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UA / Addis, les traditions sont bien gardées

Le directeur du Groupe de Presse Iwacu invité à Addis pour le 26ème sommet de l’UA a rencontré et discuté avec plusieurs personnalités et diplomates. D’après lui, ce qui s’est passé à Addis en réalité n’est ni une surprise ni a fortiori un échec. C’est la position traditionnelle des chefs d’Etats. Analyse

Lors du 26ème sommet de l'UA à Addis

Lors du 26ème sommet de l’UA à Addis

Le sommet d’Addis aura eu au moins le mérite de clarifier les enjeux : il appartient désormais au peuple burundais de prendre et d’assumer ses responsabilités au regard des priorités du moment.

A en croire les réactions de frustrations et de dépit, l’opposition burundaise, contre toute analyse politique réaliste, avait apparemment beaucoup compté sur un envoi rapide d’une force, la fameuse Maprobu. Or, il était connu de la plupart des analystes que constituer et envoyer pareille force ne se fait pas sur un claquement de doigts.

Les proches de ce dossier rappellent le difficile déploiement de la MINUSMA au Mali, fin 2012. Le Mali, et la nuance est de taille, à la différence du Burundi, était demandeur. Pourtant cela a pris trois ans. Le Burundi lui, répète sur tous les tons, que la situation est « sous contrôle ».
En dehors des questions techniques et logistiques – réunir 5000 hommes n’est pas une sinécure – aucun pays n’a envie d’envoyer ses troupes dans un pays où celles-ci seraient traitées comme « des envahisseurs.

Dans les couloirs de l’UA, c’était un secret de polichinelle « qu’il n’y aura pas de déploiement contre la volonté du gouvernement burundais ». Le hiatus avec les attentes de l’opposition burundaise est saisissant.

Déjà, la mission des 21 et 22 janvier, des 15 ambassadeurs du Conseil de sécurité était rentrée bredouille du Burundi où elle espérait convaincre Pierre Nkurunziza d’accepter cette force. Il n’avait rien lâché. « Le Burundi n’a pas besoin de troupes étrangèrs, le pays est paisible. » Tel était le message central de Bujumbura. Les autorités avaient mobilisé, massivement, les militants du parti au pouvoir pour accueillir la délégation onusienne. Tout au long du parcours, ils brandissaient des pancartes imprimées en anglais sur lesquelles on pouvait lire « le Burundi est un pays paisible », « arrêtez d’interférer dans les affaires burundaises ».

De nombreux présidents pratiquent des politiques autoritaires chez eux

« Les loups ne se mangent pas entre eux » a-t-on entendu après le sommet d’Addis. Ce n’est pas tout à fait faux. Il vrai que s’il y a un aspect où tous les dirigeants africains se rejoignent, c’est le respect de cette sacro-sainte « souveraineté nationale ». Ce qui s’est passé à Addis en réalité n’est donc ni une surprise ni a fortiori un échec, c’est la position traditionnelle des chefs d’Etats dont la plupart, à des degrés divers, pratiquent allégrement chez eux des politiques autoritaires, tripatouillent, adaptent à la taille des mandats des Constitutions africaines finalement élastiques. Quand les Jahya Jammeh, Obiang Nguema et autres Dos Santos, qui sont des grands démocrates comme tout le monde le sait, clament le respect des droits des peuples, on reste sceptique.

En attendant, à l’UA il est question de multiplier le nombre d’observateurs et d’experts militaires. Les chefs d’Etat se sont engagés à maintenir la pression sur le dialogue burundais.

Mais là encore, le pouvoir burundais répète que le dialogue interne est en marche, en dépit de toute évidence. En effet, en plus d’encenser le président, dans ces grandes messes, comme par hasard, la question qui revient souvent est le changement de la Constitution…

Sur le Burundi, de nombreux diplomates, « off record », reconnaissent leur impuissance : « On ne comprend pas votre gouvernement, on ne sait plus quoi faire, c’est à se demander si vos dirigeants veulent vraiment sortir de la crise » m’a dit un diplomate.

Tous sont conscients que les signaux sont au rouge. « Les partis politiques, les corps de sécurité, la société civile, les médias… partout les divisions sinon la faillite », a analysé sans complaisance un diplomate membre d’une délégation de la sous-région.

Le non-déploiement de la Maprobu apparaît donc comme une victoire pour le camp Nkurunziza et un échec pour l’opposition. Pour autant, à l’UA, certains diplomates craignent l’accélération de la violence dans les deux camps : le pouvoir présidentiel conforté par ce qui lui semble être une reconnaissance, c’est-à-dire par l’oubli apparent de la question du 3ème mandat, peut vouloir en découdre militairement. L’opposition qui se sent trahie et abandonnée peut choisir la violence comme ultime recours, pour se faire entendre et espérer peser sur les événements.

