Politique

Troisième mandat : la guéguerre politique

25-04-2016

25 avril 2015 : date de l’officialisation de la candidature de Pierre Nkurunziza à sa propre succession au fauteuil présidentiel. Une année après, Iwacu tire le bilan du « troisième mandat ».

Le président Nkurunziza (2è à gauche) danse après le plébiscite des congréssistes le 25 avril 2015

Le président Nkurunziza (2è à gauche) danse après le plébiscite
des congréssistes le 25 avril 2015

Une année après l’officialisation de la candidature de Pierre Nkurunziza à la présidentielle de 2015, Iwacu revient sur les dates marquantes dans la politique burundaise.

Le 23 mars 2015. Une déclaration signée par 17 cadres du Cndd-Fdd demandant à Pierre Nkurunziza de ne pas se représenter pour un autre mandat est rendue publique. A la tête des signataires, Léonidas Hatungimana, porte-parole du chef de l’Etat, et Onésime Nduwimana, le porte-parole du parti présidentiel.

Le 25 mars 2015. Dix de ces signataires sont définitivement rayés des rangs du parti présidentiel.

Le 17 avril. Des leaders de l’opposition tels Jean Minani et Chauvineau Mugwengezo marchent au centre-ville de Bujumbura devant des foules de militants. Message : dissuader le président Nkurunziza de se représenter.

La police intervient et disperse les manifestants. Des arrestations sont opérées. Les suspects seront jugés selon la procédure de flagrance. Ils seront écroués à Muramvya. Entre-temps, les organisations de la société civile regroupées dans le mouvement « Halte au troisième mandat » menace de descendre dans la rue dès le lendemain d’une éventuelle officialisation de la candidature de P. Nkurunziza.

Le 17 avril. Quatorze sénateurs dont l’actuel président du Sénat Révérien Ndikuriyo saisissent la Cour constitutionnelle sur l’interprétation des articles 96 et 302 de la Constitution, pomme de discorde entre les pros et les antis troisième mandats.

Des élections coûte que coûte

Samedi, le 25 avril. Le Burundi et la communauté internationale ont les cœurs suspendus aux décisions du congrès du « parti de l’Aigle » qui se tient à sa permanence de Bujumbura. 13h30. Pascal Nyabenda, président du parti, annonce que Pierre Nkurunziza vient d’être approuvé à 100%comme candidat du Cndd-Fdd par le congrès. Explosion de joie chez les congressistes. Les citadins se préparent au pire et font des stocks de provisions.

Le 26 avril. C’est parti ! Les gens sont dans la rue spécialement à Bujumbura. Les manifestations prendront de l’ampleur jour après jour.
Lundi 4 mai. Sylvère Nimpagaritse, vice-président de la Cour constitutionnelle, fuit le pays. Il dénonce la pression du pouvoir pour la validation du troisième mandat. Mais le même jour, la Cour constitutionnelle rend son l’arrêt 303 : le président Nkurunziza peut briguer un troisième et dernier mandat. Le pouvoir jubile. La rue se mobilise davantage. La répression se durcit.

Le 13 mai. Assisté du général Cyrille Ndayirukiye et d’un quarteron de généraux de la police et de l’armée, le général Godefroid Niyombare annonce à travers des radios privées la destitution du président Nkurunziza. Ce dernier est à Dar-es-Salam dans un sommet des chefs-d’ Etats de l’EAC pour le Burundi. Le « Comité pour le redressement de la concorde nationale » dirigé par le général Niyombare est mis sur pied. Explosion de joie dans la capitale et même à l’intérieur du pays.

Instantanément, une marée humaine envahit le centre-ville de Bujumbura.
Le 15 avril. On apprendra que le putsch a avorté. Des généraux putschistes dont Cyrille Ndayirukiye, ancien ministre de la défense sont arrêtés. Quatre radios privées sont mises hors d’état d’émettre. Mais les manifestations continueront.

