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Société

Société/ Peur de la répression et gains de misère

Alors que le Burundi célèbre son 54ème anniversaire de l’indépendance du Burundi, des marchandes ambulantes vivent à nouveau dans la peur de l’arbitraire.

Des vendeuses étalent leurs produits au centre-ville.

Des vendeuses étalent leurs produits au centre-ville.

Dans un coin presque cachée, sous un soleil accablant, un groupe de femmes aux vêtements usés essaient de vendre leurs agrumes tout en restant aux aguets. «On en voit de toutes les couleurs, les policiers nous pourchassent et quand ils nous attrapent, soit ils piétinent nos produits soit ils les embarquent dans leurs voitures », témoigne un vendeur de fromage, père de 7enfants.

En effet, le gouvernement a décidé de chasser du centre-ville les marchands ambulants. Ils sont désormais obligés de louer un emplacement dans un marché officiel. Mais leurs ressources sont de plus en plus maigres. Et la répression est sans pitié. Certaines vendeuses confient qu’elles avaient déjà passé plus de trois nuits en prison : « Quand les policiers nous attrapent, ils nous emprisonnent et nous relâchent 3 jours après avoir payé une amende.»

Elles ont de plus en plus du mal à survivre à cette crise économique dans laquelle s’enfonce le pays. «Avant avec seulement 2000 Fbu je nourrissais ma famille, mais avec la flambée des prix, il faut au moins 5000 Fbu à quand tu n’as pas une flopée d’enfants». Le kilo de haricot qui était à 700 Fbu s’achète aujourd’hui à 1100 Fbu, la farine de manioc qui s’achetait à 500 Fbu est actuellement à 1000 Fbu. Ces vendeuses confient qu’elles ne parviennent plus à subvenir aux besoins essentiels de leurs familles.

Leurs enfants sont réduis à la mendicité

« Nous travaillons à perte », lance une d’elles. « En rentrant chez moi, croiser le regard de mes enfants affamés m’arrache le cœur », renchérit une autre tout en indiquant qu’elle vit dans la peur de retrouver ses affaires dehors car elle n’a plus les moyens de payer son loyer.

La situation est de mal en pis laisse entendre une autre vendeuse vivant à Buterere : « Mes enfants ont dû abandonner l’école. Ils ne peuvent pas y aller le ventre creux. »


La célébration déchantée

Alors que le Burundi fête le 54ème anniversaire de son indépendance, la vie de biens de citadins a tourné au vinaigre depuis le 1er juillet dernier. Témoignages.

Les arrestations sont toujours monnaie courante à Musaga.

Les arrestations sont toujours monnaie courante à Musaga.

«Cette célébration n’est qu’une mascarade», se révolte Médiatrice, une habitante de Musaga. Cette mère d’un garçon de 3 ans a perdu son mari lors de la répression du 12 décembre. « Comment peut-on célébrer l’indépendance alors qu’à Musaga une personne se fait tuer presque chaque semaine, les personnes souffrent et d’autres sont au chômage. »
Médiatrice peine toujours à joindre les deux bouts du mois. Elle n’arrive pas à cacher son ras le bol : « Beaucoup de familles sont sans nouvelles des leurs depuis des mois. C’est déplacé, voire indécent de leur demander de célébrer quoi que ce soit. »

De père de famille au célibat

« L’indépendance inclut aussi le droit à l’expression, à la libre circulation des personnes. Sans cela, la célébration du 54ème anniversaire ne rime à rien. » C’est le coup de gueule d’Elvis dont l’existence ne diffère dorénavant en rien avec celle d’un célibataire.

Suite à l’insécurité qui règne dans le quartier de Cibitoke, il décide alors au mois de juin 2015 de déplacer sa femme et ses trois enfants vers le Rwanda. «Financièrement, ce déménagement a été difficile et ça l’est toujours. »

Son travail de taximan, assure Elvis, ne parvient pas à subvenir aux besoins de sa famille, toujours au Rwanda. « Je suis parfois obligé de ne m’alimenter qu’une seule fois par jour, pour leur envoyer de l’argent. »

En outre, il fait savoir qu’il ne rend pas visite à sa famille à sa guise : « La voie terrestre n’est pas toujours sûre, beaucoup de jeunes hommes se sont faits arrêter de retour du Rwanda. »

Alors que le calme semble s’établir dans les quartiers dits contestataires, la peur et la psychose des arrestations règnent toujours à Musaga. Raffles et arrestations sont monnaie courante dans cette zone que pas mal de jeunes hommes ont vidé.

Richard affirme qu’il ne rentre plus chez lui les dimanches de peur d’être arrêté. « Tous les lundi, à la première heure, la première et la deuxième avenue de la zone Musaga sont quadrillés. C’est connu. »

Au moment où il vient de passer deux semaines dans un autre quartier, Richard affirme qu’il ne se sent pas concerné par la fête de l’indépendance : « Je vis toujours la peur au ventre, je passe des jours sans rentrer chez moi, à quoi rimerait cette célébration.»

Signalons que dans les quartiers « contestataires », notamment à Mutakura et Musaga, des maisons sont toujours vides.


Le CNPK débordé

Le Centre Neuropsychiatrique de Kamenge a enregistré le plus grand nombre de consultations psychiatriques pendant la crise. Alors qu’en mai 2015, ces consultations se chiffraient à 576, le centre a enregistré à peu près 1000 visites en février 2016. Avec la crise, avait expliqué frère Hyppolite Manirakiza, certains patients sont venus en mimant avec leurs bras des fusils imaginaires et faisant semblant de tirer. « D’autres sont venus en chantant ‘’non au 3ème mandat’’, ‘’attention aux policiers’’, d’autres font de la gymnastique de combat, etc. », poursuit M. Manirakiza. Selon Jean Jacques Narambe, coordinateur de qualité des services, statistiques, formation et sensibilisation, la crise y est pour quelque chose dans l’augmentation de ces consultations psychiatriques.

Evolution des consultations psychiatriques au CNPK (D’Avril 2015 à Février 2016)

CNPK

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