Le même diplomate m’a alors soufflé : « le président Nkurunziza peut aussi profiter de sa position pour amorcer un dialogue franc, inclusif, ce qui mettrait fin à la violence ». Il est connu que les diplomates n’aiment pas conclure sur une note pessimiste…

Le chauffeur de taxi qui me ramène à l’aéroport arbore un large sourire : « we like the summits » me dit-il. Les retombées de ces rencontres sont en effet très prisées par les Ethiopiens. L’hôtel où je logeais, un établissement de plus de 300 places, comme tous les hôtels d’Addis, affichait complet. Ah ! J’oubliais, nos présidents savent quand même parler d’une seule voix. Ils se sont entendus sur un plan pour quitter la CPI…


« Power sharing » ? Non, « responsability sharing »

Antoine Kaburahe avec l’envoyé spécial du SG de l’ONU au cours d’un panel à la veille du sommet de l’UA à Addis

Antoine Kaburahe avec l’envoyé spécial du SG de l’ONU au cours d’un panel à la veille du sommet de l’UA à Addis

Quelques associations de la société civile de la région des Grands Lacs ont pu effectuer le déplacement à Addis. En marge du sommet de l’UA, elles ont rencontré M. Said Djinnit, l’envoyé spécial de Secrétaire général de l’ONU pour la région des Grands Lacs.

Le diplomate a rappelé l’excellent parcours de la société civile africaine, qui parvient à faire entendre sa voix. « Il y a à peine 15 ans, les réunions de l’OUA de l’époque étaient des réunions fermées, où il n’y avait que des chefs d’Etat des ministres et des ambassadeurs ».

En effet, c’est seulement en 2001 que s’est tenue la première conférence entre l’OUA et les organisations de la Société Civile. Pour le diplomate, en 15 ans, la société civile africaine a fait des progrès. Il y a des acquis, même si le chemin reste long.

M. Djinit a salué l’engagement pour la paix des femmes burundaises, rwandaises et congolaises. « On ne va pas vous donner vos droits, restez mobilisées, tous les droits doivent être conquis par la lutte pacifique » a lancé l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU.

Il a aussi évoqué la tragédie des médias burundais. « Le Burundi au niveau du pluralisme médiatique était une « success story », il faut non seulement recréer les infrastructures détruites, mais surtout reconquérir cet espace de liberté qui faisait tellement la fierté du Burundi et de l’Afrique. »

M. Djinnit a lancé un cri du coeur : «  Nous avons eu le génocide au Rwanda, les guerres du Congo, nous pensions que le Burundi était sorti d’affaire… Il faut nous engager à construire une paix durable dans la région, cela passe par le dialogue et la société civile va jouer un grand rôle. »

Pour une meilleure gouvernance, il a cité une belle formule d’une activiste de la société civile congolaise qui ne parle pas du « power sharing », c’est-à-dire le partage du pouvoir, mais du « responsability sharing ». Un partage des responsabilités, du fardeau. C’est vrai, il y a une grosse nuance entre les deux.

  15   Vos commentaires
  1. yves

    Éclaire moi encore plus par « sharing responsibilty » par rapport à l’UA ou par rapport au Burundi!

  2. dester

    Un message privée à Kaburahe, rentre au burundi si tu es un homme!!!!!!!!!!! hahahahahahahhahahaa

    Réponse d’ Antoine Kaburahe

    Cher Dester. Je comprends votre ironie. Mais le Burundi c’est notre pays, j’y rentrerai un jour. Tout comme vous d’ailleurs car en vous traçant un peu (vive la technologie !) j’ai vu que vous êtes à l’île Maurice (pour des raisons indépendantes de votre votre volonté?). Au fait, c’est quoi mon crime pour ne pas rentrer dans ma patrie? Triste quand même, je pensais les Burundais qui vivent à l’étranger sont plus ouverts. AK

  3. Cet homme ( Kaburahe) est presume putchiste. Il travaille pour l’opposition radicale. Il vous raconte le contraire des propagandes qu’il ne cessent de vendre aux colonisateurs Belges. Quel gachis.

    Réponse d’Antoine Kaburahe

    Je ne vais pas perdre mon temps à vous répondre. Vous êtes pathétique…
    A.K

    • Mr Kaburahe, vous avez raison de ne pas perdre votre temps avec des personnages aussi pathétique. Il y a des gens qui sont payés pour inonder le Web pour défendre l’indéfendable. Ce faux « Hima » est sourd et aveugle et comme l’a dit Tariq Ramadhan, « il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre » et dans la même logique, il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir.

    • leGe'nie Noir

      Chouette!

    • Leon

      Bien fait A kaburahe !!!