Le 1er juin. Deux membres de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) font défection et s’exilent au Rwanda.
Le 6 juin. Alors en exil avec sa famille, le député du Cndd-Fdd Aimé Nkurunziza dénonce un risque de «tricherie» à la Ceni.
Le 12 juin. L’Assemblée nationale parvient à avoir le quorum suffisant pour les remplacer.

Le 26 juin. Par une lettre, depuis Bruxelles, Gervais Rufyikiri officialise sa désertion sa poste de deuxième vice-président du Burundi.

Le président ougandais salue l'ancien président Bagaza présent aux cérémonies de reprise du dialogue inter-burundais

Le président ougandais salue l’ancien président Bagaza présent
aux cérémonies de reprise du dialogue inter-burundais

Le 28 juin. C’est le tour de Pie Ntavyohanyuma, président de l’Assemblée nationale, depuis 2005, d’annoncer sa démission.

29 juin. C’est la tenues des législatives et des communales. Un scrutin boycotté par les partis et les coalitions de l’opposition. Mais contre toute attente, la coalition « Amizero y’Abarundi » dirigée par Agathon Rwasa et Charles Nditije (respectivement leaders du FNL et de l’Uprona non reconnu par le ministère de l’Intérieur) obtient 30 sièges à l’Assemblée Nationale.

Le 21 juillet. C’est la date de la présidentielle. L’Uproniste Gérard Nduwayo est le challenger de Nkurunziza. Jacques Bigirimana (FNL) et Jean de Dieu Mutabazi (Radebu) seront eux aussi en lice pour le fauteuil présidentiel. Sans surprise, Nkurunziza est le gagnant par un scrutin-plébiscite.

24 juillet. Ce sont les sénatoriales remportées haut la main par le parti au pouvoir.

Lundi 27 juin. Agathon Rwasa et les 17 députés FNL d’ « Amizero y’Abarundi » occupent leurs sièges à l’Assemblée Nationale. La coalition se fissure. Mais contre le mot d’ordre de la direction, quatre députés Upronistes de cette coalition occuperont aussi leurs sièges.

1 août. A Addis-Abeba, les leaders de l’opposition (en exil et intérieure) et la société civile en exil créent le « Conseil national pour le respect de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi », (Cnared), une plateforme politique. Pacifique Ninihazwe et Vital Nshimirimina, deux figures de la société civile en deviennent des commissaires.

Le 20 août. Pierre Nkurunziza prête serment. Gaston Sindimwo (Uprona) et Joseph Butore (Cndd-Fdd) sont approuvés comme premier et deuxième vice-présidents de la République.

Le 23 août. Ce sont les collinaires. Dans la capitale, le taux de participation est élevé par rapport aux scrutins précédents.
Le 25 aout. Vingt ministres (16 du Cndd-Fdd et six de la coalition « Amizero y’Abarundi ») prêtent serment.

Le 3 septembre. C’est le premier décret portant création de la « Commission nationale pour le dialogue inter-burundais », Cndi. Il sera révisé le 23 septembre.

10 décembre. La justice élargit plus de 90 prisonniers écroués pour participations à des manifestations (mouvement insurrectionnel, selon la terminologie officielle).

28 décembre. Ce sont les cérémonies d’inauguration de la reprise des négociations à Kampala en Ouganda. Le président ougandais Yoweri Kaguta Museveni assure la médiation. Les négociations sont délocalisées à Arusha. Elles doivent reprendre le 5 janvier, mais leur démarrage effectif se fait toujours attendre.

15 janvier. La cour suprême prononce la perpétuité contre les généraux considérés comme le cerveau du putsch. Sept présumés putschistes sont acquittés par la Cour.

Le 21 janvier 2016. Ce fut le lancement des travaux de la Cndi à Kirundo.

Le 25 mars. Par l’arrêt RCCB 325 la Cour constate la vacance de siège de huit députés Upronistes d’ « Amizero y’Abarundi ».


