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Le passé non composé

Servir de modèle de réconciliation

14-03-2015

Les Burundais vont élire de nouveaux dirigeants en 2015. Des coalitions politiques se font et se défont. A Kayanza, la population y voit davantage des visées électoralistes qu’une réconciliation entre politiciens.

 A Butaganzwa, les politiciens sont invités à se dire la vérité et ainsi à servir de modèles de  réconciliation ©Iwacu

A Butaganzwa, les politiciens sont invités à se dire la vérité et ainsi à servir de modèles de réconciliation ©Iwacu

« Le grand handicap de la réconciliation se trouve dans les hautes sphères dirigeantes du pays. Ils ne veulent pas se réconcilier. Ce qui ne manque pas d’avoir un impact négatif sur les petites gens », déclare Emmanuel Uwitonze, un habitant de la commune Butaganzwa, province Kayanza. Et quand les politiciens se divisent, poursuit-il, le bas peuple n’est pas épargné. Cet homme donne l’exemple des coalitions qui se forment aujourd’hui. Avant de se coaliser, ils ne se disent pas la vérité, ce qui fait qu’après un certain moment, il n’est pas rare de voir des gens d’une même coalition se déchirer. En 2010, explique-t-il, après la victoire du parti Cndd-Fdd, certains partis se sont coalisés dans l’Alliance des Démocrates pour le Changement (Adc-Ikibiri). Mais actuellement, fait-il remarquer, cette alliance s’est fragilisée avec le départ d’Agathon Rwasa pour fonder une autre coalition à savoir le Ranac. Morelle Ntirampeba, un autre habitant de cette commune, abonde dans le même sens. Remontant à l’époque des négociations d’Arusha, il affirme que les politiciens y sont allés pour le partage des postes. « L’objectif ultime n’était pas de renforcer l’unité, de mettre de côté les conflits qui les opposaient et ainsi d’éviter de retomber dans des cycles de violences », souligne-t-il, tout en reconnaissant que cela a été une base de rapprochement. Pour se réconcilier, M. Ntirampeba estime qu’il faut être véridique et faire éclater la vérité au grand jour. Insistant sur les coalitions qui sont en train de naître, il ne doute pas que leurs visées premières ne sont pas la réconciliation : « C’est pour se renforcer afin de conquérir le pouvoir et ainsi avoir les postes souhaités. »
Il donne l’exemple du Rassemblement National pour le Changement (Ranac) réunissant principalement les Fnl pro Agathon Rwasa et l’Uprona pro Nditije. De par l’histoire, précise-t-il, quand on entend parler de ces deux formations, la question ethnique ressurgit. Pour lui, cette coalition est formée pour des visées électoralistes et non pour se dire la vérité et se réconcilier.

Quant à Emmanuel Uwitonze, il évoque des divisions qui s’observent parmi les politiciens, quelques jours après la conquête du pouvoir.

Ces deux hommes convergent sur cette conclusion : « Si réellement les politiciens s’investissaient dans une vraie réconciliation en servant de modèle, ça faciliterait la réconciliation au niveau de la base. »

« Dépassons ce qui nous a dépassés ! »

RwasaAgathon Rwasa, président du Fnl non reconnu par le pouvoir, demande à la population plus de compréhension : « Les gens devraient comprendre que nous nous mettons ensemble pour mettre un terme à tous ces problèmes qui hantent notre chère patrie. » Le pays doit marquer des pas en avant. Pour y arriver, il est indispensable, dit-il, de se mettre ensemble non pas pour des intérêts sectaires, mais pour l’intérêt général. Ainsi, le leader historique des Fnl trouve que la coalition RANAC n’a rien d’étonnant : « L’important est de comprendre que le pays nous appartient à tous. » D’après lui, si aujourd’hui les Upronistes s’assoient avec les Fnl, il n’y a aucun problème. « C’est plutôt un modèle à suivre. »

En ce qui est des négociations d’Arusha, il signale que les politiciens ne sont pas allés là-bas pour mettre fin aux chicaneries politiques. Et nonobstant la signature de l’accord, le leader historique des Fnl rappelle que les Burundais ont vécu d’autres périodes très dures. Et d’en déduire que ce sont surtout les négociateurs qui en ont profité. M.Rwasa affirme qu’il est prêt à coopérer avec la CVR.

« Se coaliser offre l’occasion d’échanger sur les points de discorde »

Tatien SibomanaTatien Sibomana, porte-parole du Ranac et membre du parti Uprona pro Nditije, indique que les Burundais sont allés à Arusha parce qu’il y avait un conflit entre eux, notamment la question de partage du pouvoir, la discrimination ethnique, la criminalité, etc. M.Sibomana souligne que ces échanges ont donné des orientations pour résoudre le conflit burundais. Il estime qu’un pas a donc été franchi, mais n’a pas répondu totalement à la soif de la population en rapport avec le rétablissement effectif de la paix. « Ce pas doit nous servir de point de départ pour aller de l’avant et reconstruire notre pays », précise-t-il, tout en assurant que leur coalition avec les Fnl n’a rien de scandaleux. « L’Uprona a travaillé avec le Frodebu, mais personne ne s’est posé de question. Aujourd’hui, certains Upronistes sont ensemble avec le Cndd-Fdd et cela ne cause pas de problème. »

Tatien Sibomana comprend parfaitement les habitants de Butaganzwa : « La mise en application de l’Accord d’Arusha n’a pas été effective. Mais, c’est une base sur laquelle on peut construire pour aboutir à une réconciliation durable. » Pour lui, la coalition RANAC entre parfaitement dans la logique de l’Accord d’Arusha. Et de déclarer : « Notre coalition constitue un exemple d’une meilleure réconciliation. » Aujourd’hui, conclut-il, 70 % des Burundais affirment que ce n’est pas une ethnie qui tue, mais un mauvais pouvoir.

  4   Vos commentaires
  1. "Je suis Johnathan Nkurunziza"

    Papa, tugira twigure General, aho kwigura igihugu cacu?
    Oyaye ndavyanse.
    Maman, tuzohungira hehe ni vyashuha? Warabonye ayo Simone Bagbo abonye?

    Duhitemwo neza maman na papa, duhe amahoro abarundi natwe turonke ayandi. Turacari bato kandi ntaco dukenye

    • Ndikumana Roger

      Voilà les manières!!!
      Ndajorewe nukuri!
      Uyu mwana bamuhane bivuye derrière; yige imigenzo myiza yikirundi.
      Kirazira kuvugana ivyokurya mu kanwa.
      Syi!!!

  2. Ndikumana Roger

    Ces paysans de Butaganzwa le résument bien.
    Malheureusement certains intellectuels têtus continuent à penser que la raison est le monopole de ceux qui ont fait les amphithéâtres.

    • KABADUGARITSE

      « Have ndahicare »! Voici les seules motivations de tous les prétendants aux changements; je dis bien « tous ». L’exemple le plus flagrant se trouve dans les différents changements intervenus au niveau de la première présidence de la République. On l’a remarqué rapidement car cela se passe au sommet de l’État. Et bien, la même scène se passe dans les différentes administrations au bas de cette échelle.-

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