  4. Ngabo

    Excellente analyse, argumentée, les choses sont dites froidement, sans passion et, surtout, une belle plume . Du bon journalisme

  5. Jean Bigirimana

    Quelle prose!!! Antoine nous dresse un tableau realiste et sans complaisance.
    Chapeau Tony.

    • Nyambere

      Le directeur d’IWACU fait une bonne analyse en disant que ces chefs d’Etats appliquent chez eux une politique autoritaire, tripatouillent la constitution, les textes…. Il aurait dû préciser que parmi eux, le plus chaud partisan de la MAPROBU est paradoxalement le voisin qui vient précisément de faire changer à la stalinienne, la constitution de son pays. Et c’est le même qui musele le plus la presse et les partis d’opposition dans son pays et chez qui, tout occidental qui donne un avis nuancé devient « personna no gratta ».Et dire que c’est l’idole des opposants burundais, allez y comprendre!

      • joste mirongibiri

        Il aurait dû? Pourquoi? S’il a choisi de nommer certains, il a préciser la raison de cette particularisation. Il suffit de savoir lire entre les lignes.

      • John

        @Nyambere, es tu sur que le voisin don’t tu parles est un « chaud partisan « de la Maprobu? Donne nous tes sources pour que tu sois credible. Sinon ce que tu racontes est du n’importe quoi.

      • prime Karikunzira

        haha!! Cher Nyambere, depuis quand le voisin dont tu parles a déclaré qu’il soutient la MAPROBU qui viendra protéger TheSilentMajorityAndVictims? A part la Belgique, les USA, la France, l’ONU et l’UA, aucun autre pays ou organisme n’a encore déclaré soutenir une force d’intervention pour soutenir ceux que le gang qui confusque le pouvoir au Burundi qualifie d’ennemis ou pire encore de terroristes.

        Et tu commets l’erreur de comparer notre voisin à ton Maitre à penser (ou à rever) qui vient de penser 10 ans:

        A construire des stades sans équipes,
        A construire des hopitaux sans financement de médecins,
        A construire des routes qui ne durent que moins de 12 moins,
        A bruler les marchés qu’il n’a pas construit,
        A attribuer des marchés publics à des incapables,
        A pratiquer des discriminations ds les recrutements,
        A refuser aux autres Burundais le droit de s’exprimer,
        A emprisonner les journalistes,
        A bruler les médias,
        A inventer des coups d’Etat par ici,
        A faire des montages contre son propre camp par là,
        A sortir des discours à la Nation Vide de sens,
        A donner des promesses qui ne tiennent pas,
        A s’acheter des jeeps blindés pour lui et son gang,
        A fermer des entreprises qui fonctionnent,
        A pourchasser les vrais investisseurs,
        A détruire l’amitié que le Burundi avait bati des siècles et des siècles avec ses voisins de la sous région et ses pays-amis, A jouer au népotisme dans les nominations,
        A demander à sa police aux allures de milice de matter toute voix discordante qui vient sonner pr le respect de la constitution et des accords de paix signés entre les Burundais, les VRAIS.
        A diviser tous les partis politiques y compris son propre parti,
        A créer des fosses communes ds toutes les communes du pays et promettre des CVR qui n’ont jamais eu lieu

        Bref à bruler notre Burundi!

        • Mariya Budangwa

          @ Prime Karikunzira

          En peu de mot il fallait dire à Nyambere que son Maître a détruit tous ce que vous avez construit depuis l’indépendance.
          C’était quoi au juste pas même un quart de ce que Kagamé a fait pendant 20 ans et tu oses dire que Nkurunziza détruit pauvre que tu es.

        • Maku

          Ohhh ça fait beaucouptout ça!!! Mais toi tu étais où pedant tout ce temps???? arrêter de croire que tous les problèmes du Burundi sont dûs à une personne!!!! nous avons connu pire!!! propose des solutions au moins

          Bravo pour ton article Monsieur Kaburahe

      • Muhima Mweru

        Mr Nyambere, on parle des problèmes du Burundi, a l’instant tu saute sur le voisin Rwanda et pourtant les dictateurs Africains sont légion, il est claire que tu éprouve de la haine envers les Rwandais. Mon cher je vous donne conseil: La haine dessèche l’être qu’elle veut détruire « comme un sirocco torride » Elle « sécrète un suc virulent et corrosif ». Elle maintient à une distance radicale et « ouvre un abîme ». La haine est destructrice et meurtrière. « Haïr quelqu’un, c’est ressentir de l’irritation du seul fait de sa simple existence », c’est exiger sa disparition. « Haïr, c’est assassiner sans relâche ». Concentrez vous sur vos problèmes et pas ceux des vos voisin Rwandais.

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