Droits Humains

Ruyigi : « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? »

C’est le cri de détresse de deux jeunes filles de la commune Butezi abusées et violées depuis l’âge de 11 ans par leur père. Il y a quelques années, elles ont fui le domicile familial. Aujourd’hui, elles décident de porter plainte contre leur papa. Un mandat d’arrêt a été émis.

Egide Kagabo : « C’est honteux pour notre communauté. Les autres vont dire que les Batwa n’évoluent pas » ©Iwacu

Egide Kagabo : « C’est honteux pour notre communauté. Les autres vont dire que les Batwa n’évoluent pas » ©Iwacu

« Il nous a tué, il a bousillé notre avenir », confient avec des larmes dans les yeux J.N, 18 ans et sa petite sœur J.R, 15 ans. Deux jeunes filles Batwa de la colline Munyinya, zone Bwagiriza en commune Butezi. Elles ont claqué la porte de la maison familiale à cause de leur père, Joseph Kadende. Maintenant, elles ne peuvent plus retourner chez elles. Les deux jeunes filles ont trouvé refuge dans la ville de Ruyigi : «Notre père nous a signifié que si nous n’acceptions pas de coucher avec lui, nous ne remettions plus jamais les pieds chez nous.»

Leur histoire est une suite d’horreurs : « Il a commencé à abuser de moi quand j’avais 11 ans », indique J.N. Dès l’enfance, selon elle, son père battait tous les jours leur mère en l’accusant d’adultère. Ce fut ensuite le tour de ses filles. «Il nous accusait de coucher avec des garçons et que dorénavant, c’est lui qui va le faire.» Et d’ajouter qu’il les battait avant de les violer. Cette situation dure trois ans. A 14 ans, J.N décide de se chercher un mari (« Kwigemura« ) pour échapper à son père. Mais, le « mariage » ne dure pas. Ma belle famille, confie-t-elle, m’insultait tous les jours, me rappelant à chaque instant que j’ai couché avec mon père. Son mari a fini par la chasser. Elle se refugie à Bugenyuzi en province Karuzi.

Sa petite sœur a subi elle aussi les mêmes sévices. D’après J.R, ces abus ont commencé elle aussi à 11 ans. «Lorsque je revenais de l’école, mon père me tabassait en me disant que j’étais avec des garçons. J’ai fini par abandonner les études.» J.R indique qu’elle était traumatisée car elle ne pouvait pas jouer avec les enfants des voisins. «Enfants et certains adultes la chassaient en la traitant de diablesse », confirme un voisin de cette famille. Un jour, alors qu’il venait de la battre parce qu’elle refusait de coucher avec lui, J.R décide de le dénoncer à une position de police tout près de chez elle. Les policiers le tabassent et l’ordonnent de ne plus abuser de ses enfants. «Après cette épisode, il m’a banni de ses enfants. J’ai préféré fuir.» Elle avait 12 ans.

Elles ont peur pour leur petite sœur

Les jeunes filles font savoir qu’elles font partie d’une fratrie de neuf enfants. Six filles et trois garçons. La dernière fille a 13 ans et vit encore à Munyinya. «Nous pensons qu’elle subit les mêmes horreurs que nous.»
Toutes les filles sont passées par là. D’après les voisins, Joseph Kadende aurait demandé à ses fils de ne pas se chercher des femmes ailleurs car il les a mis au monde pour eux. Ces mêmes voisins affirment que cet individu avait été incarcéré dans les cachots de la zone Kayongozi en commune Bweru pour cette affaire mais qu’il a été relâché au bout de quelques jours : «Comme il ne peut pas changer de comportement, qu’il soit arrêté. Nous voulons rester avec notre mère.» C’est la demande des jeunes filles. D’après elles, leur mère ne pouvait rien dire. Quand elle protestait, tous étaient enfermées dans la maison. «C’était horrible. On se soulageait dans la maison.»

Egide Kagabo, représentant des associations des Batwa en province Ruyigi, demande aussi son arrestation. «C’est honteux pour notre communauté. Les autres vont dire que les Batwa n’évoluent pas.» Même son de cloche de la part de Patricia Bikeke de la CAFOB Ruyigi. Pour elle, il faut des enseignements à cette communauté en matière de la loi.
D’aucuns se demandent si réellement Joseph Kadende est sain d’esprit. Ses voisins sont catégoriques : il se porte à merveille. Iwacu a cherché en vain à le contacter. Toutefois, un mandat d’arrêt a été émis contre lui par le parquet de Ruyigi.

