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 Être ministre et assumer ses actes

Par [Jean-Marie Ngendahayo]
lundi 9 juillet 2012         à 07 : 20 : 32

C’est en relisant le témoignage de l’ancien ministre Isidore Hakizimana dans le Magazine IWACU N°5 du mois d’avril 2012 et bien entendu sous l’influence de la commémoration du cinquantenaire du recouvrement de notre souveraineté nationale, que l’idée m’est venue de partager les réflexions suivantes à propos du rôle d’un ministre au sein du pouvoir exécutif de nos jours en Afrique.

Un membre d’un gouvernement, fonctionnant bien entendu dans le cadre d’un état de droit, est une femme ou un homme à la fois très important politiquement et en même temps pourvu de très peu de responsabilités – légalement parlant - à titre individuel.

Nul n’ignore l’importance et l’honneur d’être ministre. C’est une fonction qui confère pouvoir, puissance et honneur car il est entendu qu’on a la confiance du chef de l’état. On fait partie du « happy few » ; de cette élite politique appelée à diriger le pays et à le représenter à l’intérieur comme à l’extérieur chaque fois que de besoin. En revanche, ce statut est fragile et ne repose que sur la relation existant entre celui qui le nomme et l’intéressé.

La Roche tarpéienne est proche du Capitole

Le fonctionnement d’un état de droit est connu ; il y a trois pouvoirs indépendants et interdépendants qui assurent son bon fonctionnement dans le strict respect de la loi fondamentale : il s’agit du pouvoir exécutif, du pouvoir judiciaire et du pouvoir législatif. Ces trois pouvoirs et la Constitution sont les piliers de tout état de droit qui fonctionne normalement. Plus ils seront indépendants les uns des autres et respectueux de la lettre et de l’esprit de la Constitution, plus un état de droit est démocratique. En effet, un état de droit est avant tout une culture du respect de la loi, mais il n’est pas entendu à ce stade que les lois auxquelles on se réfère soient justes, équitables. Le régime nazi était un système politique très regardant sur le strict respect des lois et des procédures. Le Führer avait été élu et les institutions de l’état de même, mais il n’empêche que des crimes des plus odieux ont été commis pour la honte de toute l’humanité à jamais.

Parlons donc d’un système qui respecte les lois en attendant que vienne la démocratie c’est-à-dire l’élection et le respect de lois justes et équitables pour tous et pour chacun. Au sein d’un tel système le membre du gouvernement est choisi par le chef de l’état. Il dépend entièrement du chef de l’état qui peut en toutes circonstances le démettre sans devoir se justifier auprès de qui que ce soit. Le ministre est plus qu’un porte-parole ; c’est l’envoyé du chef de l’état pour faire et dire ce que celui-ci souhaite mettre en action ou exprimer. Le ministre est de surcroît lié par la notion de « solidarité gouvernementale ». Etant donné que cette équipe de personnes est constituée pour mettre en branle le programme du chef de l’état – je parle d’un régime présidentiel comme c’est le cas au Burundi et dans beaucoup de pays en Afrique – tous se doivent de parler et d’agir à l’unisson.

C’est pourquoi dans un tel système, les gouvernements dits « d’ouverture » ou « de réconciliation nationale » fonctionnent si difficilement pour ne pas dire pas du tout. Dans une telle situation, les personnes au sein du gouvernement se sentent le plus souvent redevables davantage de la force politique qui les a intégrées au sein de l’équipe plus que de l’autorité naturelle du Premier Ministre et du Président de la République. Une situation comme telle se conçoit aisément lors d’une coalition politique. A ce moment, les membres du gouvernement sont là pour réaliser la plateforme commune des sensibilités politiques qui se sont alliées.

Etre membre d’un gouvernement a longtemps été simplement un honneur

Lorsqu’on est ministre, ou bien on exécute du mieux que l’on peut le cahier des charges qui vous est dévolu ou bien on se retire. Car en effet, lorsqu’on reste au sein d’un gouvernement tout en jouant à la dissonance active ou verbale en toute impunité, rien ne prouve qu’il ne s’agisse d’un jeu de rôles au bénéfice du Prince, en dernier ressort…

Etre membre d’un gouvernement a longtemps été simplement un honneur pour l’heureux élu. Peu importe le programme politique à servir, peu importe l’idéologie qui sous-tend le régime en place. Après un demi-siècle de recouvrement de notre souveraineté, il est temps d’agir de nouveau en vrais serviteurs de l’état. Accepter d’entrer au gouvernement parce qu’on croit en les options politiques du pouvoir en place. Autant on est susceptible d’être démis à tout instant, autant devrions-nous désormais être intransigeants et n’accepter que ce en quoi on croit et ce à quoi on est prêt à répondre aujourd’hui comme demain sans honte, sans regret ; mais plutôt avec la fierté d’un travail accompli honorablement.

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