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Afrique de l'Est

Troisième sommet de l’EAC : un recul ?

De la dernière rencontre de Dar-Es-Salaam, deux principales recommandations viennent en rajouter: la formation d’un gouvernement d’union nationale, jugé anticonstitutionnel par l’opposition, et une nouvelle médiation assurée par le président ougandais, 29 ans au pouvoir.

Jakaya Kikwete et de Yoweri Museveni : les conclusions du sommet à deux ne rassurent pas l’opposition

Jakaya Kikwete et de Yoweri Museveni : les conclusions du sommet à deux ne rassurent pas l’opposition

Dar-Es-Salaam, 6 juillet. Deux présidents sur cinq de la Communauté Est-africaine, Jakaya Kikwete de la Tanzanie et Yoweri Museveni de l’Ouganda se réunissent pour la troisième fois en moins de trois mois pour statuer sur le cas du Burundi. Ils recommandent le report des élections présidentielles au 30 juillet au lieu du 15, le désarmement de la « milice » Imbonerakure et d’autres groupes armés sous la supervision des experts militaires déployés par l’Union Africaine. Aussi la désignation du président ougandais comme nouveau médiateur et la mise en place d’un gouvernement d’union nationale après le scrutin présidentiel.

Cependant, la question de la troisième candidature de Pierre Nkurunziza est encore une fois passée sous silence. Alors qu’elle constitue le nœud de la crise.

Pour rappel à la veille de ce sommet, un conseil des ministres préparatoire avait procédé à une évaluation de la mise en œuvre des recommandations du 31 mai. Le constat était que les conditions d’une élection libre, paisible, inclusive, transparente et crédible n’étaient pas réunies pour valider le scrutin du 29 juin. De facto, le conseil avait proposé son annulation.

En outre, il convient de signaler le non-respect des recommandations du 31 mai et du 25ème sommet de l’Union Africaine (UA) organisé à Johannesbourg du 13 au 14 juin : le report des premières élections d’au moins un mois et demi, l’arrestation des violences, le désarmement urgent de tous les mouvements de jeunesse armés et la création des conditions favorables au retour des réfugiés.

L’UA recommandait, quant à elle, la reprise du dialogue, un calendrier électoral consensuel, le déploiement immédiat des observateurs des Droits de l’Homme et d’une équipe de 50 experts militaires.

Violation sur violation

Selon le tout premier calendrier électoral de la Ceni, les élections communales et législatives étaient fixées au 26 mai. Si le gouvernement devait respecter les conclusions de l’EAC, ce scrutin se serait déroulé mi- juillet.

Néanmoins, le gouvernement et la Ceni décident de foncer droit dans le mur et le vote aura lieu le 29 juin, dans la contestation totale de l’opposition.

Le dialogue qui devait reprendre le 21 juin conformément aux résolutions de Johannesbourg est bloqué après les récusations des deux médiateurs.

Sur la question du désarmement, la position du gouvernement est on ne peut plus claire. Selon Alain Aimé Nyamitwe, ministre des Relations extérieures, il faut préciser les pays d’où proviendraient les experts militaires, leur nombre et leur mandat.

Quant au retour des réfugiés, les chiffres du HCR parlent. Le jour même du scrutin, au moins 10 mille Burundais ont fui le pays.
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>>> Réactions

Le parti au pouvoir : «Le report des élections serait une haute trahison »

Pascal Nyabenda ; : « Le calendrier actuel est dans les limites de la Ceni. »

Pascal Nyabenda ; : « Le calendrier actuel est dans les limites de la Ceni. »

Le parti Cndd-Fdd se dit globalement satisfait des efforts fournis par l’EAC et d’autres partenaires. Toutefois, le parti présidentiel s’inscrit en faux contre le report du scrutin présidentiel conformément à l’article 103 de la Constitution, alinéa 2 : « L’élection du président de la République a lieu un mois au moins et deux mois au plus avant l’expiration du mandat du Président de la République ».

