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Vérité, Reconciliation, Justice

Qui aura droit au rapport de la CVR ?

La Commission Vérité et Réconciliation (CVR) pointe à l’horizon. Les Burundais se posent la question de savoir qui, outre le gouvernement, le parlement et les Nations Unies, aura le droit de consulter le rapport de la CVR.

Eric Nkengurutse, de l’Association des rescapés de Buta ©Iwacu

Eric Nkengurutse, de l’Association des rescapés de Buta ©Iwacu

Nous sommes dans la commune Mpingakayove, de la province Rutana, dans une vraie dépression du Kumoso. Les eucalyptus se dressent le long d’une route non goudronnée que la saison pluvieuse a rendu presqu’impraticable. Ici, comme dans le reste du pays, la future CVR suscite nombre de questions. L’une d’entre elles a trait à l’accès au rapport de cette Commission.
Ainsi, à l’instar de Jérôme Ndayizeye, un sexagénaire de Kumoso, la population de Rutana demande qu’il soit rendu public et largement diffusé : « Il faut publier ce rapport pour que la vérité soit connue, que les coupables des crimes soient punis et les innocents blanchis ». Une idée soutenue par Alexis Niyubona qui estime qu’avec la publication de ce rapport, la population aura l’occasion d’être informée sur le passé : « Une large publication de ce rapport aidera les Burundais à se réconcilier. Si on ne le publie pas, la vérité que nous cherchons depuis des années ne sera jamais connue et d’autres crimes pourront être commis ».

Se référant au fait que beaucoup de Burundais ne savent ni lire ni écrire, la population de Rutana réclame la diffusion dudit rapport sur les radios. Nitunga, citoyen de Mpingakayove, ajoute encore: « Il faut aussi se servir des chaînes de télévision pour atteindre tout le monde et permettre aux témoins de vérifier si réellement leurs témoignages n’ont pas été modifiés ou rejetés. »

Afin de se rapprocher autant que possible d’une réconciliation, la population de Mpingakayove demande au gouvernement de tout faire pour que les coupables soient connus, punis ou pardonnés si le pardon est demandé. Elle dénonce le fait que certaines enquêtes n’aboutissent pas à des résultats. « Ce qui entraîne une situation d’impunité et de vengeance », indique, sous couvert d’anonymat, un jeune homme de la commune.
D’ailleurs, les habitants de Rutana penchent en faveur de témoignages publics : « Ce sera très important, ça ne peut se faire à huis clos », signale Nitunga pour qui témoigner à huis clos revient à cacher la vérité ou à livrer de faux témoignages.

Jeanine Nahigombeye, de l’ONG Impunity Watch ©Iwacu

Jeanine Nahigombeye, de l’ONG Impunity Watch ©Iwacu

Le rapport de la CVR doit être public

Pour l’association des rescapés du Buta, un tel rapport doit être rendu public et accessible à tous les Burundais via différents moyens de communication. « Le rapport est destiné à toute personne qui en a besoin », indique Eric Nkengurutse, membre de ladite association, « il doit par ailleurs être traduit en kirundi ! » C’est dans ces conditions, selon lui, que tous les témoins pourront vérifier leurs témoignages. Il est convaincu que le rapport aidera les Burundais à connaître leur passé douloureux, ainsi que les causes des différentes crises et les auteurs des crimes. Eric Nkengurutse justifie ainsi que cela est nécessaire: « Afin de quitter notre histoire sombre qui a divisé les Burundais pour préparer un avenir meilleur. »

Au sujet de la mise en place de cette commission, M. Nkengurutse se veut optimiste : « Nous pouvons nous réjouir parce qu’il y a déjà un projet de loi. C’est la 1ère étape. Et le fait de penser à la mise en place de cette Commission, c’est déjà une chose positive ». Cependant, il précise que le plus important réside dans la composition de cette Commission. Il espère ainsi que les commissaires seront des hommes et femmes intègres.

Le rapport de la CVR en langue maternelle

« Le rapport de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) sera dans une langue qui peut-être comprise par tout le monde. Ca sera la langue maternelle, le kirundi », précise André Ndayizamba, député de l’Uprona et membre de la commission de la justice et des droits de la personne humaine chargée d’analyser le projet de loi sur la CVR. Et il sera aussi selon lui en français pour permettre à la communauté internationale d’avoir accès à ces informations. Il signale que les témoignages seront aussi faits en kirundi.
Il souligne qu’en Afrique du Sud, le rapport est dans les bibliothèques et sur internet. « Les victimes qui racontent le mal qu’on leur a infligé ou les témoins qui parlent de ce qu’ils ont vu, le font publiquement à l’exception des filles et des femmes victimes de viols », souligne-t-il.

« C’est aux rédacteurs du rapport de trier et de maintenir les témoignages jugés d’intérêt général »

Jeanine Nahigombeye, de l’ONG Impunity Watch, pense qu’en plus du président, du parlement et des bailleurs, les victimes et les témoins pourront avoir une copie du rapport de la CVR comme on le fait dans d’autres pays. Et cela dans le but de leur montrer que leurs témoignages ont été considérés. « C’est un message pour eux qu’on veut divorcer avec l’impunité, le mensonge et montrer aux victimes que leurs blessures ont été constatées et que le pays s’engage à œuvrer pour la non répétition ».

Elle souligne qu’il est impossible de travailler sur l’ensemble du passé du Burundi : « C’est seulement pour 1962-2008 ». Et dans ce cas, elle précise que toutes les victimes ne vont pas parler et certains témoignages seront publics et d’autres à huis clos. « Il reviendra alors, signale-t-elle, aux rédacteurs du rapport de trier et maintenir les témoignages jugés d’intérêt général. »
Jeanine Nahigombeye indique qu’on doit établir des listes par groupes : les listes des morts, des prisonniers, des personnes violées, etc. Et de conclure : « Seuls les responsables des crimes au haut niveau et au bas niveau seront connus. Il ne faut pas penser que tout sera connu et écrit ».

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