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Environnement

Quand la station d’épuration de Buterere menace l’environnement

La jacinthe d’eau a déjà envahie l’entièreté d’une des lagunes d’épuration des eaux usées à Buterere. Les deux autres ne sont pas à l’abri. Cette herbe envahissante freine le processus d’épuration. Les environnementalistes, la population des alentours, les experts… crient à la catastrophe.

Une des lagunes envahie par la jacinthe d’eau et des journaliers de la Setemu, sans aucune protection, essaient de l’arracher ©Iwacu

Une des lagunes envahie par la jacinthe d’eau et des journaliers de la Setemu, sans aucune protection, essaient de l’arracher ©Iwacu

Dans la commune urbaine de Buterere, une station d’épuration des eaux usées et des déchets a été installée en 1990. C’est la seule pour toute la capitale. Objectif : traiter au moins 38 % des eaux usées en provenance des usines, des ménages avant d’être déversées dans le Lac Tanganyika.
Accéder à ce milieu est un véritable parcours du combattant. Surtout que les policiers en interdisent l’accès, comme nous l’affirme la population environnante qui en souffre directement. Paradoxalement, le ministère de l’Environnement semble ne pas être au courant de la situation. Les reporters d’Iwacu se sont rendus sur les lieux.

En passant par la commune Buterere, on parvient aux trois lagunes d’épuration. Avant d’y arriver, les gens s’étonnent. Un d’entre eux nous déclare : « Pour y arriver, il faut vous rassurer d’avoir échappé à la vigilance policière. Le milieu est interdit surtout aux journalistes ». Un clin d’œil nécessaire. Ces lagunes sont clôturées d’un mur cimenté. De loin, on croirait voir un terrain synthétique de football en face d’une étendue d’eau. Cependant, ce milieu est invivable, une odeur suffocante s’en dégage.

Révoltant !

Dr Théophile Ndikumana, chimiste, indique qu’aujourd’hui, dans les lagunes d’épuration de Buterere, le traitement des déchets n’est pas effectif, la charge organique est très élevée. Selon lui, les matières organiques non épurées via la rivière Kinyankonge se déversent dans le lac. Notamment la jacinthe d’eau, une plante qui consomme une grande quantité d’oxygène nécessaire à la biodiversité du lac.
La station d’épuration : Est-elle en bon état ?
D’aucuns se posent la question de savoir si cette station d’épuration fonctionne encore. D’après Jacques Nkengurutse, de l’association Action Ceinture Verte pour l’Environnement (ACVE), la présence de la jacinthe d’eau montre que le traitement des eaux usées n’est pas effectif. Il doute du bon état des machines installées dans cette station, ce qui fait que ces lagunes contiennent des matières organiques propices au développement de cette plante. S’il s’avère que cette station d’épuration des eaux usées n’est plus fonctionnelle, Dr. Théophile Ndikumana, chimiste, signale que tous les efforts de son éradication dans le lac deviennent vains. Avec comme conséquence immédiate, le dépeuplement très rapide en poisson dans la partie nord du lac Tanganyika.

Les machines de la station d’épuration des eaux usées à Buterere ©Iwacu

Les machines de la station d’épuration des eaux usées à Buterere ©Iwacu

Pour la population environnante, leur santé est en danger. Ces déchets non traités produisent du méthane (CH4) très nocif pour la santé humaine et l’environnement. Il entraîne par exemple le réchauffement climatique. Et si le lac est pollué, affirme-t-il, c’est une grande perte pour le pays. Les plages au bord du lac ne seront plus attirantes, l’eau utilisée dans la ville de Bujumbura ne sera plus propre.

« On nous a abandonnés »

La population de Buterere ne comprend pas pourquoi tous les déchets sont acheminés dans leur commune. « Le gouvernement nous a abandonnés. En plus d’être un dépotoir de tous les déchets de la ville de Bujumbura, ces lagunes constituent une autre menace », souligne un habitant de Buterere vivant à moins de 50 m desdites lagunes. Il signale que, vers midi, une odeur nauséabonde se dégage et envahit tout le quartier. Interrogé sur le fonctionnement de la station d’épuration, ce dernier affirme qu’elle ne fonctionne plus. Pour lui, si ces machines étaient en bon état, ces lagunes ne seraient pas polluées et envahies par la jacinthe d’eau. En outre, le fait d’empêcher les gens d’y accéder confirme ce constat. Il faut noter que sans matériel de travail comme les bottines, les perches… quelques journaliers de la SETEMU essaient d’arracher cette plante. Interrogés sur leur rémunération, ils ont apparemment honte de répondre, mais un lâche : « C’est difficile à dire, mais nous n’avons pas d’autres choix ».

Dr Théophile Ndikumana, chimiste : « Une station d’épuration des eaux usées et des déchets doit fonctionner en permanence » ©Iwacu

Dr Théophile Ndikumana, chimiste : « Une station d’épuration des eaux usées et des déchets doit fonctionner en permanence » ©Iwacu

Que faire ?

