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Justice

Prison budgétivore, octroi parcimonieux de la libération conditionnelle

17-01-2014

Plus de 3,2 milliards de budget alloués à la Direction Générale des Affaires Pénitentiaires, exercice 2013, pour l’entretien de 7826 détenus. Au moins 217.175 Fbu  par an gagné par l’Etat pour un seul détenu libéré.

Les détenus dans la cour extérieure de la prison de Ngozi ©Iwacu

Les détenus dans la cour extérieure de la prison de Ngozi ©Iwacu

Khadija est une détenue de droit commun. Samedi 5 janvier, la direction l’évacue d’urgence à l’Hôpital de Rumonge. Elle est directement mise sous perfusion pour son paludisme. « Heureusement que la prison payera la totalité de la facture, sinon tu débourserais une fortune pour les soins », lâche une infirmière. Sur son lit de l’hôpital, elle parvient à balbutier : « Cela fait des mois que j’attends la libération conditionnelle. J’ai déjà exécuté plus du quart de la servitude pénale principale, mais je suis toujours sous les verrous », ressasse-t-elle, amèrement.

Le responsable du service économique à la Direction Générale des Affaires Pénitentiaires confirme que c’est l’Etat qui paie la totalité des frais de soins de santé en cas d’hospitalisation d’un détenu. Il soutient que si les prisons étaient désengorgées, les dépenses pourraient diminuer, mais il évite de préciser dans quelles proportions. Cela pourrait sensiblement faire chuter la facture pour achat de vivres et d’uniformes verts ainsi que les frais pour les soins de santé. Mais, il fait remarquer qu’il existe des dépenses incompressibles comme la facture de l’eau, de l’électricité, du bois de cuisine, des frais de transport des détenus lors des comparutions ou des transferts. S’y ajoutent aussi les frais de transport des vivres vers les maisons de détention, les salaires du personnel, etc.

Selon le service logistique des établissements pénitentiaires, chaque détenu consomme quotidiennement 350 gr de haricot et autant de grammes de farine de manioc ou de maïs. Sur le marché, 700 et 1000Fbu par kilo sont les prix d’achat respectivement de la farine de manioc et du haricot. Le coût minimum annuel de ration alimentaire d’un détenu est donc 217.175 Fbu.

La libération conditionnelle pour le désengorgement des prisons

En plus de l’administration du Travail d’Intérêt Général (TIG) comme sanction pour les délits mineurs et contraventions, une des mesures de désengorgement des prisons est l’octroi par le ministère de la Justice de la libération conditionnelle aux condamnés ayant déjà purgé le quart de la servitude pénale principale.

Mais, si l’on en croit le ministre Pascal Barandagiye, le bénéfice de la libération conditionnelle n’a échu qu’à seulement 200 condamnés pour l’année 2013. (157, dira un directeur de prison). Et lors de la visite de l’Ombudsman à la prison centrale de Mpimba à la saint Sylvestre, le directeur de prison en a profité pour plaider en faveur de la libération de plus de condamnés. Notamment les vieillards, les porteurs de maladies incurables, les mineurs, les condamnés qui effectuent des peines de contrainte par corps, etc. La raison invoquée : les détenus coûtent cher à l’Etat.

La quadrature du cercle

D’un côté, et c’est le souci du ministre Barandagiye, il faut indemniser un tant soit peu les victimes. « Même s’il est évident que le prisonnier coûte cher à l’Etat, comment accorder la libération conditionnelle à un condamné qui n’a pas payé le moindre sou de dommages et intérêts ? », soutient-il. Mais de l’autre côté, Pierre Claver Mbonimpa, président de l’APRODH, se demande pourquoi refuser la libération conditionnelle à un détenu pour non apurement des frais de dommages et intérêts. « Des fois, ils s’élèvent à plusieurs millions. Mais la réalité est que la plupart des condamnés n’ont jamais eu un revenu annuel même de cinquante mille francs! », observe-t-il. Il poursuit, un brin acerbe : «  Y a-t-il plus absurde que de condamner quelqu’un à 240 ans de servitude pénale de contrainte par corps ? »

Face à ce dilemme, il propose alors la création d’un fonds pour indemnisation des victimes. Mais la formule ne fait pas l’unanimité car, pour certaines sensibilités, ce n’est pas à l’Etat d’indemniser à la place des coupables. Quelle autre formule pour ménager la chèvre et le chou ?

