Politique

Reprise d’un dialogue bloqué

17-07-2017

Le Bureau de la facilitation a annoncé un autre round pour ce mois de juillet. Alors que le dialogue est dans l’impasse, certains évoquent déjà une rencontre de trop.

La facilitation de Mkapa annonce le prochain round pour ce mois de juin

Souvenez-vous, le 20 mai dernier, le rapport du facilitateur Mkapa sonnait quasiment le glas du dialogue. Il rappelait notamment sa demande d’une intervention de l’EAC, restée lettre morte. Au contraire, Museveni, président de l’EAC et en même temps médiateur dans la crise demandait à l’Union européenne de lever ses sanctions contre le Burundi.

Mais, malgré tout, le Tanzanien n’a pas jeté l’éponge. Mkapa a décidé de retrousser ses manches. « « Nous nous préparons à relancer le dialogue pour ce mois de juillet. Tout est prêt, sauf quelques éléments » a annoncé l’assistant personnel du facilitateur, Macocha Tembele. M. Mkapa doit s’activer, il s’était fixé fin juin pour décrocher un accord. Nous sommes déjà mi-juillet. Sur cet échec, la facilitation renvoie dos à dos les protagonistes : « Ils ont refusé de s’asseoir ensemble pour une raison ou une autre, évoquée soit par le pouvoir ou l’opposition »

Bujumbura n’a pas chômé

Bujumbura n’a pas chômé pendant ce temps. Le Conseil national de sécurité, dirigé par le président Nkurunziza lui-même s’est réuni du 20 au 21 juin 2017. L’application des conclusions du rapport de la Cndi aboutissant à l’amendement de la Constitution ainsi que le rapatriement du dialogue externe étaient au menu du Communiqué final.

Quelques jours après, il y a eu la session de Kayanza organisée par l’ombudsman. Le pouvoir et l’opposition ont engagé des discussions, à bâton rompu. Et il y a également cette résolution signée ce 27 juin par certains partis politiques proches du pouvoir qui semblent reprendre les conclusions du Conseil national de sécurité.


>>Réactions

Le Cndd-Fdd : «Une intervention étrangère pas nécessaire. »

Le secrétaire général de ce parti, Evariste Ndayishimiye espère du prochain round les conclusions du dialogue. Selon lui, les objectifs du dialogue externe ont été atteints. Il s’agit de renforcer la sécurité, rétablir un climat de confiance, procéder au rapatriement des réfugiés et préparer les élections de 2020. « Nous sommes assez avancés dans le processus. » Evariste Ndayishimiye indique que les défis en suspens ne nécessitent pas une intervention étrangère.

Agathon Rwasa : «Manque de volonté.»

Le premier vice-président de l’Assemblée nationale n’exclut pas l’hypothèse d’un dialogue à Bujumbura. A condition que la volonté d’en finir avec cette crise habite tout le monde. Or, regrette-t-il, Bujumbura prend avantage de la situation par le verrouillage de l’espace politique. Selon l’acteur politique, l’intolérance politique s’est installée, et il n’y a pas moyen pour un autre parti politique de se préparer aux élections. Raison pour laquelle le cadre de dialogue d’Arusha a sa raison d’être.

Vital Nshimirimana : « Une lenteur extrême de la médiation.»

A côté de la réticence du gouvernement du Burundi à participer au dialogue, il y a le constat d’une lenteur extrême de la médiation et de la facilitation. Il y a aussi une confusion de la part de ces deux organes à bien maîtriser le conflit burundais et à donner une orientation claire. Selon Vital Nshimirimana, une série de mesures doivent être prises par la médiation. Il faut exiger l’arrêt de la violence, la reprise du dialogue sans conditions ainsi que la jouissance des droits et l’abandon de l’amendement de la Constitution.

Jean Marie Nduwimana : «Clôturer le dialogue. »

Pour le président de la société civile Pisc Burundi la relance du dialogue par le facilitateur a pour objectif d’enlever les irrégularités observées pendant le déroulement du dialogue, notamment la présence des personnes poursuivies par la justice. Il s’agit aussi de clôturer le dialogue et préciser que le rapport de la facilitation va accompagner celui de la CNDI, afin de préparer les élections de 2020.


Analyse

Thierry Vircoulon

Thierry Vircoulon

Pour l’analyste Thierry Vircoulon de l’International Crisis group, depuis 2015, un dialogue entre le régime et l’opposition est demandé par l’ONU, l’UA, l’UE, l’EAC et d’autres partenaires. A la place de ce dialogue il y a eu une série de rendez-vous manqués organisés par le facilitateur de l’EAC et le dialogue est dans l’impasse. Il indique qu’à cela il y a trois raisons.

