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Les Grands-Lacs

RDC : l’ultimatum tanzanien

22-07-2013

La reprise des combats entre les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et les groupes rebelles du M23, à la périphérie de Goma et des Forces démocratiques alliées (ADF-Nalu) dans la région de Beni (Grand Nord Kivu) repose une nouvelle fois la question des raisons de cette guerre qui n’en finit pas.

Les présidents rwandais et congolais ©droits_réservés

Les présidents rwandais et congolais ©droits_réservés

Et pourtant, parallèlement à ce regain de tension militaire, le ballet diplomatique n’a jamais cessé. La région a vu défiler récemment le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, et le Président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, le Ministre de la Coopération belge, Jean-Pascal Labille, la première Dame de France, Madame Valérie Trierweiler et la Ministre de la Francophonie du Gouvernement de François Hollande, Madame Yamina Benguigui. Quant au Président Obama, il vient de terminer sa deuxième tournée sur le continent africain, en contournant la République Démocratique du Congo mais en s’entretenant avec les Présidents Zuma et Kikwete sur l’évolution de la situation dans la Région des Grand-Lacs. Son discours à Dar-es-Salaam, en présence du Président Kikwete, ne souffrait pas d’ambiguïté. Il en a profité pour relayer le « coup de gueule » de son homologue tanzanien. Celui-ci, lors d’une rencontre des Chefs d’Etat de la Conférence Internationale pour la Région des Grands-Lacs (CIRGL), en marge de l’Assemblée générale de l’Union africaine, à Addis-Abeba, avait rappelé à ses collègues rwandais et ougandais, qu’il était temps, pour que les violences cessent à l’Est de la RDC, qu’ils engagent des négociations directes avec leurs groupes rebelles respectifs (FDLR et ADF-Nalu) …

Toutes et tous sont venus réaffirmer leur solidarité avec les populations civiles, victimes de cette guerre interminable, tout comme leur volonté de résoudre ce conflit… Mais, actuellement, ce sont les déplacements de population, les exactions en tout genre, le pilonnage de positions adverses qui font l’actualité de ce mois de juillet, plus que la paix et la réconciliation.

Et donc, où en est la situation aujourd’hui ?

Sur le plan diplomatique, la fin de l’année 2012 a vu la Communauté internationale remettre la situation dans l’Est de la RDC à l’agenda politique. Le Conseil de Sécurité de l’ONU a voté le déploiement d’une force africaine d’interposition rapide, sous commandement de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (Monusco), dont le mandat est de pourchasser et anéantir les forces négatives actives. Cette force d’interposition rapide commence à se déployer… Le coup de poing sur la table que le Président tanzanien a lancé, à Addis-Abeba, n’est pas étranger à la mise en place de cette force d’interposition. En effet, la Tanzanie et l’Afrique du Sud sont les deux Etats qui vont en constituer la plus grande partie. Le message lancé à ses deux homologues rwandais et ougandais signifie une forme d’ultimatum. Si la volonté pour ces deux pays n’est pas de régler politiquement la question de leurs oppositions militaires, actives en RDC, la force d’interposition devra s’en occuper, par la force.

Parallèlement à cette mobilisation du Conseil de Sécurité, le Président Kabila, dans le but de préserver les options politiques et diplomatiques, a lancé une concertation avec le mouvement rebelle du M23, une émanation politico-militaire du CNDP, l’ancien groupement politique de Laurent Nkunda et Bosco Ntaganda. Le premier serait en résidence surveillée au Rwanda et le second est actuellement à La Haye, inculpé pour crime de guerre, par la Cour pénale Internationale. Ce mouvement rebelle serait appuyé par le Rwanda et l’Ouganda, d’après des rapports détaillés du groupe des experts de l’ONU. Le M23 a occupé Goma, la capitale du Nord Kivu, pendant quelques jours en septembre dernier. Ces négociations qui se déroulent à Kampala, sous la médiation de l’Ouganda, ce qui ne manque pas de piment puisque l’Ouganda est partie-prenante dans le soutien à ce mouvement, doivent aboutir à un règlement politique de ce conflit intra-congolais. Les discussions sont toujours en cours et un accord devrait être conclu dans les semaines qui viennent. Le vrai problème, c’est que le Gouvernement de la RDC exige la dissolution pure et simple de ce mouvement tandis que le M23 exige une réintégration de ses militaires au sein des FARDC. La RDC, échaudée par de précédentes expériences plutôt négatives d’intégration de certains miliciens d’autres groupes rebelles, dans ses forces armées régulières ne veut pas en entendre parler.