  9   Vos commentaires
  1. Ibara

    Oya n’ukuri … sinzi n’ibikoko qu’ils se comportent de la manière. Maze kubona canke kwunva vyinshi …homosexualité, bestialité, inceste … maintenant la societé essaie de tout normaliser. Il faut avoir des normes quand même … tout n’est pas permis non plus moral. Je me demande si bientôt on acceptera que les parents marrient légalement leur progéniture. It’s not fair to the kids and the perpetrator (parent) need big time help or punishment!!!

  2. Video

    Fabrice: Un Bukuru Maurice Bis!!!! Wewe utanga inkuru mbi gusa. wari umaze imisi ucereje kugira ngo wiburukane iyi nfkuru. T>ubwire sha aho ivya rya barabara bigeze. Erega na hariya mu cankuza hariho inkuru ziteye igomwe ariko utavuga…

    • kamaramaza Decent

      KAMARAMAZA
      La méconduite morale et ses conséquences ne sont pas à imputer a Dieu. Il nous a donné l’intelligence, la liberté et la volonté pour discerner le bien et le mal et se décider dans l’agir. Il n’est donc pas responsable des travers et des scandales. Il nous aime, nous accompagne et nous éclaire lorsque nous le voulons bien. Sinon tout acte peccamineux est porteur de ses propres conséquences pourries. Veuillez approcher cet homme en difficulté et redressez-le autrement que par la prison.

  3. gezaho

    J’ai honte de lire cet article en entièreté. Cette histoire sent vraiment mal! Je crache dessus…!

  4. Stan Siyomana

    1.Egide kagabo: (« C’est honteux pour notre communaute. Les autres vont dire que les Batwa n’evoluent pas »).
    Je ne vous comprens pas du tout.
    Pour moi, c’est comme si vous consideriez ca comme un simple probleme de « manqué d’evolution » (= manque de developpement social), et c’est comme si (implicitement du moins) vous nous dites que traditionnellemet les Batwa commettaient l’inceste.
    2. C’est quand meme bizarre que tous ces crimes aient eu lieu sur DEUX filles dans une famille si nombreuse ou il y a la mere, les frères et les autres enfants. Sans oublier les voisins aussi. Et personne n’a rien dit?.
    Merci.

    • KECURU Stephanie

      Userukira abatwa yashatse kuvuga mu mvugo ya diplomatie ko uyo mugabo yagumije akaranga. nashaka mbabwire yuko isi icuritse mu myaka iza kumbure abuzukuru bacu bazoba bageze muri ivyo nyene. ninde yokwibajjije umusi umwe ko patiri yohezagiye ibigabo bibiri ngo genda murongorane, canke ibigore bibiri ngo ngenda murongorane. Chomsky yanditse a propos de la fabrication du consentement(manufacturing consent), bien que censuré comme risque de tomber sur la même coupe mon commentaire, parce que ne inscrivant pas dans la pensée unique,mwibaza ko atavuga ingorane ihanze isi mugabo ibona abantu bake caane. Niyo babemeza ko atangorane kurongora abo mwavyaye, bakazana n’ama droits de l’homme atagira umutwe n’amaguru na toute une armada des media pour vous l’inculquer, muzobibona ibisanzwe.
      Uramvye arabona.

  5. Vuvuzela

    Les 2 interventions precedentes semblent considerer ce que les filles ont dit comme verite et accusent deja le papa sans avoir pris le temps de connaitre la version de ce dernier.

    Ne nous pressons pas dans les conclusions bagenzi, surtout dans des affaires tres graves comme celle-ci.

  6. Gorora

    Il ya des lois que « toutes communautes » ont peut-etre besoin d’apprendre. Mais, tout humain (meme les fous)sait qu’il ne dort pas avec ses filles/fils. Que justice soit rendue, pas uniquement pour cet homme mais aussi pour d’autres cas. Uwo mugabo amaramaza abavyeyi bose!!@

  7. Justine Mutetsi

    C’est un probleme de sante psychopatique et non un probleme de societe. Il faut plutot chercher ou le faire guerir dans des centres specialises comme en Inde ou en Europe. Mais le probleme est que personne ne sera pret a le prendre en charge. Encore moins le gouvernement malheureusement!
    Pourtant je pense et crois bien que l’homme a besoin d’etre soutenu.
    Sinon je ne crois pas que Dieu a oublie Ruyigi a cause du comportement de cet homme. Il faut chercher ailleurs si du moins c’est le cas.

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