Jeunes et femmes debout

Rugazi, bienvenue chez les self-made-men

15-02-2016

Portant bien son nom, cette commune aux mille palmiers est un petit paradis forestier. Rugazi est aussi l’exemple typique de jeunes et de femmes qui ont choisi de prendre leur avenir en main.

Charbonnières de Rugazi

Charbonnières de Rugazi

Prendre la route sinueuse menant vers le centre Rugazi ressemble à un voyage dans le temps. Le paysage qui s’offre au regard est digne d’une vieille carte postale.

Monts et vallées, couverts d’une verdure éclatante, se succèdent ; des troupeaux de vaches, marchant nonchalamment au bord de la route, exaspèrent tout voyageur pressé.

Ruce, la zone la plus reculée de la commune, est couverte d’une multitude de pins, et plus loin, on s’enfonce dans la forêt naturelle de la Kibira, une des plus denses du pays. Ruce est aussi connu pour son marché de bétail, où troupeaux de tous les coins de la région convergent, et où des vaches grasses se vendent comme des petits pains.

Rugazi n’est pas qu’une contrée rurale. Situé sur la RN9, Muzinda, une autre zone de la commune, est un centre urbain très fréquenté et en constante expansion. Les habitants de Bujumbura ne rechignent jamais à aller s’approvisionner dans cette localité, pas très éloignée de la capitale, et où la viande et les produits frais règnent en maîtres incontestés.

Le combat des femmes

Rugazi, un paradis forestier

Rugazi, un paradis forestier

Assises dans un four de charbon de bois éteint, Dorothée Nteturuye et ses compagnes ramassent des morceaux de ce combustible pour le charger dans des sacs, sans se soucier des nuages de poussière que soulèvent leurs mains fébriles. Si le travail de charbonnier est perçu comme typiquement masculin, les circonstances changent parfois la donne.

« Le seul travail champêtre ne suffit plus à nos besoins, et on a dû chercher un plan B », confie cette femme sèche comme un roseau. Et de s’investir alors dans la fabrication du charbon de bois, un travail qui rapporte nettement plus.

Ces dures circonstances ont obligé presque toutes les femmes à combiner la houe et d’autres activités. Francine Ndayishimiye, en plus d’être cultivatrice, est aussi vendeuse. Son petit commerce d’oignons lui permet d’écouler sa production et d’être plus indépendante de son mari. Un phénomène qu’on remarque dans la plupart des petits marchés de la commune, comme à Tebero dans la zone Rugazi, où ce petit marché est à majorité tenu par des femmes.

Pour Innocent Karambara, le conseiller technique chargé des affaires sociales et administratives dans la commune Rugazi, « leurs » femmes occupent une place importante. « Même parmi les élus locaux, les femmes sont représentées, et participent donc activement dans le développement de la commune », souligne-t-il.
…et les jeunes à l’avant-garde.

Les jeunes de la commune Rugazi sont confrontés au même problème que la jeunesse de tout le pays, le chômage. Mais à Rugazi, ils ont décidé d’y faire face, certains en se regroupant en associations, d’autres en faisant différentes sortes de travaux.

Alexis Nduwimana est extracteur de moellons. On le rencontre dans un des immenses carrières à ciel ouvert de Rugazi. Pour lui, c’est mieux que rester assis chez lui à ne rien faire, ou aller vivre une vie de misère dans la capitale. « Ceux qui n’ont rien à faire deviennent soit des bandits de grand chemin, soit sont récupérés par des politiciens mal intentionnés», prévient-il.

Noyée dans une immense palmeraie, tout près d’un ruisseau à l’eau trouble, la raffinerie de Jean Claude Manirambona est en même temps sa maison. Ce jeune de Rumonge est venu s’établir à Rugazi, suivant son grand amour, le palmier à huile.

Il a exporté une technique moderne d’extraction d’huile. Au moment où tout le travail se faisait à la main dans les différentes raffineries locales, lui et sa machine fait-maison abattent le travail d’une journée en une heure. « J’ai été automatiquement accepté dans la communauté, car ils ont vu que je venais contribuer au développement », se félicite-t-il.

Ayant grandi pendant la guerre, les jeunes de la région font tout pour ne pas retomber dans les affres du passé. « Rugazi Light Club » est une association de jeunes qui prône le dialogue entre les jeunes à travers la culture. Par des sketches et des danses, ce collectif appelle les jeunes à la retenue et à préserver leur avenir. « Au moment où l’administration n’est plus à mesure de nous encadrer, il faut que nous nous prenions en main, oublier nos différences et participer au développement du pays », propose Adolphe Irambona, fondateur et président de l’association. Un appel qui semble avoir été compris par Anitha Nduwarugira, danseuse et membre de l’association. Cette jeune fille souligne qu’apprendre le vivre ensemble est la seule clé pour accéder au développement, l’unité étant le socle de toute entreprise.


Atouts et défis majeurs

Atouts: un sol fertile, la forêt naturelle de la Kibira, des sites d’exploitations de moellons de carrière. Un autre élément important est sa situation géographique : être sur trois régions naturelles lui permettant la présence de plusieurs sortes de cultures.
Défis: aléas climatiques, le manque d’électricité, l’absence de route macadamisée à l’intérieur de la commune,…

Rugazi en quelques lignes

La commune Rugazi est une des cinq communes de la province Bubanza. Sa superficie est de 157,58 km². Elle s’étale sur trois régions naturelles, à savoir l’Imbo, les Mirwa, et le Mugamba. Elle est composée de trois zones : Rugazi, Ruce et Muzinda formant 14 collines. D’après le recensement de 2008, sa population est estimée à 57 881 habitants.

