Économie

Secteur de la téléphonie mobile : la Banque Mondiale n’est pas contente

15-04-2014

Le malaise des opérateurs de la téléphonie mobile est également perçu côté Banque Mondiale qui soutient le développement du secteur.

Revendeurs de credit telephonique ©Iwacu

Revendeurs de crédit téléphonique ©Iwacu

Pour aider et éclairer le gouvernement dans ses décisions concernant le renouvèlement des licences qui se faisait attendre, la Banque Mondiale a financé une étude en vue de présenter des propositions claires et cohérentes et, enfin, sortir de l’impasse.
Après l’étude, le rapport a été présenté la semaine du 22 juillet 2013 à tous les partenaires du secteur, y compris les opérateurs de téléphonie.
Le rapport proposait plusieurs formules (et prix) pour les licences, et une analyse de l’impact sur le secteur – ainsi que sur les recettes du gouvernement selon la formule. En effet, un des rôles de la Banque Mondiale est de soutenir et renforcer les pays et leurs autorités publiques (gouvernement, régulateur) en matière de développement et de créations de richesses.

Mais apparemment et très curieusement, l’étude et le rapport (et donc les recommandations) n’ont pas reconnus comme pertinent ni utilisés puisque le régulateur n’en parle plus et ne s’y réfère pas.
Est-ce un bon moyen de remercier la Banque Mondiale ? On peut se poser la question.

Le projet MAN, le doublon

Autre objet de frustration à la Banque Mondiale, celle-ci avait également financé une étude sur un autre projet auquel le gouvernement tient beaucoup : le projet MAN de l’ONATEL. Le MAN (Metropolitan Area Network) est un projet pour doter la ville de Bujumbura avec son propre réseau à fibre optique.

Mais beaucoup de personnes se posent la même question : « Pourquoi aurait encore besoin de ce projet alors que BBS a déjà creusé tous les coins de la ville avec ses tranchées pour poser la fibre ? »
Pourquoi l’Onatel a-t-il encore besoin d’un tel projet, d’autant qu’il est actionnaire dans BBS ?

En 2007, le gouvernement s’est battu (avec succès) pour obtenir un don de $10,5 millions de la Banque Mondiale afin de couvrir le territoire national avec un réseau performant de fibre optique. Cette tâche a été confiée à la société BBS, un grossiste neutre composé des opérateurs de la place, dont l’Onatel.
Pour la Banque Mondiale, le don au Burundi était justifié et nécessaire car une grande partie du réseau de BBS sert à des endroits non commercialement rentables. Une société privée va donc se lancer véritablement dans le développement.

L’étude sur le MAN en question financée par la Banque Mondiale était censée démontrer l’utilité ou non de deux réseaux (celui de MAN et celui de BBS) superposés.
L’étude devait analyser les possibilités d’harmonisation des deux projets pour éviter encore des dégâts dans la ville, et éviter la concurrence déloyale, ainsi que le double emploi des ressources précieuse et limitées de l’Etat.
Le rapport des consultants a lui aussi été livré au régulateur. Mais, encore une fois, silence radio depuis lors. Ce rapport n’a jamais vu le jour. Pourquoi ? On peut supposer que le rapport des experts n’était tout simplement pas favorable à l’idée de mettre en place deux réseaux quand, un seul suffit largement.

Mais en lançant le projet MAN et en accordant à la société vietnamienne Viettel tous les droits, y compris une autorisation de se lancer dans la fibre optique, sans obligation de couvrir l’ensemble du territoire national, et sans caractère de grossiste comme BBS, c’est tout simplement une promotion de la concurrence déloyale ! Ce que la Banque Mondiale supporte mal. Tenu par le devoir de réserve, un haut cadre la Banque Mondiale confie sous couvert d’anonymat : « ça ne devrait pas être la vocation du gouvernement de se lancer dans les projets commerciaux alors que des privés (BBS) s’en chargent avec succès et font le projet de développement. ça devrait être l’inverse. »

A l’ère de la privatisation et du désengagement du gouvernement de la gestion commerciale des sociétés et des investissements – secteur dans lequel les privés ont déjà et depuis longtemps démontré leur supériorité, il est étrange que le gouvernement se lance dans le projet MAN, surtout si les bruits qui courent sont vrais à propos du coût exorbitant du contrat fournisseur. Le prix qui est évoqué est de $9 millions pour 130 km, donc $70,000 par km. La moyenne devrait se cibler dans les $20,000 à $30,000 par km en réseau urbain en Afrique. C’est beaucoup plus cher dans les pays développés, mais Buja c’est presque rural comparé à Bruxelles, Kampala ou Nairobi. On peut aussi comparer ces montants à celui consacré par BBS : $15,000 par km, tout confondu.

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