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Société civile : la « nyakurisation » aux portes

01-05-2012

Depuis le mouvement de grève générale lancé par la société civile, de nouvelles associations ont vu le jour. Leurs représentants sont réputés proches du parti présidentiel car ils participent aux activités du Cndd-Fdd. Pour plusieurs observateurs, la société civile risque d’être très politisée.

Dimanche, 22 avril 2012 au bar « La Guinguette », ex-Otraco, à l’avenue de l’Imprimerie située à Nyakabiga 3. Des militants du Cndd-Fdd de la commune Nyakabiga s’étaient donnés rendez-vous pour partager un verre. A l’ordre du jour, échange de vœux pour l’an 2012 et accueil de responsables du parti nouvellement élus. En effet, après le congrès national ordinaire du parti au pouvoir du 31 mars, il avait été convenu que des congrès communaux et provinciaux allaient aussi suivre. A Nyakabiga, les anciens dirigeants ont été également remplacés. Déo Nyagasani, représentant du parti présidentiel dans cette commune de la Mairie de Bujumbura est remplacé par une certaine Jacqueline. C’était donc l’occasion de remercier le représentant sortant et d’accueillir la nouvelle responsable. D’après une source fiable, Gilbert Bécaud Njangwa, représentant légal de la Plateforme Intégrale Burundaise pour l’Efficacité de l’Aide au Développement « Pisc Burundi » avait pris part à ces cérémonies. Selon toujours notre source, il a pris la parole dans ces termes « Tugire Cndd-Fdd » ou « Vive le Cndd-Fdd » où il a annoncé sa nouvelle adresse : « Celui ou celle qui aura besoin de mon aide n’a qu’à me retrouver dans la société civile. » Or, quand il a demandé l’agrément de son association Pisc Burundi, le 17 janvier 2012, il était encore commissaire au développement du parti Cndd-Fdd en commune Nyakabiga. Son association qui se réclame de la « société civile » sera agréée le 15 mars 2012, son fondateur Gilbert Bécaud Njangwa, portant toujours la casquette du parti au pouvoir.

L’origine de politiser la société civile

Tout commence le 27 mars 2012 quand un appel de grève générale lancé par la société civile est largement suivi dans tout le pays. PISC Burundi (Plate Forme intégrale Burundaise pour l’efficacité de l’aide au développement), un forum nouvellement créé (agréé par l’ordonnance ministérielle No530/387 du 15 mars 2012) fait une conférence de presse le 10 avril. Son représentant légal, Bécaud Gilbert Njangwa, dénonce la démarche de certaines associations qui tend vers une opposition politique jusqu’à donner « des ultimatums au gouvernement et au chef de l’Etat ». Dans la foulée, il exhorte ces associations de demander pardon au peuple burundais et à la communauté internationale endéans cinq jours. Pour certains observateurs, c’est une plateforme mise en place par le gouvernement pour diviser les associations de la société civile. Mais pour Bécaud Gilbert Njangwa, PISC Burundi a été créée dans un contexte où la société civile burundaise souffre d’un manque saillant d’un cadre de concertation entre elle-même d’une part, et entre elle et le gouvernement d’autre part.

Un cadre de concertation très controversé

Du 17 au 18 avril, un atelier de restitution des Etats Généraux de la société civile est organisé. Son objectif est la mise en place du cadre de concertation des associations de la société civile. Dans la salle de Cecores, sur la route Bujumbura-Gatumba, l’atmosphère est tendue. La tension est à son comble. Des mains se lèvent en cascade. Tout le monde veut parler. Les modérateurs sont dépassés. Il règne une ambiance tumultueuse. Cet atelier est encadré par le ministre de l’Intérieur, Edouard Nduwimana, présent dans la salle du début à la fin. Deux jours durant, les participants ne s’entendent pas sur la mise sur pied de ce cadre. Après des débats houleux, ils optent pour la formation d’un comité technique chargé d’étudier la faisabilité de ce projet. Dans la salle, deux camps se distinguent. Celui des anciennes associations qui sont contre ce comité et les associations nouvellement créées, qualifiées de « Nyakuri », qui sont pour. En prenant la parole, Bécaud Gilbert demande aux modérateurs de ne plus donner la parole à ceux qui sont contre la mise sur pied du comité. Finalement, 21 personnes sont choisies. Seuls les représentants du secteur des droits de l’Homme ne donnent pas de représentants. Pour certains, c’est un forcing de la part du ministre de l’Intérieur. Pour Pierre Claver Mbonimpa, président de l’Aprodh, c’était préparé d’avance. Selon lui, les débats étaient dirigés indirectement par le ministère de l’Intérieur. Selon toujours Pierre claver Mbonimpa, certains membres de ce comité travaillent dans différents ministères et même à la présidence de la République. Il parle d’une stratégie du gouvernement de vouloir museler la société civile.

« On ne peut pas servir deux maîtres à la fois »

Armel Niyongere, président de l’observatoire de l’intégrité de la société civile pour la mise en œuvre effective des organisations de la société civile s’étonne de cette attitude. Pour lui, un représentant ou un membre du comité doit avoir une neutralité politique. Armel Niyongere estime que c’était prévisible que certains membres de la société soient affiliés aux partis politiques : « Lors de la mise en place de la structure technique, des représentants de certaines associations ont été élus alors qu’ils sont membres du parti au pouvoir. » En outre, explique-t-il, le ministre de l’Intérieur était présent et il n’a rien dit : «Il orientait plutôt le débat comme il veut alors qu’il devrait se comporter comme un observateur neutre. » Il constate alors que les intérêts de la société civile ne sont pas protégés parce que certains représentants ont une casquette politique. Il demande alors au ministre Nduwimana de revoir cette structure pour que tous les secteurs soient représentés. Sans oublier de lui donner la mission et le mandat. Armel Niyongere indique que Denis Karera, nouveau président de la ligue des jeunes Imbonerakure est en même temps président du Conseil national de la jeunesse. Et d’ajouter que le Docteur Pierre Kazihise de l’Acopa-Burundi en même temps directeur de l’INSP est le président du conseil communal de Rusaka en province Mwaro. Armel Niyongere demande au ministre de l’Intérieur de retracer les missions des membres de la société civile pour différencier les activités du parti à celles des organisations de la société civile. Pour lui, le ministre de l’Intérieur doit analyser l’intégrité et la neutralité politique des responsables des organisations de la société civile avant l’agrément.

Njangwa s’explique

Gilbert Bécaud Njangwa confirme sa présence dans la fête à Nyakabiga. Selon lui, il était là pour dire au revoir à ses anciens compagnons. Concernant le fait de dire « Tugire Cndd-Fdd », il indique que c’est normal car, d’après lui, il aurait pu le dire dans n’importe quel parti. Selon toujours Njangwa, il a quitté le parti au pouvoir pour se consacrer à la société civile parce que cette dernière a des problèmes liés à la non exécution des programmes du gouvernement par certaines associations de la société civile. Ils sont aussi liés à un manque d’un cadre de concertation entre la société civile, le gouvernement et les partenaires. Njangwa était commissaire au développement dans la commune de Nyakabiga. Il était également parmi les cadres d’appui au commissariat chargé du développement en Mairie de Bujumbura. Il est entré au Cndd-Fdd en 2006 en provenance du parti PARENA. Contacté par Iwacu, le révérend pasteur Léopold Banzubaze, président de ce comité technique promet de s’exprimer après avoir mené des enquêtes approfondies. Iwacu a essayé de joindre Edouard Nduwimana, ministre de l’Intérieur sans succès.

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