Selon M. Nyabenda, glisser le calendrier électoral, sans amender la Constitution et le Code électoral, serait une haute trahison de la part du président de la République : « Le calendrier actuel est dans les limites de la Ceni. »
Par ailleurs, Pascal Nyabenda constate que trois reports suffisent : « Cela demande beaucoup de moyens financiers de la part des concurrents politiques et provoque une accumulation de la fatigue chez la population élective. »

A propos de la mise en place du gouvernement d’union nationale, le Cndd-Fdd indique qu’il n’est pas contre cette proposition car le président de la République avait eu déjà cette idée dans le passé. Toutefois, Pascal Nyabenda s’étonne que les mêmes partis d’opposition changent de fusil d’épaule arguant la violation de la Constitution et du Code électoral. Le Cndd-Fdd ne cache pas son amertume face à une telle proposition : « Cette option conduit inévitablement à l’amendement des textes de référence. »

L’opposition : « Le sommet cautionne le forcing électoral »

L'opposition ne désarme pas : le retrait de la candidature de Nkurunziza n'est pas une question taboue

L’opposition ne désarme pas : le retrait de la candidature de Nkurunziza n’est pas une question taboue

Selon les partis politiques et coalitions de l’opposition, la formation d’un gouvernement d’union nationale n’a aucun fondement, eu égard à l’impératif d’organisation des élections crédibles recommandées par tous les sommets antérieurs : EAC, UA, UE, CIRGL, etc.

Ils regrettent que le sommet ne dise rien du déroulement du dernier scrutin organisé sans observation crédible et en dehors de toute couverture médiatique indépendante.

De surcroît, ils constatent que l’option prise par le sommet vise à soutenir le forcing électoral sans en mesurer les conséquences.

Ainsi exigent-ils l’annulation du dernier scrutin. Ils exhortent le nouveau médiateur à travailler de concert avec les autres partenaires et à considérer les décisions entérinées : « Il ne doit pas cautionner un processus conduit en violation de la Constitution, de l’Accord d’Arusha et de la Charte Africaine de gouvernance, de la démocratie et des élections. »

L’opposition propose trois voies de sortie de crise : le retrait de la candidature de Pierre Nkurunziza, la mise en place des conditions favorables à la tenue des élections et un calendrier électoral consensuel.
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Qui cédera quoi ?

Le sommet des chefs d'Etats de l'EAC a été muet sur la 3ème candidature de Nkurunziza

Le sommet des chefs d’Etats de l’EAC a été muet sur la 3ème candidature de Nkurunziza

Deux propositions essentielles sont sorties, lundi 6 juillet, du sommet des chefs d’Etat de l’EAC, à Dar-Es-Salaam, sur le Burundi, où n’étaient présents que le président tanzanien et son homologue ougandais. Ils ont demandé au gouvernement du Burundi de reporter au 30 juillet la présidentielle prévue unilatéralement le 15 juillet, et le président ougandais Yoweri Museveni a été désigné comme nouveau médiateur au Burundi. A la grande satisfaction de Bujumbura, ce sommet est resté muet sur la question du troisième mandat du président Nkurunziza et les élections législatives et communales du 29 juin dernier.

Il semble que le respect de l’Accord d’Arusha soit à géométrie variable pour les chefs d’Etat de la CAE. Ils préconisent, après la tenue de la présidentielle, l’instauration d’un gouvernement d’union national, qui respecte cet accord, alors qu’ils ont opté de ne pas prendre en considération le rapport d’experts juristes est-africains qui ont conclu que le troisième mandat de Nkurunziza était contraire à l’’Accord d’Arusha.

Museveni comme médiateur devrait être une aubaine pour les parties en conflit au Burundi. Comme ex-président de l’Initiative régionale pour la paix au Burundi lors des pourparlers d’Arusha, le président ougandais est au faite de la psychologie des acteurs politiques burundais en temps de crise.

Cependant, si on considère qu’il a été désigné par ses pairs qui éludent le nœud du problème dans la crise burundaise, on peut douter de sa neutralité comme médiateur.

