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Opinion

Sommet USA-Afrique : comment le Burundi peut-il en profiter ?

21-08-2014

“Le sommet fut une grande réussite” clament les délégations africaines. Que ce soit les autres sommets rassemblant les leaders Africains et les autres puissances mondiales, de la France au Japon, passant par l’Inde et la Chine crues plus proches de l’Afrique, on n’avait jamais vu de tels cortèges présidentiels et balais diplomatique : presque tous les « hommes forts Africains » signaient leur présence à Washington, du 5 au 7 Aout 2014, certains avec prolongation, comme ils le souhaitaient. Mais qu’est-ce qui fonde cet optimisme chez les Africains ? Par exemple, d’un tel rassemblement, un pays aux capacités du Burundi, que peuvent continuer à espérer Nkurunziza Pierre et ses dirigés ? A-t-on réellement été « bien servis de rumeurs –et de promesses- au sortir dudit sommet », tel que le note Helen Andrews, analyste du Washington Post ? Plutôt, quel sens aurait un tel sommet ? –  par Audace Machado, journaliste

 

ihute Donatien, économiste et premier Administrateur Burundais à la Banque Mondiale – de 1968 à 1972  ©dr

ihute Donatien, économiste et premier Administrateur Burundais à la Banque Mondiale – de 1968 à 1972 ©dr

Pour les simplistes, faire comme tous les hommes et femmes forts de son pays, Barack Obama ne pouvait partir sans laisser de souvenir, surtout à ses congénères africains. Bihute Donatien, économiste et premier Administrateur Burundais à la Banque Mondiale – de 1968 à 1972- voit derrière ledit sommet une philosophie a priori géopolitique : « En tant que continent, la logique actuelle d’une terre vierge et d’une montée économique dissimulée ». Qu’on ne se trompe pas. Les USA n’ont jamais quitté l’Afrique. En effet, si l’Afrique survit à la pandémie du VIH/SIDA, c’est notamment grâce au programme et fond –PEPFAR- initiés par le Président G.W. Bush de fin les années 1990.
Ainsi, ce n’est pas un simple ancien Président du nom de Bush que Uhuru du Kenyan tenait à rencontrer, même aux fonds de Dallas. Sinon, ce qui semble flou, c’est le retard des USA à investir en Afrique, se faisant dépasser par les nouveaux pays émergents – BRICs-, par des dons infrastructurels audit continent, malgré les forces des USA à collecter les informations.

Economiquement, le programme d’échange entre l’Afrique et les USA –AGOA- du Président Clinton n’a pas, en effet, empêché la puissance mondiale économique d’être « dépassée par la Chine, en Afrique depuis 2009», rappel de l’économiste Amadou Sy. Mais alors, parlant du « développement » vu des USA et de leurs alliés, l’éternel esprit capitaliste – qui anime par ailleurs ceux qui se défendent plus socialistes- justifie ce sommet.  John B. Manirakiza, juriste-assureur Burundais et vivant aux USA depuis une décennie, suivait ce sommet, écoutait et lisait entre les lignes et partage sa compréhension : « déclarer ou redynamiser les intentions des entreprises américaines à entrer en compétition commerciale en Afrique ».

Concrètement : et un pays comme le Burundi dans tout ça ?

Pays qui ne parvient pas encore à se soigner de ses crises, il serait un des requérants et prioritaires de ce genre de partenariat. Pourquoi pas ? Par expérience, bien que les contextes diffèrent, “ Pourquoi les USA ont relevé l’Europe de l’après 2eme Guerre Mondiale par le plan Marshall?”, pose Amadou Sy. Simplement on dirait, « pour aider les frères de sang à se relever ». Et, même si Obama doit attendre l’accord du Congres, pourquoi ne ferait-il pas de même que ses prédécesseurs ? Plus logique et dans le cadre du business, si le plan Marshall fut aussi pour relever l’économie d’un continent –Europe déchirée par la guerre- à un niveau d’un continent comparativement partenaire, la logique marcherait aussi bien à l’Afrique. Mais, la logique collerait-elle aussi pour le Burundi?