L’économie de Rugazi repose principalement sur l’agriculture, l’élevage, le commerce et l’exploitation forestière.

Et dans le domaine de l’éducation, comme le souligne Innocent Karambara, Conseiller technique chargé des affaires sociales et administratives, « la commune possède 46 écoles fondamentales et 13 écoles secondaires. »


Rugazi s’exprime…

Devant l’absence d’un encadrement efficace de la part de l’administration, les jeunes de cette commune se sont pris en mains, mais plaident toujours pour un soutien externe. Pendant ce temps, les femmes appellent à un éveil de la conscience.

Léonard Ndayizeye, « prenons-nous en mains!»

Léonard NdayizeyePour ce jeune homme de l’Association des Jeunes pour la Solidarité, le chômage est une réalité, mais la jeunesse pourrait s’en sortir si elle se mettait ensemble. « Dans notre région, beaucoup de gens font des études en se basant sur le passé, quand l’Etat pourvoyait encore du travail, mais cela a changé », s’exclame-t-il.

« Il faut que nous prenions notre destin en mains, et se regrouper dans des associations peut nous protéger des individus qui veulent nous manipuler », suggère-t-il.

Quant aux jeunes illettrés, il lance un appel aux ONG qui viennent à cette catégorie de personnes : « Il faut des comités de suivi pour garder un œil sur l’utilisation des aides octroyées. »

Isidonie Ntunzwenimana, « il faut soutenir les initiatives. »

Isidonie NtunzwenimanaAprès avoir abandonné ses études en 9ème secondaire, cette jeune femme s’est tournée vers le commerce. « Mais pour y arriver, j’ai dû m’associer avec d’autres jeunes», fait-elle savoir. Ce qui a suivi est une vraie success-story. Maintenant, son association dispose d’une caisse commune qui parvient à payer les soins de santé pour tous les membres.

Cette jeune femme demande un soutien aux différentes ONG qui encadrent la jeunesse. « On a fait les premiers pas, et on en est fier. Reste un coup de pouce qui pourrait nous faire évoluer », plaide-t-elle. Car pour Isidonie, être dans une association permet aux jeunes d’être plus soudés, et ne plus être la proie des politiciens mal intentionnés.

Denise Ndabacekure, « la première pauvreté est l’ignorance »

Denise Ndabacekure« Les femmes devraient bénéficier de formations et d’encadrement », y va Denise d’emblée. Cette cultivatrice entre deux âges est convaincue que l’ignorance dans laquelle baignent certaines femmes est la grande cause de leur pauvreté.

« Et les hommes en profitent pour quitter leurs foyers et fréquenter des femmes plus nanties, sous le silence assourdissant de leurs épouses légales », regrette-elle.


Adolphe Irambona, « l’union fait la force ».

Ce jeune homme de 26 ans a rassemblé les jeunes de sa région autour d’un élément fédérateur, la culture. Une initiative qui continue à porter ses fruits…

Adolphe IrambonaLors de toutes les représentations, Adolphe joue toujours le rôle de maître de cérémonies. De sa voix posée, il ne se lasse jamais de répéter à qui veut l’entendre que « tant les jeunes ne se mettront pas ensemble pour discuter de leurs problèmes, ils continueront à comprendre les choses différemment, et à réagir inconsciemment.»

Voilà le leitmotiv qui l’a poussé à fonder l’association Rugazi Light Club, avec des amis d’enfance. A travers danses, chants et sketches, « ses » jeunes sillonnent la commune Rugazi en diffusant des messages de paix, et de prévention contre le sida, la faucheuse d’avenir.

Un parcours sans erreurs

Né sur la colline Rugazi, Adolphe y fait son école primaire, mais finit ses études secondaires dans la capitale au cescom (Centre Scolaire Multidisciplinaire) dans la section « Conducteur des travaux). Actuellement il poursuit ses études à l’ENS dans la faculté Génie civile, BAC III.

Pour Jacques Muganji, ami et vice-président de l’association Rugazi Light Club, Adolphe a été le chantre de la notion de reconnaissance mutuelle, une philosophie qui a séduit les jeunes et les a poussés à le rejoindre dans l’aventure.

Actuellement, se félicite Adolphe, leur association est populaire, incontournable, sollicitée à chaque événement organisé dans la commune Rugazi.

  2   Vos commentaires
  1. Inyankamugayo

    Voilà ce qui va développer notre patrie!

    « Nous n’avons mangé gratuitement le pain de personne; mais, dans le travail et dans la peine, nous avons été nuit et jour à l’oeuvre, pour n’être à charge à aucun de vous. Ce n’est pas que nous n’en eussions le droit, mais nous avons voulu vous donner en nous-mêmes un modèle à imiter. Car, lorsque nous étions chez vous, nous vous disions expressément: Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus.
    Nous apprenons, cependant, qu’il y en a parmi vous quelques-uns qui vivent dans le désordre, qui ne travaillent pas, mais qui s’occupent de futilités. Nous invitons ces gens-là, et nous les exhortons par le Seigneur Jésus Christ, à manger leur propre pain, en travaillant paisiblement. » dixit St Paul.

    Si une fois la corruption qui gangrène notre pays est combattue comme il le faut, le pays avancera sans l’aide empoisonné de l’Occident.
    « Travailler prenez de la peine, c’est le fond qui manque le moins ». J. De La Fontaine

  2. aimé

    Bravo nos frères et sœurs du Burundi ,le travail est la clé du succès .

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