Bilan polémique

Des leaders de partis se sont exprimés sur le bilan du « troisième mandat ». Quatre aspects ont été privilégiés : les élections, les institutions, le dialogue conduit par la Cndi et l’état des lieux de situation démocratique au Burundi.

Gélase Ndabirabe, porte-parole du Cndd-Fdd

Gélase D NdbirabeLe bilan est très positif. La mise en place de la Cndi et est la poursuite des activités de la CVR sont des preuves des élections réussies qui ont généré de bons fruits. A ceux qui disent que la Cndi aboutira à la révision de la Constitution et l’enterrement de l’Accord d’Arusha, je réponds que cette façon de voir les choses est totalement erronée. Cela signifierait que le peuple burundais serait un peuple infantilisé alors qu’il est politiquement mûr. Personne ne pourrait donc le faire gober quoi que ce soit si ça ne vient pas de lui-même. Non plus, le pays ne vit pas un monopartisme comme en témoignent les configurations de l’Assemblée Nationale et du gouvernement. Preuve supplémentaire : le leader de la coalition « Amizero y’Abarundi » fait des descentes régulières sur terrain. Il rencontre à ces occasions ses adeptes.

Aimé Magera, porte-parole du Fnl pro Rwasa

Aimé MageraDe par l’histoire, le mois d’avril a été un mois de malheur pour Burundi : les événements de 1972, la mort du président Cyprien Ntaryamira et voilà que le 25 avril 2015, Pierre Nkurunziza et son parti décident fatalement d’opérer un coup d’Etat contre la Constitution et l’Accord d’Arusha. Son troisième mandat est maudit. Il y a eu mascarade électorale. Les institutions ont été mises en place sans aucune consultation malgré l’appel de l’EAC et de la communauté internationale à négocier. Le gouvernement est formé d’un seul parti politique, et quelques membres indépendants, puisque ce même gouvernement ne reconnaît pas l’appartenance politique de ces derniers.

Charles Nditije, président de l’Uprona pro Nditije

Charles NditijeLe bilan du troisième mandat est catastrophique. Il y a eu  une « parodie d’élections ». Conséquence : les institutions de facto qui en sont issues sont illégales et illégitimes. C’est pourquoi les députés issus de son parti n’ont pas voulu occupé leurs siège à l’Assemblée nationale ni entrer au gouvernement. Les partis politiques ont complètement disparu. Aucun parti politique même ceux qui sont censés être reconnus par le ministère de l’Intérieur ne tient plus de réunion. Le pouvoir a une volonté d’ethniciser et de régionaliser la crise. Il y a des signaux qui ne trompent pas que le pouvoir de facto de Bujumbura peut commettre un génocide ethnico-politique.

Pontien Ndayishimiye, porte-parole de l’Uprona

Pontien dayishimiyeL’Uprona se dit globalement satisfaite de l’organisation des élections et des résultats obtenus. Seulement le mode de calcul de sièges obtenus par chaque parti politique a fait que l’Uprona a perdu une dizaine de députés pendant les récentes élections. L’Uprona a salué l’initiative du gouvernement de mettre en place la Cndi. Elle souhaite que le dialogue touche tous les Burundais de l’intérieur comme de l’extérieur. Elle observe un rétrécissement de le l’espace démocratique mais le Burundi n’est pas un régime monopartite. Les partis politiques ayant participé aux récentes élections sont les plus visibles sur la scène politique.

Léonce Ngendakumana, président du Frodebu

Léonce ngendakumanaLe bilan du troisième mandat est désastreux .Il n’y a pas eu d’élections. Nous sommes dans un contexte de putsch constitutionnel. Aucun parti n’existe au Burundi. Ce n’est même pas le monopartisme. Même au Cndd-Fdd, ce n’est pas le parti qui décide et donne des orientations. Le parti est à la solde de quelque militaires et policiers autour de Nkurunziza. Il y a émiettement des partis en plusieurs ailes antagonistes et même irréconciliables, y compris le parti au pouvoir. Pire, aucun parti n’est présent sur le terrain. « Nous n’existons que sur papier ».