D’emblée, le petit pays des Grands Lacs Africains n’est pas éligible pour des raisons à la fois de gouvernance et de culture.
En effet, pour des raisons politiques, le pays a encore des conditions à remplir. « Stabilité politique, tolérance et respect du débat politique et des droits humains sans oublier la sécurité pour tous». Ce fut les quelques faiblesses, donc conditions rappelées par le Sénateur Russell Fiengold à la fin du sommet (VOA). Faudrait-il rappeler que le rigoureux Sénateur est « L’envoyé spécial du Président Obama pour les Grands Lacs, et un des hommes les plus proches du Président Américain », description de l’Ambassadeur Johnnie Carson, un diplomate que le Président Nkurunziza à rencontrait en marge du sommet. Faits qui n’attirent pas l’attention de tous : de un, comment profiter de l’Ambassadeur Américain au Burundi, vu son rôle dans la CIRGL ? De deux, pourquoi les USA installeraient les plus vastes offices en Afrique – après l’ambassade du Caire- au Burundi, et ne pas en bénéficier ?

Mais d’un autre angle, si déblocage des fonds américains passent notamment par la Banque Mondiale, Makthar Diop, le Vice-président de ladite Banque Mondiale, signifiait-il le contraire des propos du Sénateur Fiengold quand il promettait au Président Nkurunziza d’analyser d’éventuels allègements des dettes ou renforcements d’appuis financiers pour le Burundi ? En tous cas, « Qu’on ne se trompe pas, on ne sera compétitif que s’il y a ouverture, à la fois dans la législation et en pratique, en faveur des investissements étrangers. Pour ainsi dire, nous devons diminuer les paperasses et la bureaucratie et assurer les investisseurs locaux et étrangers. Ce n’est qu’une question de transparence. Par exemple, informatiser les données est une stratégie incontournable. Or, quantitativement, il est plus possible au Burundi qu’ailleurs dans la région. ». Le consultant économiste Bihute Donatien compare le Burundi à plusieurs pays africains, pour son expérience à la Banque Africaine de Développement (de 1980 a 1986), en tant que Vice-président de la banque et en charge des opérations.

Le Burundi a à offrir mais sécurité oblige.

« Je suis optimiste dans la mesure où tout change, tout évolue », soupir de Bihute Donatien. Cette observation compte aussi bien pour l’économie des nations et sur conditions de stabilité sociopolitique évoquée plus haut. On ne reviendrait pas sur la polémique entre Obama et certains Présidents Africains d’un continent africain qui a besoin « d’hommes forts » Vs «Institutions fortes ». Cela dit, « la contribuons à la sécurité des autres pays africains tels en Somalie, en RCA, au Mali, etc. » est devenue une marque burundaise. Le Président Nkurunziza la renouvelait aux côtés du Secrétaire d’Etat Américain, lors d’une conférence de presse.

John B. Manirakiza est un juriste-assureur burundais vivant aux USA depuis une décennie ©dr

John B. Manirakiza est un juriste-assureur burundais vivant aux USA depuis une décennie ©dr

Et si ladite marque nécessitait un complément logique et à commencer par l’intérieur du pays ? Au passage, deux Généraux de la Présidence étaient de la délégation Burundaise. D’une part, marketing de l’image de son pays ou discours de la souveraineté nationale, appelons-le comme on veut, mais une question reste : Pourquoi Nkurunziza n’a pas évoqué un seul point sur la sécurité intérieur du Burundi lors de son unique discours à ses pairs, étant rehaussé par la présidence de son pays –Aout 2014- de la CARIC (Capacité Africaine de Répondre Immédiatement aux Crises) au sein de l’Union Africaine ?

D’autre part, un fait reste : des pays expérimentés dans le maintien de la paix, pays à appuyer financièrement et techniquement, Obama citera le Ghana, l’Ethiopie, le Sénégal, la Tanzanie et le Rwanda, mais la liste exclut le Burundi. Cela dit, la rencontre du Chef de l’Etat Burundais avec le General Rodriguez de l’Africom fut absolument importante. Plus encore, le fut son entretien avec la Sénatrice Karen Bass qui revint aux inquiétudes de l’action des jeunes affiliés aux politiques, citant nommément les « Imbonerakure ».

Pour revenir au thème du sommet, si le ministre Burundais de l’énergie était de la délégation du Président Nkurunziza , reçue par Ernest Moniz – Secrétaire à l’énergie- à Washington, à la fois faut-il se réjouir d’un pas remarquable quant à la production énergétique –environ 300 mégawatts- au vu de ses dimensions et potentialités, mais déplorer que les réalisations datent de longtemps et que le pays n’en exporte qu’entre 20 et 25 mégawatts.

Et si la stratégie Burundaise était …

… pour se développer, il faille planifier, faut-il aussi communiquer. A considérer la liste officielle des invités du secteur privé africain, par exemple, les pays comme l’Afrique du Sud ou l’Ethiopie mettaient en avant leur compagnie de transport aérien. Le Rwanda alignait la direction nationale de l’énergie. Bref, lors un tel sommet de hautes politiques et stratégies économiques, l’offre technique de la Chambre du Commerce et de l’Industrie au Burundi (CFCIB) – alignée par le Burundi- reste générale. C’est très étrange quand il faut négocier avec les USA, à la culture du détail.

