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Jeunes et femmes debout

Rugombo, le joyau aux mille atouts

Adossée contre le Congo, mais aussi contre le Rwanda, cette commune située à une soixante-dizaine de kilomètres de Bujumbura étonne par son modernisme, qui alterne avec une nature luxuriante. Un contraste de toute beauté.

Traversée de la Rusizi.

Traversée de la Rusizi.

À l’extrémité nord-ouest du Burundi, la commune Rugombo se trouve dans une région plate comme la main. Ses champs, qu’on peut contempler à perte de vue, ressemblent plus à des jardins biens dessinés qu’à des plantations. Ici et là c’est parterres verdoyants de riz, de maïs, de légumes de toutes sortes.

Mais Rugombo reste avant tout une commune urbaine. Elle possède deux centres importants, situés chacun à une distance de 15 kilomètres.

Les deux zones constituant la commune sont : la zone Cibitoke, chef-lieu de la province Cibitoke, sorte de centre administratif en pleine expansion, et la zone Rugombo proprement dite, le nerf économique de la région. Au milieu de ces deux centres se trouve Dogodogo, un petit lac étonnamment riche en produits lacustres.

Une commune gâtée par la nature

Dans le coucher du soleil, des minuscules barques, se meuvent silencieusement sur la surface ridée de Dogodogo. Pagayant silencieusement à l’aide de copeaux en plastique, les pêcheurs du lac vont, deux fois par jour (matin et soir), à la pêche de plusieurs sortes de poissons : tilapia, kambale, inunge, etc.

Au bord du lac, des dizaines de personnes, besaces à la main, attendent le retour des pêcheurs. Et parmi eux, Wai et Kun, venus faire une acquisition spéciale. « Les escargots d’ici sont moins chers, et plus frais que ceux qu’on fait venir de la capitale », explique Wai. Une aubaine pour les pêcheurs qui voient en ce business inhabituel une issue de secours en période de vache maigre. Ce qui n’empêche pas Antoine Nsabiyaremye de s’esclaffer, et de remercier aussi le lac Dogodogo, qui lui permet de vivre et de nourrir sa famille en dehors de l’agriculture.

Pourtant, le lac Dogodogo, site touristique très fréquenté par le passé, s’est vu dépouillé, au cours du temps, de ses visiteurs. Tout comme le site des eaux thermales situé à la frontière du Burundi et du Rwanda, à une dizaine de mètres de la rivière Ruhwa. « Pourtant, ces eaux sont réputées guérir différents maux de la peau », regrette Egide Ndikuriyo, l’agent taxateur du site.

À côté de ces atouts naturels, Rugombo possède deux industries importantes : BUCECO, spécialisée dans la fabrication du ciment, RUGOFARM, dans la fabrication d’huile végétale. Ces industries fournissent du travail aux jeunes de la région.

Des relations uniques avec les pays voisins

Rugombo, la commune verte.

Rugombo, la commune verte.

Piste de traversée de Rubenga, mercredi 16 décembre. Comme à chaque jour de marché à Rugombo, qui coïncide avec les jours de marché de Ruvungi au Congo voisin, ce passage maritime se réveille. Personnes, vélos ou motos chargés à ras-bord, acheminent toutes sortes de produits sur les bords de la rivière Rusizi. Les mêmes mouvements s’observent du côté congolais. À un moment donné, les services de taxe ayant pris place, les agents de « douane » (militaires pour le Burundi, policiers pour le Congo) déverrouillent les barques en fer, le passage est ouvert.

Cubwa Sifa, une jeune mère de Rugombo, vient régulièrement emprunter ce passage à chaque fois qu’elle veut rendre visite à des parents vivants à Ruvungi au Congo. Tout comme Aimable Nalanda, qui vient de Ruvungi ce jour, pour une visite familiale. « C’est un lieu utile qui nous permet de voyager sans problème, un trait d’union entre nos deux pays», apprécie-t-il. Cette traversée coûte 1200 francs au citoyen du Burundi, et 1000 francs congolais (environ 2200 Fbu) au citoyen de la RDC.

Cette cherté est toute logique car naviguer sur la rivière Rusizi n’est pas chose facile. Pour pouvoir affronter le courant impétueux, les barques, chargées de personnes et de biens, doivent progresser à la lisière de la rivière, où le courant est moins fort. Arrivée à une certaine distance, le piroguier précipite l’embarcation dans les flots. Il faut une expérience pour pouvoir manœuvrer la pirogue et la diriger vers l’autre rive juste à l’aide d’une longue tige en bois, mais les piroguiers de Rugombo semblent l’avoir dans le sang.

À part Rubenga, il existe d’autres pistes de traversées pour aller en RDC : Matama, Kigazura, Rusiga. Et pour traverser vers le Rwanda, un poste frontière moderne a été construit sur la Ruhwa. Au fil du temps, Rugombo est devenue une sorte de carrefour pour personnes et biens, ce qui lui permet de se développer comme nulle autre commune dans la province Cibitoke.


Atouts et défis majeurs

Atouts : Un climat favorable, la fertilité du sol, la proximité avec deux pays voisins, la présence de centres industriels, des sites touristiques non négligeables (Dogodogo, eaux thermales et cimetière des Allemands). La population nombreuse peut constituer un atout au moment où elle devient une main d’œuvre active.

Défis : Le chômage des jeunes diplômés, les aléas climatiques, la démographie galopante, la négligence du secteur touristique.

Rugombo en quelques lignes

La commune Rugombo est une des six communes de la province Cibitoke. Elle est frontalière avec deux pays, le Rwanda au nord, et à l’Est la RDC. Côté burundais, elle est frontalière aux communes Buganda, Mugina et Murwi.