Les structures régionales africaines, concernées de près ou de loin, par le conflit, ne sont pas restées en reste. Dès le mois de février, la CIRGL s’est réunie à Addis-Abeba et a accouché, le 24 février dernier, de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba. En résumé, celui-ci stipule que les pays voisins de la RDC ne pourront plus soutenir directement ou indirectement, tout groupe armé qui sévirait sur le territoire congolais. Par ailleurs, cet accord-cadre demande au Gouvernement congolais d’entreprendre les réformes nécessaires au niveau de ses services de sécurité afin de garantir valablement l’intégrité du territoire et la sécurité de sa population.

La solution militaire semble prendre le dessus

En réponse à cet accord-cadre, étape décisive dans la résolution de ce conflit, la Communauté internationale a mandaté Mme Mary Robinson, ancienne Présidente de la République d’Irlande et ancienne Haut Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, comme envoyée spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour la Région des Grands-Lacs. Sa mission consiste à vérifier l’application des engagements des uns et des autres dans cet accord-cadre d’Addis-Abeba. Elle semble plaider pour un accord politique entre le Gouvernement de la RDC et le M23, y compris dans la volonté du groupe rebelle de réintégrer les FARDC… Ce n’est donc pas gagné !

Malgré ces gesticulations diplomatiques et politiques, il semble, en ce milieu du mois de juillet, que la solution militaire prenne le dessus. Qu’il s’agisse des derniers succès militaires remportés par les FARDC sur le M23 ou sur l’ADF-Nalu, du déploiement imminent de la force d’intervention rapide dont les règles d’engagement permettent une neutralisation effective des forces négatives actives à l’Est de la RDC ou de la réponse positive du Gouvernement burundais pour que cette force d’intervention rapide puisse utiliser les installations aéroportuaires de Bujumbura (ce qui et diplomatiquement et techniquement est plutôt subtil), on voit bien que les ballets diplomatiques et politiques risquent d’avoir montré leur limite…
Espérons que cette option militaire ne dure pas encore des mois et que les populations civiles n’en soient pas de nouveau les premières victimes.

Dominique Waerts, Consultant de la Cellule d’appui politologique en Afrique centraleL’auteur de l’article, Dominique Weerts, licencié en journalisme, avec des expériences professionnelles au Rwanda, au Burundi, Haïti, est actuellement expert auprès de l’Association Internationale des Maires francophones et de la Cellule d’Appui Politologique en Afrique et dans les Caraïbes (Université de Liège). Il a mené diverses missions d’appui à la décentralisation et au suivi du processus électoral en République Démocratique du Congo et au Burundi. (©Photo : RadioOkapi.net)

  16   Vos commentaires
  1. avatar BIBI1er

    Vraiment à quoi rime tout ce ballet?
    D’après une fuite d’un des rapports des experts de l’ONU, les FARDC soutiennent également le M23… cela en dit long sur les dessous de carte.

    La ville de Goma a été occupée quelques jours en novembre et non en septembre comme annoncé dans l’article.

    Il me tarde de constater de visu l’efficacité de cette nouvelle force neutre d’intervention

  2. avatar Jean Marie

    La RDC est vaste et difficile a diriger.Mobutu l’a completement assome.L’Est du Congo frontaliere avec les pays comme le Rwanda et l’ouganda d’une culture de leadership anglosaxonne aura toujours des problemes si la RDC ne negocie pas directement avec ceux qui ont aide ces pouvoirs a s’insataller.
    Le depart de Havyarimana et de Mobutu n’est pas etranger a cette logique.Pas plus que la prise du pouvoir a Kinshasa par l’AFDL.
    Le Gouvernement congolais a un travail a faire. Pragmatique. Responsabilite exige. Faute de quoi n’importe qui est appele a aller defendre militairement la RDC  » gratuitement ».