Du plan « Power Africa » initié par Obama lors du sommet et dont la Banque Mondiale aurait déjà entamé le financement, l’ancien ministre Burundais du plan suggère une stratégie de communication de haut niveau pour bénéficier des 37 milliards de dollars. « Nous sommes gâtés par la nature, de l’eau presque partout, du soleil et de la pluie. Il ne nous reste probablement qu’une chose : trouver de bons lobbyistes auprès du Congres et de l’exécutif Américain, qui avanceraient nos plans de développement, une fois bien élaborés. » (Bihute,D.). Ce qui est évident, si « Power Africa » implique, pour un pays comme le Burundi, « petite industrie Burundaise ». Celle-ci ne saurait jamais être ni vivable ni compétitive que ce soit à l’intérieur du pays ou dans la sous-région, encore moins dans la sphère mondiale. Bref, l’initiative devrait être comprise, d’abord par les africains eux-mêmes. En outre, ce n’est qu’une condition naturelle pour toute économie, pour la vie en général, Bihute se rappelant de Lénine qui disait que « Le socialisme c’est l’électrification de la Russie ».

Mais encore, le débat reste. Qu’offrirait le Burundi au reste du monde ? Partons de l’amère et notoire réalité Burundaise selon laquelle le secteur privé est très faible. En effet, si l’exploitation des ressources naturelles ou l’investissement en général nécessitent un accompagnement de ressources humaines qualifiées, « nous devrons développer une agro-industrie digne de sa diversité, rendre l’artisanat et le tourisme modernes » défend Bihute Donatien. Mais dans tout cela, la transparence resterait le mot clé dans ces projets, si le pays se doit de sortir du tunnel.

Enfin, si Nkurunziza s’est joint à ses homologues de l’EAC et exposer sur la région à la Chambre de Commerce Américaine, « Le Burundi, vu sa position géographique, il reste gagnante à s’allier à ces autres pays, au lieu de projeter seul. Par exemple, le pays commencerait par attirer des investisseurs régionaux et réfléchir à devenir la plaque tournante de ladite région, prenant conscience de son statut de pont entre la RDC et l’EAC », pense l’économiste Bihute.
Ressources humaines, disions-nous. « Le Burundi devrait être le premier à changer de mentalités et négocier un rapprochement avec l’Amérique dans le cadre de la formation des jeunes et le renforcement des capacités. Ainsi, il serait prêt à s’ouvrir à ce géant mondial et ainsi accueillir diverses opportunités qu’il offre. Sinon, les autres pays voisins et lointains le dilueront éternellement, malgré ses capacités et positionnement. », conseil de John B. Manirakiza.
A rappeler aussi que Nkurunziza avait été accueilli sous coup de manifestation de Burundais, en pleine Washington, DC : respects des droits humain et la libération de Pierre Claver Mbonimpa, tels sont les grands écrits qu’on retrouve encore sur des medias sociaux de cette diaspora qui déplore n’avoir pas rencontré le Président de leur patrie.

Enfin, et d’une anecdote, si le Mardi 5 Aout – pour le souper Présidentiel – le 1er Ministre Mauricien fut le premier a gravir les escaliers de la Maison Blanche et a serrer la main du couple Présidentiel Américain, et que le Roi Mswati III fut le dernier –contrairement au protocole habituel-, la balle est dans le camp du Burundi pour se choisir la place de l’ile Maurice ou du Swaziland.

Autant, en procédant avec un tel calcul, non seulement le sommet aura été plus qu’un pas, plus qu’un tapis rouge déroulé à Washington. Mais c’est encore de cette manière que le processus aura été dynamisé, pour l’intérêt des Africains et des Américains.

  7   Vos commentaires
  1. je croi que mrBihute a raison.le Burundi et notre generation sont entrain de perdre une occasion d’aller de l’avant economiquement.les mots cle que notre pouvoir n’a pas compri et qu’il ne semble pas comprendre aujoud’hui encore sont:planification,geostrategie,bonne gouvernance sans ca aucun espoirt.sans ca=somalisation,centrafrique.manque de vision de nos leader actuel(opposition ou gouvernement)

  2. A rappeler aussi que Nkurunziza avait été accueilli sous coup de manifestation de Burundais, en pleine Washington, DC : respects des droits humain et la libération de Pierre Claver Mbonimpa, tels sont les grands écrits qu’on retrouve encore sur des medias sociaux de cette diaspora qui déplore n’avoir pas rencontré le Président de leur patrie.