Premièrement, le pouvoir burundais a clairement et à plusieurs reprises récusé ce dialogue : il estime, d’une part, que le seul dialogue valable est la consultation de la population qu’il a organisé unilatéralement et qui exprime la « voix du peuple »; il estime, d’autre part, que certains interlocuteurs de l’opposition au lieu d’être écoutés méritent l’arrestation. Depuis 2015, l’année où a émergé l’idée du dialogue, il n’y a eu aucun progrès : les motifs de forme ont souvent été utilisés pour faire en sorte qu’il n’y ait pas de rencontre sur le fond. Un dialogue suppose deux interlocuteurs, or il n’y en a qu’un seul pour le moment.

Selon toujours l’analyste, la seconde raison de l’impasse est l’EAC elle-même qui a démontré ses limites. Elle n’est pas la bonne organisation pour cette médiation car elle est politiquement inefficace. Outre le fait que le secrétaire exécutif de l’EAC soit un fidèle du régime burundais et que cela pose des problèmes de confidentialité pour la médiation, les raisons du refus de l’EAC de prendre la crise burundaise à bras le corps sont nombreuses. La première tient à l’appréciation de la dangerosité de la crise burundaise. Pour plusieurs présidents de la région, cette crise qui fait plus de 400 000 réfugiés n’est pas très grave et est actuellement maîtrisée par le pouvoir.

La seconde raison tient au positionnement de chaque gouvernement de l’EAC vis-à-vis du régime burundais actuel. Au sein des voisins du Burundi, les avis sont très différents et oscillent entre l’hostilité affichée (Rwanda), la complaisance silencieuse (Tanzanie, Ouganda) et l’indifférence (Kenya). Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que l’EAC ne parvienne pas à définir une position commune sur la crise burundaise.

Enfin, la troisième raison renvoie à la partie d’échecs que jouent actuellement les membres de l’EAC et qui réduit considérablement la capacité d’action collective de l’EAC. La « coalition of the willing » formée par l’Ouganda, le Kenya et le Rwanda face à la Tanzanie semble ne pas avoir résisté à l’affaire du pipeline qui doit permettre l’exportation du pétrole de l’ouest de l’Ouganda. Le régime ougandais a préféré le projet long (jusqu’en Tanzanie) au projet court (jusqu’au Kenya) pour exporter son pétrole. Les rivalités entre Dar, Nairobi et Kampala autour de l’enjeu majeur de puissance que représentent les hydrocarbures et leur exportation battent leur plein au sein de l’EAC et elles ne font que commencer. Toutes ces raisons expliquent la passivité de l’EAC face à l’extension silencieuse et régulière de la crise burundaise. Et Thierry Vircoulon de conclure : « Les Burundais font les frais des dissensions au sein de l’EAC et de la soi-disant subsidiarité entre l’UA et les organisations régionales africaines. »

  15   Vos commentaires
  1. aimee

    Nous avons vraiment un bon gouvernment democratic qui accept des negociations unitiles.
    Vraiment si toutes les parts polic et societes civiles demandaient les negociations a leur gvment au monde,de l’amerique a l’afrique il y aurait que des negociations infinis.
    Le seul but des negociations est la voix du peuple .TOT OU TARD on reviendra a cela.
    L’arusha accord est venu apres ndadaye et cela est une erreur.
    Seul la constitution des elections de ndadaye sont valable

  2. Parfait

    En lisant cet article, une très belle chanson de Pacy Nzitonda m’est venue en tête: « Ewe Burundi bwacu wishwe n’abo wavyaye »

  3. ls

    je n’ai jamais compris pourquoi certains articles sur la crise burundaise incluent des avis de « specialistes » etrangers. est-ce qu’on en a vraiment besoin ?

    • roger crettol

      C’est tout simple : comme la tradition africaine fait appel à l’oncle ou au grand-frère pour apaiser les confilts et y apporter la voix de la sagesse élaborée par une certaine société,
      ainsi on fait également appel à des observateurs extérieurs qui n’ont pas – à priori – d’intérêts directs pour favoriser une partie plutôt qu’une autre, en espérant que cet éclairage différent apporte une prise de conscience de la part des acteurs du conflit – en vue d’une résolution de ce confilt.

      C’est peut-être vexant d’être traités « comme des enfants » – mais si le conflit s’est cimenté, ce n’est pas la faute de ces observateurs extérieurs, non ?

  4. roger crettol

    Les positions « non-négociables » ont été établies d’entrée de jeu par le gouvernement, qui escamotait ainsi la première raison de cette crise.

    D’entrée de jeu également, le gouvernement a établi une liste d’opposants qui ne seraient pas reçus à la table du dialogue, sous prétexte qu’ils seraient impliqués dans la tentative de putsch. Dialogue en écho des positions gouvernementales dès le début.