  3. avatar mututsi

    L’AFDL avec les mêmes prétextes a pris le pouvoir. C’était nécessaire, même si le sacrifice a été lourd. Des centaines de milliers de réfugiés rwandais, burundais et certains congolais ont disparu et le dossier classé sans suite dans le silence de la communauté Internationale.
    Le RCD de Banyamulenge et autres a intégré les institutions et l’armée congolaises.
    Le CNDP a suivi le même chemin et a eu sa part du gâteau.
    Les FRF aussi et d’autres mouvements aussi.
    On se rend compte que tous les peuples congolais sont représentés et dans les institutions et dans l’armée rd-congolaises. Donc tous peuvent se sentir protégés. Ce prétexte ne vaut plus. Et alors ? Il ne reste que promouvoir la démocratie et la scène est ouverte à tous. Les guerres venant du Rwanda et l’Ouganda que les multinationales occidentales et les dictateurs Rwandais et Ougandais profitent n’ont pas de place. On doit mettre fin à la guerre, et, l’Occident pourra bien profiter d’un Congo paisible plutôt que de continuer à saigner la RDC sur tous les plans. Même les Rwandais et Ougandais auront de terres nouvelles, paisibles, fertiles, des débouchés plus vaste pour le business dans la paix et dans la légalité. Les RD-Congolais paisibles sont très accueillants et ces femmes ont besoin de la paix et de la tranquillité. Mettre fins aux atrocités : voilà la solution. Et si la solution politique n’aboutit pas ? Il faut isoler les rebelles et les frapper fort, et très fort. La guerre peut résoudre ce problème. Il faudra éliminer ces grands rebelles, leurs couper toutes les voies d’approvisionnement en armes et munitions, c’est possible : la guerre, on peut la gagner. En réalité, sans Kagamé, ces rebelles n’existent pas. Au travail les gars.

  4. avatar Agaciro

    Pourquoi la RDC a peur du Rwanda? C’est ridicule de voir un elephant d’avoir peur d’un souris?

  5. avatar Agaciro

    Mais c’est bizarre dans notre region La Tanzanie a montré sa position, et le Burundi avec ses tonnes d’armes qui probablement passent par Buja pour aller au Congo dans les mains des FDLR?
    La Tanzanie doit quitter la RDC comme member de la mission parce que elle n’est pas neuter.

  6. avatar Kabaza

    Mais …ultimatum a qui/sur quoi? Un article sans enjeux. Du deja lu!
    “Si la volonté pour ces deux pays (Rwanda & Uganda) n’est pas de régler politiquement la question de leurs oppositions militaires, actives en RDC, la force d’interposition devra s’en occuper, par la force”. Ca veut dire quoi, ça? Vont-ils affronter les FDRL ou Kagame, ou les deux?

    Quant a la pseudo-neutralite du Burundi, il faut dire les choses telles qu’elles sont: autoriser l’utilisation de l’aeroport de BJM dans le ravitaillement de cette force d’interposition sera percue comme une declaration de guerre contre Kigali et Kampala. Le Burundi sera déclaré en intelligence avec l’ennemi. Pensez-y deux fois, Mr le President!

    • avatar Anonymous

      We sha kabaza, le Burundi na acepte dans le cadre de faciliter les accord d’Addis Ababas auxquel le rwanda et l’uganda sont signataires!! DAnd le cadre de la (ICGLR)alors Si ces deux leaders croiyaient jouer du jeux,comme a la coutume, avec la vies des gens, ils ont vus qu ils ne peuvent pas tromper tout le monde!! Lisez le Prohete tu trouvera que la fin est proche de ces deux hommes antidemocratiques que la region a connu!!

