwangari et Evariste Ngayimpenda. Ils ont été suspendus depuis le 11 août 2011.

Pour Tatien Sibomana, l’un des insurgés, comme les nomme Bonaventure Niyoyankana, leur suspension est un non-événement, qui ne leur a causé aucun préjudice. Par contre, il souligne que Niyoyankana est un inconstant qui continue à s’enfoncer : « S’il était logique avec lui-même, il aurait reconnu que nous avions raison et demandé pardon, c’est ce qui est digne d’un vrai responsable », souligne M. Sibomana Quant à Jean Baptiste Manwangari, il ne mâche pas ses mots « Nous le mettons au défi.

Qu’il accepte que le comité central convoque un congrès  s’il estime qu’il est dans la voie régulière et agit pour l’intérêt du parti», lance l’ancien député. Poppon Mudugu, ancien secrétaire général du parti en mairie de Bujumbura, récemment démis de ces fonctions, ne doute pas : « Le président Niyoyankana a un plan de diviser le parti. En excluant certains militants forts, il veut nous inciter à former une aile de l’Uprona. »  Derrière toutes ces décisions impopulaires de M. Niyoyankana, Poppon Mudugu voit la main de la 1ère Vice-présidence, du Sénat et de quelques anciens dignitaires de l’Uprona au service du parti au pouvoir. Les suspendus de Niyoyankana ont porté plainte contre cette suspension devant la Cour Suprême.

Des ambitions inavouées ?

Dans cette guéguerre, les motivations profondes ne sont pas toujours faciles à connaître. Les discours tenus, les actions menées et les combats sont décourageants pour un simple membre, pour lequel le parti devrait privilégier la lutter pour ses idéaux. C’est un comportement étrange, qui doit arranger les gens qui n’aiment pas le parti. « Ce qui suppose des gens qui tirent sur les ficelles, à moins que ce ne soit un instinct d’autodestruction », indique anonymement un ancien dignitaire, membre de ce parti.

Au-delà d’un simple combat entre opposants, l’acte de Bonaventure Niyoyankana semble être une stratégie de récupération des soutiens des membres au sein du parti, et de l’opinion. Dans sa sortie médiatique du 2 août, en s’appropriant l’opinion de ses contestataires, c’est-à-dire l’insécurité, les malversations, il avait montré qu’il n’est pas coupé de la réalité sociale et politique, pour se légitimer aux yeux de la base. Cela risque de produire un effet inattendu : la légitimation et le renforcement de ses adversaires et alors qu’il se décrédibilise. Car sa réaction intervient après la contestation de son autorité par ses adversaires. L’étape suivante a donc été, logiquement, de les suspendre en utilisant les ressources du pouvoir au sein du parti, leur ôtant ainsi l’espace d’expression.

Mais pourquoi cette suspension intervient-elle à la veille du cinquantenaire de la victoire de l’Uprona ? « M. Niyoyankana veut montrer par là que ses détracteurs sont contre l’idéologie du Prince Louis Rwagasore, et qu’il faut les écarter avant de fêter », pense un observateur neutre.
A propos de cette fête, pendant que Niyoyankana précise que tout le monde y est convié, « insurgés » y compris, Tatien Sibomana pense qu’elle devrait être reportée et célébrée après la résolution des problèmes actuels : « Pourquoi ne pas organiser un congrès extraordinaire à l’occasion, et fixer la date de célébration dans la foulée ? »

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