Politique

Qu’est-ce qui fait courir la nouvelle Assemblée nationale ?

Elus le 29 juin, validés le 17 juillet par la Cour constitutionnelle, les nouveaux députés ont siégé dans leur première session plénière le 27 juillet. Le bureau de la nouvelle Assemblée nationale(AN), est élu le 30 juillet. Un timing qui suscite des questions.

La  course de la nouvelle Assemblée nationale viserait aussi, la légitimation du troisième mandat de Pierre Nkurunziza

La course de la nouvelle Assemblée nationale viserait aussi, la légitimation du troisième mandat de Pierre Nkurunziza

Dès sa première session, cette chambre basse du Parlement a annoncé la couleur.Sur proposition de Pascal Nyabenda, alors président du parti au pouvoir, les députés du Cndd-Fdd ont adopté un amendement qui supprime le point 2 de l’article 19 qui stipule que la composition du Bureau doit respecter les équilibres ethniques et de genre.

Cette premiere décision de l’AN, si on considère la précipitation pour sa mise en place, ainsi que ses organes et le règlement qui la régissent, suppose un non dit. Avec l’entrée d’Agathon Rwasa à l’hémicycle de Kigobe, on peut supposer qu’il y a eu un accord entre lui et le pouvoir de Pierre Nkurunziza. La question est de savoir sur quoi porte ce deal. Si c’est un calcul politique, rien de plus normal. Avec la composition du nouveau bureau qui n’a pas tenu compte de la dimension genre (trois hommes dont deux Hutu et un Tutsi), il y a moyen de se poser des questions.

Ne s’agit-il pas d’un premier pas vers une modification de la constitution et le rejet de l’Accord d’Arusha, au détriment d’une ethnie ou d’un genre ? Ce premier geste posé par la nouvelle AN devrait mettre la puce à l’oreille d’Agathon Rwasa que le pouvoir de Pierre Nkurunziza veut en découdre avec l’Accord d’Arusha. Si le leader du FNL est réellement pour le respect de la constitution et de l’Accord d’Arusha, il est alors tombé dans un piège, à moins qu’il n’en soit complice.

Composition du nouveau bureau de l’AN :

1. Président : Pascal Nyabenda, Hutu ;
2. Premier vice-président : Agathon Rwasa, Hutu ;
3. Deuxième vice-président : Edouard Nduwimana, Tutsi.

Adieu Arusha ?

Mais la course de la nouvelle Assemblée nationale viserait aussi, et probablement plus, la légitimation du troisième mandat de Pierre Nkurunziza. Ainsi, pourra-t-il prendre des décisions le mettant à l’ abri de toute autre contestation, en écartant notamment définitivement ses détracteurs et en plaçant ses fidèles dans des postes clés.

Pierre Nkurunziza veut ainsi s’organiser avant que ses adversaires ne le fassent. S’il prête serment devant le Parlement, il sera légitimé devant les Burundais et, à tort ou à raison, devant la communauté internationale.

Surtout s’il compte dans les rangs des nouvelles institutions Agathon Rwasa, considéré comme le leader de l’opposition.

Les inamovibles élus du peuple

Parmi les 106 députés qui ont siégé ce lundi 27 juillet, cinq ont été élus depuis la législature post-transition de 2005. Ils sont tous du Cndd-Fdd.

Edouard Nduwimana, le zélé

Edouard Nduwimana

Édouard Nduwimana

Au moment de la rébellion, M. Nduwimana, alors magistrat à Kirundo, ne cachait pas sa sympathie pour le mouvement Cndd-Fdd. En 2005, il est élu à la députation. Il ne siégera pas à Kigobe, mais sera gouverneur de Kayanza avant d’être ministre de l’intérieur.

M. Nduwimana est un fervent serviteur du parti au pouvoir. Il est surtout connu comme le prédateur des partis d’opposition. Il est aussi connu pour ses écarts de langage. A titre indicatif, dans la foulée de l’incendie du marché en 2013, il dira que « c’est peut-être par la volonté de Dieu que le marché a flambé pour qu’on en ait un de moderne. » Cette même année, après la répression dans le sang des adeptes d’Eusébie Ngendakumana, il dira que les cadavres qui gisaient devant lui sont « les martyrs tant recherchés par ces adeptes d’Eusébie. »
Il est le premier cadre du parti qui a révélé l’ambition de Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat.

Jean Baptiste Nzigamasabo, un dur des durs

Jean Baptiste Nzigamasabo

Jean Baptiste Nzigamasabo

Après avoir déserté les Forces Armées du Burundi au plus fort de la guerre que menait le mouvement Cndd-Fdd contre le pouvoir Buyoya, le soldat Nzigamasabo rejoint la rébellion. Il s’illustrera dans le recrutement des combattants.

Il portait toujours ses treillis militaires, deux pistolets toujours accrochés à son ceinturon, une kyrielle de garde du corps autour de lui. En 2005, l’homme qui n’a que le niveau primaire d’éducation entre à la chambre basse du Parlement.

Le « colonel Gihahe » (son sobriquet) est connu comme un partisan de la ligne dur du pouvoir; un homme prêt à en découdre avec les opposants de sa commune de Busoni, notamment avec les militants du Frodebu-Nyakuri de Jean Minani. Il est pour cela cité dans plusieurs rapports des organisations de défense des droits de l’Homme et même dans des dossiers judiciaires.