Jérémie Minani, porte-parole du Cnared

Jérémie MinaniPierre Nkurunziza a organisé une comédie électorale. Les institutions qui en sont issues sont « illégales ». Lui et sa clique continuent de refuser les négociations pourtant condition sine qua none pour la reprise de la coopération internationale leur préférant une échappatoire de dialogue interne organisée par la Cndi. Je regrette la destruction des corps de défense et de sécurité par le régime illégal de Nkurunziza. Il veut enterrer l’Accord d’Arusha.

Onésime Nduwimana

Onésime Nduwimana (2)Le troisième mandat est le mandat qui tue.  Aucun parti politique ne fonctionne au Burundi, même pas le Cndd-Fdd. Les responsables de ce parti exécutent des ordres dont ils ne connaissent pas nécessairement la provenance. Il est mis en avant de la scène quelques membres des « Imbonerakure » transformés en une milice très dangereuse. A l’époque, le Cndd-Fdd comptait encore en son sein des intellectuels pour nuancer, équilibrer. Aujourd’hui, il suffit de lire les communiqués signés Pascal Nyabenda pour comprendre le niveau atteint par la politique d’aujourd’hui au Burundi.

  2   Vos commentaires
  1. claude nahayo

    La tradition des violences Burundaises de s’entretuer puis de dialoguer ensuite sous pressions internationals peut s’arreter si…..si..si on ecoutait les conseils du sage HE Mkapa….pardon , je ne sais que dire car je suis a cours d’idees optimistes….on avait deja ecoute le sage Nyerere qui guidait le parti UPRONA a l’independance mais cela n’a pas empeche les Casablanca/moronvia et autres catastrophes meurtrieres contre le Roi du Burundi, venere et respecte du people, qui a fui, et l’assassinats de ses fils Ntare et Rwasa…Le Burundi a le record mondial d’assassinats des Presidents, Rois, Premiers Ministres, nombres de genocides, massacres, etc. etc…..Si on acceptait humblement de devenir une province Tanzanienne pendant 50 ans, pour apprendre le savoir-etre/savoir-vivre, et ensuite , apres ce stage nationale sous-tutelle Tanzanienne, recuperer le drapeau et l’hymne…on ne peut pas leur emprunter les ex-presidents sages, qui viennent reparer les pots casses, on pourrait profiter « live » d’un President Tanzanien en action comme HE Magufuli….Le President Nkurunziza, a fait beaucoup pour le Burundi, je ne le denigre pas, mais on est dans les memes problemes , « deja vu », qui auraient pu etre evites….C’est avec regret, abdication et resignation que j’ose contempler l’adoption du drapeau Tanzanien au Burundi…plus serieusement, je crois que l’integration regionale peut nous elever au niveau des pays frères…Si HE Mkapa nous aide, après la crise, cela prendra du temps, mais qu’est-ce qui nous a pris pour retomber dans les memes problemes cycliques de violences politiques ? On etait capable de faire mieux…juste mes lamentations….

  2. MUGABARABONA

    Toutes les générations vivant sur le sol du Burundi vivent ces guéguerres politiques, pour certains depuis les années soixante, pour les autres les décennies qui ont suivi, pour les plus jeunes depuis 20 ans et moins !!! Donc ce n’est pas nouveau. La question qu’on peut se poser est de savoir quelle génération sauvera le Burundi ? Une génération qui ne se basera pas sur les clivages ethniques mais qui s’attachera aux développements économiques et sociaux. Existe-t-elle ? Faut-il mettre le Burundi sous-tutelle de je ne sais qui pour qu’une génération qui n’aura pas connu la guerre voit le jour ?
    Je n’ai pas de réponse : mfasha kwiyumvira. Murakoze.

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