Elle est composée de trois zones : Rugombo, Cibitoke, Kiramira. Selon le recensement de 2008, sa population était de 78 527 habitants, mais aujourd’hui, elle est estimée à plus de 150 000 habitants. Cette population est répartie sur une superficie de 237,70 km².

Son économie est basée sur l’agriculture, l’élevage et le commerce.

Dans le domaine de l’éducation, elle la seule à avoir une université dans toute la province Cibitoke, à savoir l’East African Star University, qui compte environ environ 200 étudiants
Et dans le domaine de la sécurité, comme le souligne Béatrice Kaderi, administratrice de la commune, « la situation est très satisfaisante.»

Anecdotes

Rugombo n’a rien à voir avec la boisson populaire « Rugombo » !
Cette boisson provient de la commune Mugina. Ce nom vient du fait qu’auparavant la commune Mugina était incluse dans la commune Rugombo.

Dogodogo serait, à la base, une fosse pour toilettes !
Selon des histoires populaires, l’eau aurait jailli de ce trou et se serait étendue pour devenir cette immense marre qu’on connaît maintenant. Légende ou vérité ?


Rugombo s’exprime…

Malgré sa prospérité, comparée aux autres de Cibitoke, cette commune est confrontée à des problèmes auxquels la population voudrait que des solutions soient trouvées.

Gédéon Ntakarutimana : « Multiplier les activités génératrices de revenus »

Gédéon NtakarutimanaPour ce musicien-chanteur, « se cantonner aux activités primaires est tout simplement contreproductif ». Car, selon lui, au vu de la démographie galopante de la région, plusieurs personnes n’auront plus de terres à cultiver d’ici quelques années.

« Une des conséquences est l’inflation, qui va aller croissant », alerte-t-il. Pour ce, poursuit-il, l’État devrait penser à soutenir les différents projets personnels, et particulièrement ceux des jeunes.


Pascasie Nininahazwe : « Il faut diffuser un instruction de base »

Pascasie NininahazweCette paysanne énumère quelques problèmes liés à l’ignorance, fréquents sur sa colline: récoltes détruites par l’érosion, des problèmes sociaux, particulièrement dans les ménages, et le chômage.

Et pour elle, il faudrait apprendre à la population paysanne comment protéger leurs terres. Mais aussi procéder à la vulgarisation des droits et des devoirs des conjoints, sans oublier aussi de trouver des occupations aux jeunes.

 

Wilson Nsengiyumva : « Soutenir tous les métiers sans discrimination »

Wilson Nsengiyumva« En tant que chanteur, on ne survit que grâce à quelques concerts, qui ne rapportent pratiquement pas grand-chose », regrette le jeune homme.

Tout comme Gédéon, il réclame de la part d’Etat une loi qui protège les artistes et leurs produits, et ainsi pouvoir vivre de son métier. Sinon, avertit-il, la force de cette jeunesse continuera à être récupérée par des gens sans scrupules, qui l’utiliseront dans des actions répréhensibles.


Charlène Habonimana, l’étoile montante du cyclisme

Charlène devient championne nationale en 2015 sur les pistes de Karusi.

Charlène devient championne nationale en 2015 sur les pistes de Karusi.

À seulement 18 ans, cette jeune fille est la championne nationale du cyclisme, catégorie féminine. Un statut qu’elle utilise pour venir en aide aux jeunes cyclistes de Cibitoke.

« Ma passion pour le vélo vient de loin », se remémore Charlène. Enfant, elle est émerveillée par une cousine qui fait des tours amusants à vélo, ce qui la décide elle-même à apprendre à rouler. C’est en 2008. Le cyclisme professionnel va venir plus tard, sans qu’elle s’y attende.

Un club de cyclistes masculins de Rugombo la remarque d’une façon particulière. « Un jour, je vois des gars venir chez moi, et me demander : ‘c’est toi la fille qu’on a vu à vélo, portant cinq bidons, chacun de 20 litres’? », évoque-t-elle, sourire aux lèvres.

Ce sont les débuts de Charlène dans le cyclisme professionnel. Mais comme elle-même le souligne, ils ne sont pas faciles. Mis à part le fait qu’elle doit apprendre à conduire un vélo professionnel, elle qui n’est accoutumée qu’à des ‘‘matabaro’’ (vélos communs, à tout faire), elle doit aussi se confronter à la disparition de son tout premier club recruteur. Un autre défi, c’est le fait de s’entrainer avec hommes, mais cela finira par être un atout. « Courir avec des hommes m’a aideé à pousser mes capacités à la limite », se félicite-t-elle.

Une ascension éclair

Décembre 2014, elle court pour la première à Bujumbura dans une compétition nationale. Elle finit à la troisième place. Quelques mois plus tard, en avril 2015, elle étonne plus d’un en décrochant le haut du podium dans une compétition nationale, catégorie féminine, organisée à Karusi.

« Je n’en revenais pas moi-même », confie-t-elle. Car, selon elle, les cyclistes de Gihanga lui semblaient imbattables. Elle est tout de suite sollicitée à Karusi, sa province natale, pour créer un club féminin. De retour chez elle à Cibitoke, elle participe dans la création du tout premier club féminin.

Charlène est une jeune fille décidée, talentueuse, promise à un bel avenir. Mais, comme le soulève l’un des journalistes sportifs qui la connaît depuis les débuts, elle pourrait s‘éteindre rapidement si elle n’obtient aucun soutien, « elle qui aurait pu pourtant porter le cyclisme burundais au niveau international.»

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