Le report des élections est essentiel pour prendre des mesures visant à restaurer des conditions politiques et sécuritaires pour organiser des élections crédibles et pacifiques.

En tout état de cause, le dialogue devra reprendre entre le gouvernement et l’opposition radicale. Dans toute négociation, il y a des compromis pour aboutir à un accord définitif. La question est de savoir ce que le pouvoir est prêt à lâcher aujourd’hui, et ce sur quoi l’opposition peut céder.
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« Ils ont agi par solidarité africaine »


Malgré les contestations de la communauté internationale, les ambassadeurs de l’Afrique du Sud, de la Tanzanie, de l’Ouganda et du Kenya ont salué la bonne organisation du double scrutin du 29 juin. Pour le Pr Niyonizigiye, la culture africaine en matière diplomatique exige la courtoisie.

Pascal Niyonizigiye, expert en relations internationales, enseigne à l'Université du Burundi ©Iwacu

Pascal Niyonizigiye, expert en relations internationales, enseigne à l’Université du Burundi ©Iwacu

Quel commentaire faites-vous par rapport à la dernière sortie médiatique de quatre diplomates africains accrédités à Bujumbura ?

Cela traduit la solidarité entre les gouvernements africains. Il est très rare d’entendre des diplomates africains critiquer un gouvernement du même continent. Même quand ils savent très bien que la situation est critique, ils préfèrent passer par des recommandations, donner des compliments pour euphémiser leur discours. Souvent pour comprendre ce qu’ils veulent dire, il faut lire entre les lignes. En témoignent les conclusions des derniers sommets de la Communauté est-africaine sur le Burundi.

Cette déclaration reflète-t-elle la position de leurs gouvernements ?

Exactement. Un diplomate averti ne peut pas oser prononcer un discours qui va à l’encontre de son gouvernement alors qu’il est censé le représenter. Par contre, ce n’est pas tous les diplomates accrédités à Bujumbura qui sont auteurs de cette déclaration: ceux du Rwanda et de la RDC ne se sont pas exprimés.

N’y a-t-il pas contradiction entre les décisions du dernier sommet de l’UA et la déclaration de ces quatre ambassadeurs ?

Si on considère les recommandations du dernier sommet de l’Union africaine, cela ne veut pas dire que tous les gouvernements africains sont d’accord. La preuve, les conclusions du dernier sommet de Dar-Es-Salaam diffèrent de celles du sommet de Johannesbourg. Pourtant, les pays membres de l’EAC se retrouvent également dans l’UA. Il y a donc la diversité des gouvernements, mais une politique continentale au niveau de l’UA.

Cette position de l’Ouganda ne risque-t-elle pas de compromettre la médiation de Yoweri Kaguta Museveni ?

Il faut attendre et voir comment il va s’y prendre. Avec la récusation des deux premiers médiateurs, l’Algérien par l’opposition, le Sénégalais par le pouvoir et ses partis satellites, la même situation risque de se reproduire. Sinon, le président Museveni est une autorité à la hauteur, il l’a déjà prouvé par le passé. J’ose espérer qu’il pourra aider les citoyens burundais à s’entendre.

  4   Vos commentaires
  1. kimeneke

    None Gikwete kuberiki weyarekuye mugabo agahenda nkuru ntabwo ari umegenzi wiwe finalement naho yoja CPI ntanaga pizzas yomushira

  2. MICOMBERO Jean

    Rwasa niyishinga abo bantu batagira abanywanyi arasubira kuba nka 2010 aho Uprona yamuhenze ngo iravuye mu matora igaca ihengera ahunze igaca imara 5 ans yirira. Polititique nahebe kabisa atore uwundi mwuga.

  3. kkk

    que ses chefs d’état exigent au moins la réouverture des médias sinon le report des élections ne sert à rien

  4. NZOBAMBONA

    Vous rêvez ou quoi ? Les Barundi ne savent plus observer ? Regardez bien la photo : NKURUNZIZA I, puis NKURUNZIZA II, ensuite NKURUNZIZA III et ainsi de suite. Rindira ahindure constitution muriko mukanura amaso !!!

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