Culture

Sylvestre Ntibantunganya, une plume pour nourrir l’histoire

09/02/2019 Egide Nikiza Commentaires fermés sur Sylvestre Ntibantunganya, une plume pour nourrir l’histoire
Sylvestre Ntibantunganya, une plume pour nourrir l’histoire
D’après Sylvestre Ntibantunganya, la jeunesse à laquelle il dédie son livre est victime d’un passé qui ne passe pas.

Les hommes politiques burundais écrivent peu. Pourtant leurs témoignages sont plus que nécessaires pour éclairer les Burundais, surtout les jeunes. L’ancien président Ntibantunganya s’est donné de nouveau à l’exercice. Son ouvrage porte sur trois décennies, de 1987-2017.

Vendredi 8 février. L’ancien président Sylvestre Ntibantunganya présente son ouvrage : «Burundi, Démocratie piégée» qu’il écrivait depuis 14 ans. Ce livre fleuve, 728 pages réparties en 8 chapitres, vient d’être édité par Iwacu-Europe. La date était très attendue à Bujumbura. Particulièrement par les observateurs et acteurs de la politique burundaise.

Dans l’après-midi, différentes personnalités convergent à l’hôtel Source du Nil mitoyen du Palais du 1er Novembre, en ruine. Les véhicules arrivent les uns après les autres. Des cadres du Frodebu, compagnons politiques de l’auteur, sont nombreux.

Professeurs d’université, politiques encore actifs ou à la retraite, activistes de la société civile, représentants des jeunes, etc., sont sur place. L’auteur dédie d’ailleurs le livre à la jeunesse.

Les différents Conseils et Commissions nationaux sont hautement représentés. Dr Pierre-Claver Kazihise pour la Ceni, Guillaume Ruzoviyo pour le Conseil national pour l’Unité et la Réconciliation, Jean de Dieu Mutabazi pour l’Observatoire national contre le génocide, les crimes de guerre et autres crimes contre l’humanité.

Pierre-Claver Ndayicariye, successeur de Mgr Jean-Louis Nahimana à la CVR, ne manque pas au rendez-vous. L’ouvrage qui couvre une période de 30 ans intéresse sa commission. Une mine d’informations dans la recherche de la vérité.
L’ancien chef d’Etat va accueillir ses invités dans la salle des conférences. Ce n’est pas anodin. Cette même salle a abrité 26 ans plus tôt le congrès officiel de création du Frodebu, parti militant pour la démocratie. L’auteur fut l’un de ses fondateurs, avec Melchior Ndadaye notamment.

Les invités discutent en attendant l’arrivée de l’auteur. M. Mutabazi profitera de la tribune pour saluer ses «anciens camarades du Frodebu». Ce qui fera rire la galerie. Pour la petite histoire, Mutabazi a créé son propre parti, le Rassemblement des démocrates burundais (Radebu).

Dans la salle, les plus jeunes observent ces aînés qu’ils ne connaissent pas pour la plupart. C’est vers 15h30 pour une cérémonie censée débuter à 15 heures que le Premier vice-président de la République, en compagnie de l’auteur, fait son entrée. Les services du protocole lui ont prévu un siège à côté d’Agathon Rwasa, Premier vice-président de l’Assemblée nationale.

Iwacu encourage à témoigner

Léandre Sikuyavuga : «Notre maison d’édition est là pour vous»

C’est Léandre Sikuyavuga, directeur des Rédactions du journal Iwacu et représentant de l’éditeur qui ouvre les débats. Devant un parterre attentif, il rappelle que les Burundais ont la réputation de ne pas lire beaucoup. Surtout d’écrire moins. Les hommes politiques y compris.

Ntibantunganya est un exemple à suivre : «Les Burundais ont besoin de connaître, de comprendre leur histoire». Iwacu soutiendra quiconque voudra lui emboiter le pas : «Notre maison d’édition est là pour vous».
M. Sikuyavuga insiste sur la nécessité de connaître l’histoire : «il faut certainement tourner la page. Mais avant de la tourner, il faut d’abord la lire». Et d’appeler à la lecture des 728 pages que le président Ntibantunganya leur offre.

Puis vient la présentation tant attendue. Elle va durer une quarantaine de minutes. L’auteur rend d’abord particulièrement hommage à Antoine Kaburahe, pour son implication dans l’édition de ce livre et au professeur André Guichaoua, préfacier de l’ouvrage. Il est aussi reconnaissant envers Mgr Jean-Louis Nahimana, empêché. Le président Ntibantunganya dit avoir reçu des encouragements de sa part.

Surprise. Il refuse de révéler le contenu du livre. L’étonnement dans la salle. Une bonne stratégie pour encourager la lecture, entend-on par ici. Il aurait du mal à le résumer en si peu de temps, entend-on par là.