En avril de cette année, il était aux côtés de Moïse Bukuru au moment où, à l’Hôtel Source du Nil de Bujumbura, ce président des anciens combattants du Cndd-Fdd lisait une déclaration mettant en garde les anti-troisième mandat.

Félix Niragira : efficacité et discrétion

Félix Niragira

Félix Niragira

Un homme discret mais efficace dans la mobilisation des membres du parti, surtout dans les milieux tutsi. Comme son père, qui fut d’ailleurs député sous le régime Bagaza, M. Niragira semble apprécié dans différents  milieux de la province Ngozi, particulièrement parmi les petites gens de sa commune de Gashikanwa. Durant la première législature, il sera nommé gouverneur de Ngozi. Il initiera bien des travaux de développement de sa province. Il quittera le gouvernorat pour siéger à Kigobe de 2010 à 2015. A l’assemblée nationale, il passe aussi pour un homme discret.

George Nshimirimana

Il prend la commande du parti en province Gitega au lendemain de la crise entre les antis et les pros Radjabu. Il a su mobiliser des militants du parti au moment où certains hésitaient à se ranger derrière le deuxième vice-président sortant Gervais Rufyikiri et l’ancien porte-parole du parti Onésime Nduwimana. Sous son règne, la ville de Gitega s’est dotée d’une université et d’un marché moderne. Mais la voirie reste toujours à paver.

Jean Muhungu

Cet élu de Rutana a siégé à l’Assemblée nationale, depuis l’exclusion de 22 députés pro Hussein Radjabu en 2007. Avec la législature écoulée, il siégeait au Sénat.

  9   Vos commentaires
  1. Theus Nahaga

    Nkurunziza avec sa nouvelle assemblée définitivement enterrer les accords d’Arusha. D’aucuns trouveront cela démocratiques, d’autres dont je fais partie trouvent cela dangereux. On verra ce qu’il sera du Burundi dans cinq ans.

  2. Tijos

    Ico n’ikibazo? Umusuma iyo yivye, yiruka ataraba inyuma. Nabo nuko bazi ko ivyo bakora ari ubusuma gusa, nayo ahandi ntacari gutuma bihutisha ibintu ukuraho!!!

    • Verite Guess

      Je suis d’accord avec vous Tijos, ils courent tous derriere leurs interets ces ventriotes qui pretendent representer le peuple Burundais.

    • BUSORONGO

      Ko ubivuga nkuwizobereyemo?!

  3. PCE

    Je vais dire une chose sur le député Felix Niragira que je connais bien pour plusieurs raisons que je ne vais pas dévoiler ici . Son père Joseph Rwemera fut administrateur de la commune Gashikanwa pendant de longues années depuis déjà l’époque de Micombero. J’espère que le député Niragira aura une ouverture d’esprit comme son père qui n’a pas hésité à collaborer des politiques de toutes tendances et en particulier avec mon père qui appartenait plutot à une autre origine politique le PDC ( Parti Démocrate Chrétien, eh oui je ne me trompe pas de période) . Cette collaboration n’a pas toujours été dans le sens de l’histoire positive si je me permet d’utiliser ce langage sybillin et j’ai des preuves écrites. Ceci dit ce n’est pas impossible que Mr Niragira ait quitté le gouvernorat de Ngozi en raison de son sens de la modération . J’espère qu’ il saura user des mêmes qualités au sein de l’assemblée nationale pour éviter les dérives autoritaires de son parti d’origine.

  4. RUGAMBA RUTAGANZWA

    Ils sont en pas de course pour changer la constitution et gommer les Accords d’Arusha afin que Nkurunziza règne sur le Burundi à vie. Gommer les Accords d’Arusha lui permettra aussi de servir le plus grand nombre possible de Hutus y compris parmi ses opposants (rappelez-vous du discours de campagne de Mr NKURUNZIZA qui a tout fait pour ethniser la crise liée a son 3è mandat) pour rehausser sa côte de popularité. Ce ne sont que des manœuvres dilatoires pour confisquer le pouvoir mais j’ai des doutes sur cette stratégie. Les opposants de Pierre NKURUNZIZA sont devenus tellement nombreux qu’il ne règnera pas à vie sur le Burundi et en toute tranquillité a moins que les Burundais soient devenus des moutons. Or ce qui vient de se passer ce dimanche 2 Aout montre à suffisance que ce n’est pas le cas. Le pouvoir NKurunziza devrait se rendre à l’évidence que dicter comme il le fait au 21ème siècle ne passera pas. En ce ce qui concerne son régime, l’avenir très proche nous réserve encore des surprises, je pense. Let us wait and see.

  5. joshua

    Au moins un commentaire positif pour Georges NSHIMIRIMANA, même s’il est pro-3ème mandat de N.K. car malgré cela c’est un homme qui se soucie du bien-être de son terroir ! Mais … tout cela risque d’être noyé par le mauvais système qui nous dirige … !

  6. Chers journalistes, en lisant votre analyse, je suis resté sur ma soif par rapport à la question posée dans le titre: « Qu’est-ce qui fait courir la nouvelle Assemblée Nationale? ».
    S’il est vrai que la question posée suscite tout lecteur , même le plus pressé, à lire l’analyse jusqu’au bout, il est aussi vrai que la question reste sans réponse.

    Ndi LOLOLO,
    Umugumyabanga atari umugumyabondo

    • BUSORONGO

      L’essentiel etait de passer son message de haine envers le CNDD-FDD plutot que repondre a la question posee par lui meme.

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