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Agriculture

Tubura : une ONG controversée

06-12-2017

Sur la demande de son collègue de l’Agriculture et de l’Elevage, Pascal Barandagiye, ministre de l’Intérieur a suspendu, mardi 21 novembre, les activités de cette ONG américaine. Les bénéficiaires s’en alarment.

Déo Guide Rurema : « Nous n’allons pas tolérer des organisations qui distraient la population au lieu de la développer.»

Déo Guide Rurema, ministre de l’Agriculture et de l’Elevage, reproche à l’ONG Tubura de prélever de frais exorbitants pour l’encadrement et la distribution des engrais chimiques. « Le ministère de l’Agriculture dispose des vulgarisateurs sur toutes les collines du pays. » Par ailleurs, il signale que ces engrais sont subventionnés par le gouvernement.

M. Rurema souligne que son ministère n’acceptera pas que des organisations viennent au pays pour dérouter les programmes et les bonnes initiatives du gouvernement. Et de mettre en garde : « Nous n’allons pas tolérer des organisations qui paupérisent davantage la population au lieu de la développer.»

Alessia Mortara, la chargée des relations externes à l’ONG Tubura, ne comprend pas les raisons de cette suspension : « Actuellement, des discussions sont en cours avec les partenaires du gouvernement. Nous osons espérer une issue à cette situation.» Et aussitôt de lâcher : « Toutefois, nous restons toujours investis dans le développement agricole de la population à travers une bonne collaboration avec les autorités administratives.»

Crainte d’une baisse de production

Depuis cette suspension, les agriculteurs ne savent pas à quel saint se vouer. Ils redoutent une baisse de leur production. « Sans doute, la production du maïs et du haricot va chuter », craint Evariste Bukuru, agriculteur de la colline Rutegama, en commune Giheta de la province Gitega.

Il fait savoir que Tubura leur fournissait des pesticides contre les chenilles légionnaires qui ravagent leurs champs de maïs. Mais depuis cette suspension, c’est la désolation, les insectes ayant repris du terrain. « Sans moyens financiers, où va-t-on trouver de l’argent pour se procurer ces pesticides ?» De plus, cette organisation leur donnait des fertilisants et des semences à crédit. Le remboursement se faisait après la récolte. Ce n’est pas le cas contraire pour les engrais chimiques fournis par le gouvernement. « Le payement doit être fait au préalable.»

M. Bukuru souligne que grâce aux activités de Tubura, la production du maïs a triplé la saison dernière. Si cette décision persiste, prévient-il, notre région sera frappée par la famine.

Leticia Manirambona, vulgarisateur de Tubura sur la colline Rutegama, soutient que cette suspension aura de lourdes conséquences. « Les agriculteurs manqueront des semences et fertilisants pour la saison culturale prochaine. » De plus, argue-t-elle, après l’octroi des semences et engrais chimiques, Tubura accompagnait et donnait surtout des conseils aux agriculteurs. Notamment sur l’utilisation des engrais chimiques.

Alexis kwizera, agriculteur de la colline Rwasazi en commune Muramvya n’en démord pas de cette suspension. « Grâce à cette ONG, la production de la pomme de terre a plus que doublé.» De surcroît, les paysans avaient appris l’utilisation convenable des engrais chimiques.

Les employés craignent le chômage

« Cette décision nous inquiète», s’indigne N.K., employé de cette organisation rencontré au chef-lieu de la province Muramvya. Là où le bât blesse, explique-t-il, nous n’avons aucune information officielle de la part de nos dirigeants sur les causes de la suspension. « Les responsables nous ont signifié qu’ils ont entamé des négociations avec le gouvernement.»

N.K. assure que cette décision menace la survie de sa famille : «Mon épouse travaillait également chez Tubura. Si cette suspension se maintienne, nous allons faire face à la famine.

A.M., un autre employé de Tubura, abonde dans le même sens. « Nous risquons d’aller au chômage.» Ce père de trois enfants confie que son épouse est au chômage, depuis cinq ans. « J’ai renoncé à la profession d’enseignant, il y a de cela six mois. Si cette situation dure plusieurs jours, de nombreuses familles auront d’énormes difficultés à subvenir à leurs besoins.

