Politique

Rumonge : un climat de méfiance perceptible

04/12/2017 Félix Nzorubonanya 1

Les rapatriés accusent les résidents d’occuper leurs champs et certains d’entre eux regagnent de nouveau l’exil par manque de terres. Les déplacés internes assimilés aux migrants sont stigmatisés voire discriminés. Que de frustrations, la violence couve.

Des maisons abandonnées par les rapatriés du village de Mutambara après avoir pris de nouveau le chemin de l’exil

En commune de Rumonge, cinq villages dits de paix ont été construits pour accueillir les rapatriés depuis l’année 2007, ces personnes rentrées d’exil cohabitent avec des personnes vulnérables. A côté de ces sites, fait remarquer un élu local, vivent les résidents.

Dans le village de paix de Mutambara, certaines maisons commencent à s’écrouler parce qu’elles sont à l’abandon. Les propriétaires, des familles rapatriées les ont laissées pour reprendre le chemin de l’exil. Leurs voisins confirment ces départs.

Des rapatriés rencontrés dénoncent un manque de solidarité avec les résidents à cause des conflits fonciers les opposant, ce qui crée un climat de méfiance.

Ces rapatriés fustigent le fait que les résidents ont saisi la Cour spéciale des terres et autres biens pour casser les décisions rendues par la CNTB (Commission nationale terres et autres biens).

Ils parlent également de lenteur des juridictions, de manque de moyens financiers et matériels. «Bon nombre de rapatriés n’obtiennent pas gain de cause et perdent par conséquent tout espoir».

Certains résidents accusent les rapatriés d’avoir reçu injustement des propriétés foncières des résidents à travers la CNTB en présentant des faux témoins sur base d’une solidarité négative.

Le chef de colline Mutambara a une toute autre lecture de ces nouveaux départs. «Certains rapatriés sont démunis et retournent en Tanzanie pour rendre visite à leurs parentés et amis restés dans ce pays, ce qui fait que certaines maisons se retrouvent aujourd’hui inoccupées».

Selon lui, même des résidents qui n’ont pas de terres cultivables vivent dans les mêmes conditions que les rapatriés.
Il indique que le ministère à la Solidarité nationale et le ministère de Développement communal ont promis d’initier des activités génératrices de revenus pour le compte de ces rapatriés.

«Conditions de vie très difficiles»

Les résidents : «Les rapatriés veulent tout prendre»

Athanase Masumbuko, président de l’association, URB (Union des rapatriés du Burundi) fait savoir que les rapatriés d’une manière générale vivent dans des conditions difficiles. «La plupart d’entre eux n’ont pas encore eu accès à leurs biens».

Les rapatriés connaissent beaucoup de problèmes liés à leur réintégration dont le manque des terres cultivables car 98% de ces derniers sont des cultivateurs. «Il y a également le problème d’accès à la santé, à la justice et à l’éducation de leurs enfants».

Certains villages de paix ne sont pas alimentés en eau potable et n’ont pas non plus d’infrastructures sanitaires. Il y a peu d’activités génératrices de revenus dans ces villages. «Ces rapatriés peinent à faire vivre leurs familles».

Pour Athanase Masumbuko, c’est par manque de solidarité que les rapatriés se réintègrent difficilement dans la société. «Sur certaines collines rapatriés et résidents se regardent en chiens de faïence à cause des conflits fonciers les opposant».

D’après le président de l’URB, il y a aussi une lenteur de la Cntb à traiter les dossiers relatifs aux conflits fonciers. Selon lui, il n’y a pas assez de réunions de sensibilisation de la part des autorités administratives afin de concilier les points de vue des uns et des autres pour une meilleure cohabitation.

Des déplacés internes, des laissés-pour-compte

Les anciens sites des déplacés internes en province de Rumonge se sont transformés en villages comme c’est le cas pour le village de Rutongo en commune de Muhuta, Musave en commune de Rumonge, Rutwenzi et Gatobora en commune de Burambi.

Le village de paix de Mutambara quelques mois après sa construction

Dans ces sites, indique une élu local, ces déplacés mènent une vie que certains résidents envient et cela crée un climat de méfiance entre les deux communautés. «Ces résidents accusent souvent à tort ces déplacés internes d’être des voleurs».

Pour les nouveaux cas de déplacés internes consécutifs à la récente crise, indique-t-il, c’est l’anonymat. «Tout le monde sait qu’ils sont là sur différentes collines». Selon lui, ils ne sont même pas enregistrés et certains d’entre eux préfèrent vivre à Rumonge pour essayer de gagner leur vie.

B.A, un déplacé rencontré sur la colline Mutambara parle de stigmatisation : «Nous sommes assimilés aux migrants et nous sommes victimes de discrimination de la part de la population résidente.» Ce qui est regrettable, déplore-t-il, c’est que nous sommes souvent accusés de tous les maux.

Certains observateurs indiquent qu’en cas d’élection au niveau de ces collines ou quartiers, chaque groupe ou composante de la communauté choisit le leur.

Pour ces derniers, les conflits fonciers, la stigmatisation conjuguée à discrimination sous différentes formes, créent des tensions entre différents groupes au niveau de certaines localités. «Nous sommes assis sur une poudrière».

Forum des lecteurs d'Iwacu

1 réaction
  1. roger crettol

    Gouverner, c’est prévoir …
    [ Propos d’ un blanc, Émile de Girardin (1806-1881) – donc inacceptables pour tout honnête Burundais. ]

    Votre article donne son juste relief à la décision – si légitime, n’est-ce pas ? – de votre Président en place de briguer un troisième mandat.

    Alors que la gestion des problèmes fonciers – soulevés par le retour de Burundais issus de vagues d’exil plus anciennes – place population résidente et rapatriés devant des problèmes ardus à résoudre …
    … votre Président-à-redites a, par ses choix, gratifié votre pays d’une nouvelle couche problèmes. Qui manquaient absolument au bonheur du peuple burundais, je sais.

    Fort de ces étincelantes qualifications, que va donc faire le gardien de l’Unité du Pays ?

    JerryCan s’est absenté. Il rit derrière un arbre, pour ne pas gâcher votre fête.

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