Politique

Processus référendaire : la médaille et son revers

02/07/2018 Agnès Ndirubusa Commentaires fermés sur Processus référendaire : la médaille et son revers
Processus référendaire : la médaille et son revers
La Ceni présente son rapport général sur le processus référendaire.

La Commission électorale nationale indépendante a présenté devant les hautes autorités ce mardi 26 juin, le rapport général sur le récent référendum constitutionnel. Elle a occulté le côté sombre du décor.

C’est une Ceni triomphante qui s’est présentée à l’hémicycle de Kigobe. L’absence du président Nkurunziza, pourtant attendu n’altère pas pour autant l’enthousiasme du président de la Ceni, Pierre Claver Ndayicariye. Il dresse un tableau des plus élogieux du processus référendaire. « Une réussite, un succès ».

Il évoque un référendum déroulé dans un climat apaisé. La commission a respecté son deadline de 6 mois de préparation sans l’aide technique et financière des partenaires internationaux. Il vante une campagne du oui ou du non dans le calme, un référendum avec un taux de participation record.

Le rapport de la Ceni n’engagera qu’une petite page liée au contentieux électoral infractionnel. Juste 4 affaires traduites devant la justice à titre d’exemples, sans donner de bilan précis à ce sujet.

Pour la commission de Pierre Claver Ndayicariye, ce référendum relève aussi du miracle financier : aucun partenaire international traditionnel n’a mis la main à la poche. Le total du budget référendaire a été entièrement financé par le gouvernement. L’enveloppe s’est élevée à plus de 27 milliards de francs burundais.

« Nous allons faire pareille pour les élections de 2020, » annonce en sortant du Palais des Congrès de Kigobe, une haute autorité de l’Etat.
Les élections de 2020 arrivent à grand pas et le gouvernement a décidé que le Burundi allait autofinancer ces élections. « Les dépenses de souveraineté obligent. » Le ministre des Finances est récemment sorti de son silence et a annoncé combien ce prochain scrutin va coûter : 70 milliards de Fbu. Aux dernières nouvelles du 5 juin, la somme collectée déjà engrangée s’élevait à plus de 17 milliards, soit 24% de la somme requise.

Malgré que le pouvoir en place indique que le financement des prochaines élections sera opéré par le peuple burundais, le ministre Domitien Ndihokubwayo envisage néanmoins « d’autres stratégies pour atteindre l’objectif le plus tôt possible. »

Le côté sombre du tableau

Ce que la Ceni ne dit pas c’est que le référendaire constitutionnel a été contesté et par l’opposition et par la communauté internationale, jugé inopportun et dans un contexte de crise. Bujumbura a tout de même continué son projet malgré les protestations. L’opposition interne, avec pour chef de fil la coalition Amizero y’Abarundi, a choisi de ne pas boycotter et de rester dans la partie. Résultat des courses, elle dénoncera plusieurs cas d’arrestation arbitraire, d’actes d’intimidation et autres abus contre ceux qui ont décidé de protester ouvertement contre le projet de révision de la Constitution.

La commission va taire l’absence d’observateurs régionaux et internationaux. D’où un manque de témoins extérieurs pour attester de la crédibilité du scrutin.

Pierre Claver Ndayicariye ne dira pas non plus dans son rapport que la coalition Amizero y’Abarundi a introduit un recours auprès de la Cour constitutionnelle. Cela pour contester le verdict des urnes et demander l’invalidité des résultats. Le leader de cette coalition Agathon Rwasa les a qualifiés de « fantaisistes. »D’après lui, cela a été une élection entachée de manque de transparence, de peur et d’intimidation.

Analyse

« La préparation et l’organisation du référendum constitutionnel, un test pour la Ceni et le gouvernement,» lit-on dans le rapport général de la commission. Et au-delà de savoir si le pari a été relevé haut la main, il convient également de se projeter vers les prochaines échéances électorales. Et pour cela, il vaut mieux pour Bujumbura d’aller au-delà du discours officiel du ‘tout s’est bien passé’. Se poser les questions qui fâchent, bref envisager pistes et stratégies pour limiter les contreperformances. Pour que les élections de 2020 se passent pour le mieux. Par ailleurs, la Ceni a félicité le gouvernement qui a financé le référendum. Elle a omis de mentionner que c’est le contribuable burundais qui a tiré de sa poche les 27 milliards nécessaires à la tenue du scrutin. Quand on sait combien on peut retrouver dans la bourse du citoyen burundais, on se dit qu’il ne fait que déguster. La crise que traverse le Burundi depuis 2015, a sensiblement touché le secteur économique. Les sanctions prises par l’Union européenne, qui contribuait à hauteur de la moitié au budget général de l’Etat, n’ont pas arrangé les choses. A ce stade, capitaliser la sympathie qu’a suscitée le discours du président Nkurunziza à son annonce de ne pas se présenter aux élections de 2020 serait bénéfique pour Bujumbura, selon des observateurs. Et travailler sur le dégel des relations avec ses partenaires. Sinon, demander à la population de financer le référendum et les élections à hauteur de 100 milliards, en plus d’autres dépenses de l’Etat dans un contexte de crise économique, cela fait beaucoup…

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Réactions

Les Pays-Bas : «L’espoir que le gouvernement va changer et parler aux ambassadeurs» L’ambassadeur des Pays-Bas en fin de mission au Burundi salue l’annonce du président Nkurunziza de ne pas se représenter pour un autre mandat en 2020. «L’annonce est très importante. Elle inspire une sagesse pour l’amélioration de la situation au Burundi.» Il appelle les autorités burundaises à être plus coopératives avec les diplomates sur place. Harry Verweij déplore que leur approche ait été réticente durant les deux dernières années. « Une attitude contreproductive. » L’ambassadeur se dit tout de même optimiste : «Je pars avec l’espoir que le gouvernement va changer et parler aux ambassadeurs». Faustin Ndikumana : « Améliorer des relations avec les partenaires traditionnels » Pour le président de l’organisation qui milite pour le changement des mentalités, Parcem, le gouvernement du Burundi devrait penser aux actions liées à l’amélioration des revenus des paysans. «Percevoir plus de taxes, d’impôts, de cotisations pourra augmenter davantage cette paupérisation.» Pour Faustin Ndikumana, il faut aussi penser à diversifier les ressources et améliorer des relations avec les partenaires traditionnels qui permettraient au gouvernement d’investir davantage. « Le taux de pauvreté monétaire dépasse 85% dans plusieurs régions. Peu de citoyens burundais sont intégrés dans le circuit monétaire et financier. »

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