S.N., habitant de la colline Rwasazi, quant à lui, dénonce la méthode de recrutement au sein de cette ONG. « Les responsables chargés du recrutement favorisent ceux avec qui ils ont des liens familiaux». Même sa politique salariale n’est pas équitable. Elle présentait d’énormes disparités pour des employés qui ont un même diplôme.

Toutefois, il reconnaît que les activités de Tubura ont augmenté remarquablement la production du maïs, du haricot et de la pomme de terre. Elle fournissait des engrais chimiques et des semences sélectionnées à crédit. Mais il déplore qu’elle exigeait d’énormes bénéfices lors du remboursement de la dette.

Le revers de la médaille…

Quant à Joseph Nyabenda, agronome communal de Giheta, il fustige l’approche utilisée par Tubura dans la fourniture des fertilisants. « Elle fournit aux agriculteurs des engrais à crédit avec une marge bénéficiaire énorme, soit 9 500 Fbu par sac de 25 kilos.» Il fait savoir que l’ONG vend un sac de 25 kilos d’engrais à 37500 Fbu alors que son prix fixé par le gouvernement est de 28.000 Fbu. De surcroît, Tubura fournit des engrais importés et subventionnés par l’Etat.

M. Nyabenda estime que cette ONG s’est transformée en une entreprise commerciale de fertilisants alors qu’elle a un statut d’une organisation sans but lucratif. Ceci empêche les agriculteurs d’adhérer au programme de distribution des engrais chimiques du gouvernement. Au cours de la saison culturale B de cette année, aucun agriculteur de la zone Kabanga n’a acheté le moindre gramme des engrais fournis par l’Etat.

Signalons que Tubura œuvrait dans les provinces de Muramvya, Gitega, Ngozi, Kayanza et Mwaro.

Lire aussi : Evolution des importations des engrais chimiques pour la période de 2013 à 2017

  4   Vos commentaires
  1. Rurihose

    Mr le ministre,
    Détaillez point par point comment vous allez remplacer Tubura et exécuter leurs travaux.
    Si les paysans bayirukira barazi ico baharonka mais votre encadrement défaillant idakora.
    Le problème numéro un au Burundi est la subsistance alimentaire.
    Do you understand?

  2. CLAUDIO

    QUE LES RESPONSBLES DE CETTE ONG ET REPRESENTANT DU MINISTERE EN CHERGE DE L’AGRICULTURE S’ASSAYENT ENSEMBLE POUR VIDER CETTE QUESTION. TUBURA OEUVRAIT AU PROFIT DES POPULATIONS RURALES ET LE VIF SOUHAIT POUR NOUS TOUS EST DE VOIR L’AGRICULTURE BURUNDAISE PROSPERAIT. CEPENDANT, SI IL ADVIENDRAIT QUE CETTE ONG USE D’UNE APPROCHE NON APPROPRIEE, JE SUIS CONVAINCU QUE LA MEILLEURE SOLUTION EST QUE LES PARTIES PRENANTES CI HAUTS CITEES S’ENTENDE SUR QUELLE APPROCHE FAUT IL UTILISER ET A L’ONG TUBURA DE VOIR COMMENT LES AUTRES ONGs SONT ENTRAIN D’OPPERER ET DE MODIFIER SES APPROCHES LE CAS ECHEANT.

    • Agnoste

      @CLAUDIO
      Ca ne vous fatigue pas de tout écrire en majuscules? En tous cas la lecture reste pénible!

    • nunu nado

      C’est evident que les pesticdes enlevent de mauvais herbes dans les plantations et les engrais font pousser vite les produits vivriers. Mais ils ne faut pas oublier que ces engrais et pesticides nous pourissent la vie petit a petit jusqu’a notre mort. Pourquoi remarquez-vous qu’il ya beaucoup de cancers en Afrique? Par contre ces meme produits cancerigenes sont bannis dans beaucoup de pays Occidentaux. Mais les europeens les exportent en terre vierge qui est l’Afrique (Dechets economiques). Exemple: Le GLYPHOSATE du geant compagnie Americaine MONSANTO qui fait la une actuellement en Europe et en Afrique de l’Ouest. Autrefois, on utilisait le compost (umwavu), la bouse de vache et chevre (amase). On utilisait nos mains et isuka pour enlever les mauvaises herbes. Maintenant nous sommes developpes (soit-disant) et nos enfants meurent de cancer. Tres triste.

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