  6   Vos commentaires
  1. Coldman'Zi

    @QASSIM BANDEKE
    Je suis de ton avis que les prisons soient productifs. Les prisons ou lieux de détention, ce sont des places de correction des détenus. Une fois libéré, l’ex-umupfungwa vyitwa ko yera kandi akirinda gukor’amakosha. Rero, ubuzima burabandanya kandi Leta ibwirizwa kugaburira neza no kuvuz’abapfungwa. N’aho igihugu coba gitunze, abapfungwa babwirizwa kugira ico bakora. Ico batazi, bakacigishwa. Kibi muri Afrika, dushir’amahera imbere ya vyose tutarondeye ukuntu yoboneka. Ikindi, ni uko abantu bamwe bapfungirwa ubusa abandi bakarekurwa hadakurikijwe amategeko canke hatanzw’igiturire. Ni kimwe n’ukora amakosa, hako gupfungwa, agaca arekurwa kuko yatanz’amahera. Igihugu hari iyo ngendo, hama akajagari n’ayandi mabi y’agahomerabunwa. Ku badashoboye gutanga ihadabu kuber’ubukene, ni ukurimbura ibikorwa bakoze n’inyifato yabo. Ku bijanye no kurekurwa ivyo agateganyo, Leta iraheza yibuke notre frère Radjabu El Hadji. Kubona hari agahengwe, n’imiburiburi abarundi tukiruhutsa ko hari démocratie, Radjabu ari mu bantu batanu vyose tubikesha.

  2. saleh

    « Face à ce dilemme, il propose alors la création d’un fonds pour indemnisation des victimes »

    Je suppose que ce type rigole! Je me vois très mal en train de payer pour les coupables!

    • eDD

      Saleh, je crois que tu as voulu dire que tu ne voudrais pas payer encore pour les coupables. Car les coupables te font payer deja: couts des prisons, gardiens, medecins, juges, avocats, etc.!

      Quand tu payes, ou nous payons, pour les coupables, nous obtenons des benefices: le renforcement de la loi, la disuasion, l’education, etc. pour que, esperons-le, les malfaiteurs se corrigent et que notre societe vive mieux.

      Jusqu’ou la societe peut continuer a payer pour les « delinquants »? Comment reduire la « delinquance » qui nous coute? C’est complique!!

  3. saleh

    « Face à ce dilemme, il propose alors la création d’un fonds pour indemnisation des victimes »

    J’espère que ce gars rigole car je me vois très mal en train de payer pour les coupables!

  4. Video

    Iwacu, à quand un article, au moins un seul, sur l’agriculture et l’élevage qui font vivre nos population!!! Vos titre me font rire. contrôlez-vous même vous allez me dire: imbonerakure, abategetsi, ubutungane,

  5. QASSIM BANDEKE

    ça c’est plus inhumain: 217.175 par détenu par an c-à-d 595 FBU par jour. Disons la vérité, qu’est-ce qu’on peut acheter avec 595 FBU par jour au marchés burundais? Peut être une ration d’un détenu, plutôt un détenu est avant tout un humain qui a besoin de bien manger/vivre comme les autres.
    Mais aussi il y a besoin de rendre les prisons productifs: au lieu que les détenus passent toute la journée sans travail, l’administration pénitentiaire devrait concevoir des projets pour rendre productif les détenus: l’agriculture, l’élevage, l’artisanat etc. tout ça peut rapporter beaucoup. Ainsi les détenus peuvent se nourrir convenablement par exemple, on a seulement besoin de la bonne gestion, bonne gouvernance de l’administration pénitentiaire. Si non, Soit l’État doit leur accorder cette libération conditionnelle soit il assure leur bien être.
    Plus important, Ceux qui emprisonnent (surtout injustement ) leurs semblables devraient se mettre dans la place de ceux qu’ils emprisonnent et sentir comment ça marche: l’Empathie est la seule qualité qui différencie les humains des animaux.

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