 Sur la Kanyosha, 450 millions de Fbu emportés par le sable et le gravier : qui va payer ?
Par
[Armel Gilbert Bukeyeneza]
lundi 18 juin 2012 à 15 : 30 : 00
Construit en 2007, sur un montant de 440.082.935FBu, le barrage protégeant le pont de la rivière Kanyosha vient de s’écrouler. L’exploitation anarchique du sable et du gravier en serait la cause. Quant à savoir qui est responsable, c’est le syndrome de Pilate qui prévaut.

- Effondrement du pont, situé entre Gisyo et Kibenga ©Iwacu
« Si rien n’est fait dans l’immédiat, attendez-vous à d’autres effondrements », regrette Scarie Nivyintizo, directeur technique de l’ABUTIP (maitre d’ouvrage délégué dans la construction dudit barrage), réagissant sur le récent écroulement du barrage joignant les quartiers Gisyo et Kibenga.
Pour lui, l’exploitation anarchique du sable et du gravier dans cette rivière sont à la base de la catastrophe. « Plus on creuse le sable, plus l’érosion augmente et les fondations de ces barrages et ponts se retrouvent mises à nu. Ainsi, après quelques temps, c’est la ruine complète », explique-t-il.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le pont Muha avait subi le même sort à l’avenue du large. « Actuellement, d’autres ponts risquent d’être les prochains sur la liste, comme le pont de la république se trouvant à Mutanga-sud », précise M.Nivyintizo.
A qui demander des comptes ?
La lettre ayant pour référence DG/0850/AH /yk/2009 du 20 avril 2009, écrit par l’ABUTIP et adressé au directeur général de l’urbanisme, évoque le risque prévisible à la suite de l’exploitation anarchique des matériaux de construction dans les rivières traversant la ville de Bujumbura. « L’ABUTIP s’est adressée à nous pour la simple raison que nous sommes leur maitre d’ouvrage », réplique Jean-Bosco Nsabumuremyi, directeur général de l’urbanisme. Mais, l’ABUTIP estime que c’est ce dernier qui devrait prendre en main la question.
« Normalement, sur tout le territoire national, c’est le ministère de l’énergie et des mines qui délivre les permis d’exploitation du sous-sol. Celui de l’environnement, du contrôle du respect des normes environnementales, lors de l’exploitation », déclare Nsabumuremyi J.B.
Précisons que la direction de l’urbanisme n’a pas transmis la correspondance de l’ABUTIP à la direction générale de l’environnement pour qu’elle se saisisse de l’affaire. Pour Nsabumuremyi, le contrôle du respect des normes environnementales rentre dans ses missions quotidiennes, donc pas besoin de le lui rappeler.
Contactée à ce sujet, Bernadette Hakizimana, directrice générale de l’environnement, signale que les exploitants des rivières ne sont pas sous leur contrôle. « D’ailleurs, avant la construction, il n’y a pas eu d’étude environnementale pour ce barrage qui vient de s’effondrer. En outre, notre département n’a pas été associé lors de la conception », ajoute-t-elle. Cette dernière précise, en outre, que les travaux de construction de ce barrage n’ont pas été réceptionnés, contrairement à ce qu’affirme la direction générale de l’urbanisme. Mme Hakizimana B. n’exclut pas l’option selon laquelle la construction aurait été faite à base de matériaux inappropriés.
Vu la gravité de la situation, ce mardi 13 juin, les ministères de l’Intérieur, de l’Environnement, de la Sécurité publique et de l’Energie et des Mines ont organisé une réunion pour se pencher sur la question. Déterminer la responsabilité des uns et des autres ne doit pas occulter l’essentiel : prévenir d’autres effondrements.
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