    Fort du soutien de l’armée et de l’état-major, auxquels il est redevable, P. Nkurunziza campe sur des positions qu’ils juge imprenables et organise des simagrées de « dialogue intérieur » pour faire aboutir un rêve caressé depuis de longues années : se débarrasser des entraves des accords d’Arusha et réviser la constitution pour en faire un instrument qui verrouille son pouvoir – issu d’élections « libres, transparentes et démocratiques », rappelons-le. Et Zazie d’éclater de rire.

    On ne voit pas ce qui pourrait changer d’ici deux semaines. S’il reste à quelqu’un un ou deux miracles au fond de ses poches, qu’il en fasse usage. Maintenant.
    * * *
    Cette société verrouillée, affligée d’une justice à la botte, ne peut que reproduire les développements aberrants qu’on a vu à l’oeuvre dans la Russie et les ex-satellites de l’U.R.S.S : criminalité et trafic divers, corruptions, mépris du droit. Les trafics de jeunes burundaises découverts récemment en sont un exemple.

    C’est là l’héritage que laissera cette phase de la mainmise du CNDD-FDD sur la société burundaise. Glorieux héritage !

  5. Fofo

    L’analyste [spécialiste International de la Région des Grands-Lacs africains] semble n’avoir pas terminé son analyse…. Si selon lui, l’EAC n’est pas en bonne position pour trouver des solutions à la crise burundaise, qui est cette autre organisation qui est en cette bonne position? Peut être il a voulu dire l’EU [premier bailleurs de fonds de Bujumbura] est en bonne position!

    • Karabona

      Ni l’UE ni autre organisation internationale en l’état des choses, Fofo, tant que le pouvoir en place se sent en position de force, il ne négociera avec personne – qui n’a pas encore compris cette logique – cependant, ils n’ont pensé qu’au rapport de force militaire… or le pays s’essoufle, pénuries en pagaille, inflation, manque de devises et de pétrole, famines, etc… cette logique trouvera elle-même ses limites

  6. Jereve

    Il y a ceux qui sont au pouvoir qui font tout pour que rien ne change. Il y a ceux qui sont exclus du pouvoir qui font tout pour que tout change. Au bout du compte, il y a un pays déchiré, en pleine décadence. Enfin, il y a des millions de gens qui désespèrent et se demandent comment mettre un frein à cette descente aux enfers.

  7. turarushe

    Une très bonne analyse de Thierry Vircoulon. La balle reste dans les camps de l’UA et celui de l’ONU.

  8. Nininahazwe

    Il n’y a pas de raison à continuer un tel dialogue que tout le monde juge inutile. Le vrai dialogue se fera en 2020 quand on élira de nouveau le Président du Burundi. Seuls quelques personnes comme les ex leaders des manifestations de 2015 et putchistes pensent que le dialogue d’Arusha est utile car il peut leur permettre de rentrer sans être jugés mais ils n’auront pas gain de cause.

    • Niyomugisha

      @ Nininahazwe

      Je pense que vous vous trompez Mr ou Mme Nininahazwe. Ce dialogue est plutôt d’une grande utilité pour le peuple burundais dans les circonstances actuelles surtout (si vos lunettes sont assez équipées pour le voir évidemment !!). Mais bien, c’est aussi vrai, il n’est utile ni à ceux ou celles que vous qualifiez de l’opposition ou de putchistes, ni encore moins à vous ou aux autres trop zélés qui se réclament du pouvoir en place ! Ce dialogue est là pour attendre l’opportunité d’un prétendu « Sauveur» du peuple burundais qui rallierait (plus ou moins) le consensus des «Grands». Et le « Sauveur » si attendu ne proviendra nulle part ailleurs que de la table de ceux et celles qui se croient (peut-être avec raison, je n’en ai aucune idée), plus forts, plus indépendants et plus souverains que le peuple lui-même. !! Laissons le temps faire son travail; merci.

    • Semushahu

      Même nkurunziza qui était condamne a mort est rentré, le cndd-fdd devra les laisser rentrer de gré ou de force.

      • Banza

        @Semushahu
        Une parole qui reste trop longtemps en bouche devient de la salive (traduction libre d’un bel adage burundais); arrêtez cette chanson de mauvais goût qu’on a trop entendue.
        Suffit-il de le dire pour que cela se réalise?

  9. LANGA SOURCE

    Je suis très sceptique quant à la bonne issue de ce dialigue inter -burundais,car les vrais protagonistes ne veulent pas s’assoir autour d’une table et trouver un consensus politique.Ce dialigue risque fort bien d’accoucher d’une sourri.Pitié et compaction pour le peuple burundais.

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