    • avatar Wise

      Courage son excellence le president .Gerageza ahubwo murabe ivyo MANIRAKIZA yahanuye ko vyoja imbere.See above

      « Le Burundi devrait être le premier à changer de mentalités et négocier un rapprochement avec l’Amérique dans le cadre de la formation des jeunes et le renforcement des capacités. Ainsi, il serait prêt à s’ouvrir à ce géant mondial et ainsi accueillir diverses opportunités qu’il offre. Sinon, les autres pays voisins et lointains le dilueront éternellement, malgré ses capacités et positionnement. », conseil de John B. Manirakiza

      • avatar Stan Siyomana

        @Wise: « Sinon, les autres pays voisins et lointains le dilueront eternellement… »
        Le BEAU PAYS DE MWEZI GISABO pourrait s’inspirer de l’exemple du Japon/ pays de l’Asie de l’Est.
        1. En resumant un chapitre de Chalmers Ashby Johnson (1931-2010), Meredith Woo-Cummings ecrit:
        « Johnson transmet la verite que l’Etat japonais etait, tout comme la Coree du Sud ou la Chine, eprouve/a hard bitten one et a choisi le developpement economique comme moyen de combattre l’imperialisme de l’Occident et ASSURER LA SURVIE NATIONALE… »
        (Voir Features of the Development State in East Asia ». A developmental State. Umrabulo, No.30, 3 rd quarter 2007, http://www.anc.org.za).
        2. Le chapitre en question est:
        Chap.2: Chalmers Johnson: The developmental State: odyssey of a concept, pp.32-60.
        In: Woo-Cumings, M. (ed.) (1999). The developmental State. Cornell University Press.
        Merci.

  3. avatar kaminuza

    Article compliqué à lire…

  4. avatar Stan Siyomana

    Mon commentaire est sur: « Du plan « Power Africa »….l’ancien ministre burundais du plan suggere une strategie de communication de haut niveau pour beneficier des 37 milliards de dollars… ».
    1. $37 milliards? OU $26 MILLIARDS?
    Dans son discours, le president Barack Hussein Obama a dit:
    « Et pour le moment/and as of today…nous avons deja mobilise PLUS DE 26 MILLIARDS DE DOLLARS pour Power Africa depuis que nous avons annonce cette initiative (= 30 juin 2013 a Cape Town en Afrique du Sud)- 26 milliards de dollars (Applaudissement) »
    (Voir « The White House: Remarks by the President at the US-Africa Business Forum », http://iipdigital.usembassy.gov, 5 August 2014).
    2. Apparemment, LE BURUNDI NE POURRAIT PAS BENEFICIER DE « US PRESIDENT OBAMA « POWER AFRICA » INITIATIVE » puisque le Beau Pays de Mwezi Gisabo ne fait pas partie des SIX PAYS D’AFRIQUE SUBSAHARIENNE vises par cette initiative.
    L’Iinitiative vise (dans un delai de cinq ans?) construire des installations energetiques pour produire 30.000megawatts et fournir de l’electricite a au moins 60 millions de gens en Ethiopie (population totale de 94,10 millions), Ghana (25,91 millions de gens), Kenya (44,35 millions de gens), Liberia (4,29 millions de gens), Nigeria (166,21 millions de gens), Tanzanie (49,25 millions de gens).
    (Voir Kate Douglas: «  »Unpacking Power Africa: a good opportunity for the private sector? », http://www.howwemadeitinafrica.com, 18 August 2014).
    3. Dans une interview sur RT.com (RT = Russia Today/La Russie Aujourd’hui), Lawrence Freeman du magazine Executive Intelligence Review (en Russie peut-etre?/aussi?) a dit:
    « L’Afrique a besoin d’environ 1.400 gigawatts (GW) d’electricite (= 1.400.000 megawatts). Le Nigeria va avoir 2.000 megawatts supplementaires (= des 10.000MW announces initialement a Cape Town), alors qu’il a besoin en tout de 250.000 megawatts ».
    (Voir RT: « It is « powerless Africa » US program, not « Power Africa » as almost nothing is done », http://rt.com, 5 August 2014).
    Merci.

  5. avatar Citoyen(2)

    Vous en faites pas. tout juste après le sommet, notre cher président bien aimé est allé se trouver un autre interlocuteur qui ne lui pose pas tant de conditions pour lui dérouler un tapis rouge….euh…en Chine.

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