Le président Ntibantunganya lit seulement la table des matières. Chapitre par chapitre, point par point. Sans commentaires. «Je vais vous décevoir, mon objectif est d’aiguiser votre soif, votre appétit. Vous en saisirez le contenu en le lisant sans sauter une ligne», lance-t-il pour s’expliquer. Il glisse juste quelques passages, sans suite entre eux.

Le président va plutôt s’appesantir sur les raisons qui l’ont incité à prendre la plume. La CVR, à l’œuvre depuis plus de 4 ans, a besoin des témoignages. Ayant exercé la plus haute fonction, les anciens chefs d’Etat ont un rôle à jouer. «Nous devons nous ouvrir pour donner notre contribution». Il tient à souligner tout de même qu’il ne fait pas un travail d’historien. Même s’il est historien de formation.

Promesse d’une version en kirundi

De gauche à droite, Anatole Kanyenkinko, ancien Premier ministre, Léonce Ngendakumana, ancien Président de l’Assemblée nationale, Yves Sahinguvu, ancien Premier vice-président de la République et l’épouse du président Ntibantunganya.

L’ancien chef d’Etat veut aussi rendre justice et hommage aux héros de l’ombre. «La CVR doit identifier ces femmes et hommes pour qu’ils servent d’exemple aux générations futures».

Et d’indiquer qu’il a enfin écrit pour les jeunes. « Cette jeunesse, victime d’un passé qui ne passe pas, encore est confronté à plusieurs défis». Les jeunes sont quelques fois désemparés, désorientés, voire déboussolés. Ils courent le risque d’être manipulés en raison du chômage qui les frappe de plein fouet.

Comme tout auteur, Ntibantunganya exprime le souhait de voir son livre lu par le plus grand nombre de lecteurs possible. Il s’y investit même. Il a renoncé à ses droits d’auteur et explique qu’il n’a pas écrit pour gagner de l’argent. D’ailleurs, le coût réel de ce livre est de 70.000 Fbu mais il est « vendu » à 40 mille Fbu.

Tous les Burundais ne sont pas francophones. L’éditeur et lui envisagent déjà la traduction du livre en langue nationale : «Une version très ramassée ».

L’ancien chef d’Etat souhaite aussi que son livre soit lu par les représentants du peuple : «C’est un livre de débat. Vous m’inviterez après pour en débattre», s’adresse-t-il au Premier vice-président de la Chambre basse du Parlement. Aux jeunes, femmes, la diaspora, etc., il lance le même défi, la lecture de son livre fleuve.

Le livre de Ntibantunganya aura suscité la volonté d’écrire pour plus d’un. Une présentation très réussie.

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Bio-express de l’auteur du livre

Sylvestre Ntibantunganya est né le 8 mai 1956, dans la commune de Gishubi en province de Gitega. Il a un diplôme de licence en histoire-géographie et un diplôme de chargé de production TV. Il a été journaliste à la radio nationale du Burundi d’avril 1984 à décembre 1987. Depuis, il est engagé en politique où il a exercé plusieurs fonctions. De 1979 à 1992, il était membre de plusieurs organisations qui travaillaient dans la clandestinité : BAMPERE (1979), le parti UBU (1979-1983) et, plus tard le FRODEBU (de 1986 à 1992). Entre décembre 1987 et février 1991, il a occupé les fonctions d’abord de secrétaire national chargé de l’information et de la mobilisation et ensuite de secrétaire national chargé de l’Institut Rwagasore au Secrétariat exécutif national permanent du parti UPRONA. Aux élections législatives du 29 juin 1993, il a été élu député du parti Sahwanya-FRODEBU dans la circonscription de Gitega. Dans le gouvernement de Melchior Ndadaye, il occupe les fonctions de ministre des relations extérieures et de la coopération. Après l’assassinat du Président Melchior Ndadaye, il retourne à l’Assemblée nationale dont il devient président du 23 décembre 1993 au 30 septembre 1994. Suite à la mort du Président Cyprien Ntaryamira le 6 avril 1994, il exerce, en tant que président de l’Assemblée nationale, l’intérim du Président de la République du 8 avril jusqu’au 30 septembre 1994. Confirmé dans ces fonctions par un vote de l’Assemblée nationale, il y demeurera jusqu’au coup d’État qui le renverse le 25 juillet 1996. Après la signature de l’Accord d’Arusha, il siégera au Sénat en sa qualité d’ancien Chef de l’État jusqu’au mois d’août 2018. En plus de ce nouveau livre, Sylvestre Ntibantunganya est aussi auteur du livre « Une démocratie pour tous les Burundais » publié en 1999.

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