Dr Théophile Ndikumana donne quelques pistes de solutions. Il s’agit en 1er lieu d’enlever cette plante envahissante afin que l’eau polluée qui entre dans les lagunes soit épurée. Une lagune doit fonctionner en permanence. Or, les machines ne trouvent pas assez de déchets à traiter. Il précise que cette station d’épuration en reçoit 14.000 m3 par jour, alors qu’elle a une capacité minimale de 33.000 m3.
Emmanuel Ndorimana, directeur général des ressources en eau et assainissement, signale que cette station d’épuration des eaux usées travaille à peine à 40% de sa capacité. Pour sa part, Jacques Nkengurutse, de l’association Action Ceinture Verte pour l’Environnement (ACVE), indique que les machines seraient en panne depuis un certain temps. Ce qui est vraisemblable, parce que quand nous avons eu accès à cet endroit, une seule machine était fonctionnelle. C’est le même constat pour Albert Mbonerane, de la Fondation Mwezi Gisabo. Pour lui, cette station d’épuration des eaux usées constitue un danger pour le lac Tanganyika.

Un système d’évacuation des eaux usées presque inexistant

Emmanuel Ndorimana, directeur général des ressources en eau et assainissement, fournit une autre explication : « Il n’y a pas assez de déchets parce que beaucoup de quartiers de la ville de Bujumbura ne sont pas raccordés pour que tous les déchets soient acheminés vers cette station. » Même le réseau de raccordement existant est vétuste et mérite d’être réhabilité. Pour lui, l’Etat doit mettre en place « un nouveau réseau d’évacuation des eaux usées et des déchets ». Il donne l’exemple du nouveau quartier de Carama où chaque trois mois, le vidange doit être fait. Il affirme que le gouvernement compte faire un raccordement de tous les nouveaux quartiers, mais il se heurte à un problème financier.
Nous avons essayé de contacter les cadres de la SETEMU pour avoir plus de lumière sur cette situation, en vain.

  2   Vos commentaires
  1. Déogratias

    @ Rénovat Ndabashinze et Elvis Vyizigiro .
    Ne serait-il pas mieux de vous documenter sur les techniques d’épuration des eaux usées avant de nous informer, merci.
    Pour votre information, la Jacinthe d’eau (Eichhornia crassipes) fait partie des plantes phytoépuration, elle nettoie les excès de phosphore et de nitrate, les métaux lourd et les polluant organiques.
    Les plantes phytoépuration agissent principalement de 2 façons:
    1 Elles apportent de l’oxygène aux bactéries qui sont sur les racines. Ce sont ces bactéries qui transforment la matière organique en matière minérale et nutriments.
    2 la plante se nourrit des nutriments et absorbe des éléments que l’on souhaite éliminer tels que nitrates, phosphores, métaux lourds.
    Voici un lien qui explique bien cette technique d’épuration:
    http://www.ecologs.org/vegetation/plantes-filtrant-l-eau-pour-le-traitement-en-phytoepuration-et-les-piscines-ecologiques.html

    Bonne journée.

    • Venant

      1. Dans notre pays, nous avons besoin d’une loi sur la qualité de l’environnement, d’un règlement pour la mise en application d’une telle loi et d’un guide technique pour la procédure à suivre en matière de traitement des eaux usées que ce soit pour les résidences isolées ou pour les municipalités.

      2. Le ministre de l’environnement pourrait se voir attribuer pleins de pouvoirs dans le domaine du traitement des eaux usées par le parlement s’il initiait un projet de loi allant dans ce sens: le pouvoir d’édicter des normes, de surveiller et de sanctionner des mauvaises pratiques dans ce domaine. Pour le faire, le ministre a besoin que son directeur en charge de l’assainissement des eaux élabore et lui soumette un guide technique bien pensé en termes d’assainissement des eaux dont les municipalités et résidents pourraient s’inspirer lorsqu’ils doivent procéder à des travaux d’assainissement. La loi devrait en principe accorder au ministre de l’environnement le pouvoir d’accorder une autorisation préalable à toute entité désireuse de rejeter, de déposer ou d’émettre des contaminants dans l’environnement de même que pour les travaux à effectuer.

      3. Aux termes d’une telle loi sur la qualité de l’environnement, les citoyens devraient pouvoir ester en justice pour obtenir qu’un individu ou une municipalité pollueur arrête de poursuivre une telle activité de nuisance à l’environnement et à la santé des gens et paie au besoin une amende.

      4. Dans l’état actuel des choses, avons-nous le guide technique? Non. Alors, le lagunage est-il un système approprié pour une population urbaine comme celle de Bujumbura? A ma connaissance, le système lagunaire convient pour une petite municipalité rurale. Dés lors qu’on parle du million de gens et plus, ce système ne convient pas du tout. Il faut des installations mieux appropriées pour éliminer des eaux usées la charge organique, les phosphates et les nitrates dont les niveaux sont élevés.

      5. Une requête d’un citoyen de Buterere qui voudrait ester en justice contre la municipalité de Bujumbura pour invoquer la nuisance induite par les mauvaises odeurs générées par les eaux usées serait-elle recevable aujourd’hui? Niet. Nous n’avons aucune loi qui punit les pollueurs de l’environnement avec des eaux usées. Le citoyen doit donc souffrir et se taire.

      6. En résumé que devrait faire le ministère de l’environnement pour nous sortir de la situation actuelle?

      (a) Un guide technique relatif sur l’assainissement des eaux usées pour les résidences isolées et les municipalité. Les conseillers et autres directeurs sont là pour faire ce job si on le leur demande, je suppose. Ils peuvent s’adjoindre les services de consultants externes au besoin pour tenir compte des bonnes pratiques internationales.

      (b) Un règlement sur l’assainissement des eaux usées à faire respecter par les municipalités;

      (c) Une loi sur la qualité de l’environnement.

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