      • avatar Kabaza

        Anonymous,
        Keep your Pro(p)hete for yourself and the many with pumpkins in their brain.
        Les accords d’AA sont une chose. La neutralité du Burundi, une autre. Vous jouez avec le feu mes chers amis; comme si l’histoire ne vous apprenait rien. Bonne chance!

        • avatar Kabizi

          Le Burundi n’a pas peur du Rwanda ou de l’Ouganda! Si le Rwanda veut un autre Kirundo(Dépôt de cadavres Rwandais d’après l’Histoire),qu’il ose attaquer le Burundi!
          Même si le Rwanda fermait sa frontière avec le Burundi, on ne va pas mourir de faim!
          Détrompez vous chers Rwandais!Même notre Président tué par le Pouvoir en place au Rwanda sera la cause d’un Procès!

  7. avatar Mpebentwenge

    Bien dit Bimba.
    Tres bonne analyse
    Ca montre que vous avez quelque chose sous le cheveux

  8. avatar Ciza

    Il semble que le tutsisme va en souffrir.

    • avatar Umurundi

      Hors sujet.

  9. avatar Bimbabampisha

    Paradoxalement le plus petit pays, le Burundi occupe une place géostratégique et n’a pas à choisir et s’allier à un pays contre un autre. La logique de la confrontation, de la domination, de l’exclusion et de l’oppression d’un groupe social par un autre comme système de conquête et de préservation du pouvoir est la source principale de l’insécurité chronique et des conflits violents qui secouent les pays de la région et au-delà.
    La guerre n’est pas une fatalité : pour ceux et celles qui ne savent pas, font semblant ou ne veulent pas le savoir, il n’y a moins de 70 ans, les pays qui aujourd’hui, avec raison, se posent en donneurs de leçons de démocratie et de droits de l’homme, ont connu des guerres meurtrières et des atrocités sans égal. Cependant, le leadership de ces pays, certains jadis ennemis historiques, a tiré des leçons et ils se retrouvent aujourd’hui partenaires rationnels dans des projets communs tels que l’intégration de l’Union Européenne, l’OTAN, etc.
    A qui profitent cette insécurité et ces conflits qui émanent d’un « ventriotisme » caractérisé sous l’érosion du patriotisme et du nationalisme responsables?
    Cinquante ans après les « indépendances », peut-on continuer à pointer le doigt accusateur et regarder vers l’extérieur à la recherche d’excuses, d’explications ou de solutions aux fléaux de nos sociétés ?
    Les intérêts des puissances de ce monde ne sont pas contradictoires à ceux des pays qui regorgent de richesses immenses. Ils sont tout simplement complémentaires, y compris sur le plan régional où, en maniant habilement (ou maladroitement) la carotte et le bâton, ces puissances sont partenaires dans le crime lorsqu’ils se livrent volontiers à une compétition féroce par proxy ventriotes interposés, lesquels ne distinguent pas l’importance de la coopération gagnant-gagnant du caractère suicidaire de l’aliénation.
    Quand est-ce que nos medias donneront la parole aux experts locaux et régionaux… pour s’exprimer sur ces sujets qui les concernent? Ou n’y en a -t-il point ?

    • avatar JP-K

      « Il (Obama) en a profité pour relayer le « coup de gueule » de son homologue tanzanien »
      Donnez-nous donc les propos d’Obama relayant le coup de gueule de Kikwete !

      • avatar Federation

        @JP-K:

        lLs pièces du puzzle se mettent progressement en place! Merci pour votre lecture attentitive et de m’avoir permis de faire le lien! Cheers!

    • avatar BIBI1er

      @Bimbabampisha:

      Pas sur que le Burundi puisse choisir ne pas être impliqué, sous la pression de l’onu en vu de l’octroi d’aide en tout genre.

      Aussi il n’est pas rare de lire ça et là l’incursion de groupes rebelles armés venus de la RDC sur le territoire Burundi pour semer la terreur.

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