Elections 2015

Peter parti pour 2020 ?

27-07-2015

Quoique l’on fasse ou dise, rien n’arrête le candidat du Cndd-Fdd . A Buye, sa colline natale, PierreNkurunziza accompagné de son épouse, a voté sous une escorte militaire et policière, le doigt sur la gâchette des mitrailleuses et lance-roquettes.

Le candidat du Cndd-fdd, devant les membres de la Ceni, prend avec soin son bulletin de vote

Le candidat du Cndd-fdd, devant les membres de la Ceni, prend avec soin son bulletin de vote

6 heures à « Gbadolite ». Il fait presque noir. En cette saison sèche, la route non goudronnée dégage une poussière qui brouille la vue des passants. C’est à peine que le cortège des journalistes locaux et étrangers avance.
Le doigt sur la gâchette, militaires et policiers grouillent de partout : dans les espaces publics, les buissons, centres de vote, etc. On dirait que la colline natale du président Nkurunziza est sur le pied de guerre.
Pourtant, la veille, la nuit a été paisible dans toute la province de Ngozi, contrairement à la capitale Bujumbura. Pas de crépitement d’armes, ce qui a permis au couple présidentiel et ses proches, apprend-on, de prier toute la soirée pour le bon déroulement de l’élection présidentielle.

Fierté du vote, décor planté

Sur la colline Buye, le vote a commencé dans les délais. A 6 heures, précise Dominique Ciza, président de la Ceci Mwumba, électeurs, matériel électoral, tout était prêt.

A tout seigneur tout honneur. Le centre de vote de l’Ecole Fondamentale Buye est différent des autres. Tout au long du sentier menant à ce centre, les habitants ont disposé de part et d’autre de faux troncs de bananiers, une tradition burundaise pour l’accueil d’un hôte de marque. Pour cause, il va accueillir 1448 électeurs dont le couple présidentiel.

A 6 h 30 min, les premiers citoyens ont déjà accompli leur devoir civique. Selon Josiane Bimenyimana, 22 ans, habitante de cette localité, se choisir ses dirigeants est un acte citoyen louable même si tout le monde n’a pas pris part à ce scrutin.

Et Domitille Minani de lancer qu’elle a voté très tôt pour lui permettre de vaquer à d’autres occupations : « Après les élections, la vie continue » Cependant, cette vieille femme de la Communauté Batwa ainsi que plusieurs autres habitants du coin ne partent pas. Assis dans le jardin de l’Ecofo Buye, sur l’herbe asséchée par le soleil, ils échangent et procèdent à la répétition des chansons religieuses. Selon des sources fiables, ils ont reçu l’ordre de rester pour applaudir et danser à l’arrivée du couple présidentiel.

Sur les trois files déjà formées, évidemment les femmes dominent, les jeunes sont peu nombreux.
7 h 53 min, le garde du corps du président Nkurunziza vient voter. Il est suivi une heure plus tard par l’adjoint du responsable du protocole et le porte-parole de Pierre Nkurunziza. Un signal que le couple présidentiel ne va pas tarder.

Des administratifs se rassurent que tout est en ordre, le président de la Ceci vérifie également que rien ne manque. Côté sécurité, des militaires et policiers prennent position, mitrailleuses et lance-roquettes bien installées.

Le président toujours « swag »

A 10h, le candidat du Cndd-Fdd, en compagnie de son épouse apparaît. Toujours égal à lui-même, il est sur son VTT et il pédale au rythme des pas de son épouse. Pas d’enfants cette fois-ci, comme au dernier scrutin.

Applaudissements, suivis de l’alignement du couple présidentiel. La première dame est inscrite au bureau N° 2. Là, elle est seule sur la file tandis que le numéro un burundais attend derrière trois autres électeurs au bureau N° 1. Devant lui, un jeune homme qui ne comprend presque pas pourquoi il ne doit pas laisser le président de la République voter en premier lieu.

L’histoire se répète à l’instar de 2010

Pierre Nkurunziza est parti à l’élection présidentielle presqu’en solo, sans concurrent de taille. Ce n’est pas pour sous-estimer les candidats Gérard Nduwayo de l’Uprona, Jacques Bigirimana du Fnl ou Jean de Dieu Mutabazi de la coalition Copa, c’est plutôt pour montrer que le score obtenu ne leur permet pas de battre Nkurunziza à la présidentielle. Bravo pour le courage qu’ils ont montré en poursuivant le processus. Pour rappel, aucun de ces partis et coalition n’a obtenu le pourcentage exigé pour entrer au gouvernement.

La question qui se pose aujourd’hui après le boycott des grands opposants est de savoir le mécanisme qui sera enclenché pour permettre la participation de tout le monde au gouvernement. Agathon Rwasa et Charles Nditije, à la tête de la coalition qui vient en deuxième position après le Cndd-Fdd, acceptera-t-il d’occuper ses sièges au parlement et au gouvernement ? Tant de questions se posent. Malgré le refus de Pierre Nkurunziza et de son entourage de négocier, c’est la seule issue pour sortir de cette crise. Sinon, Peter sera parti pour 2020 en solo et en toute violation de la loi.

La première dame a déjà terminé de voter quand le président de la République lève son majeur (doigt) teinté d’encre indélébile pour exprimer au public sa joie.

Pierre Nkurunziza explique que le geste posé est salutaire, le Burundi vient de marquer un tournant dans l’histoire électorale burundaise : « En 1961, 1965 et en 1993, les élections ont été suivies par un blocage politique. Des présidents élus sont par après assassinés. » Pour M. Nkurunziza, la signature de l’Accord de paix et de cessez-le-feu est à l’origine de la stabilité politique observée depuis 2005.

Des opposants dans le « fief »

De peur d’être traqués, emprisonnés, licenciés ou mutés, certains militants de la coalition Amizero y’Abarundi d’Agathon Rwasa et Charles Nditije affirment qu’ils ont voté malgré eux : « Une chose est sûre. Un jour, nous participerons aux élections organisées dans la transparence. En attendant, nous avons voté pour Agathon Rwasa pour montrer notre présence. »
Nkurunziza, constate T.P., un jeune de Vyerwa, n’a rien fait pour la population. Il déplore que le président Nkurunziza soit incapable de goudronner la route qui mène à sa résidence alors qu’il vient de passer dix ans au pouvoir : « Si je devais voter, je le ferais pour la Coalition ‘’Amizero y’Abarundi’’. »

Un vieillard, la nonantaine révolue, habitant la commune Nyamurenza, témoigne que c’est le dernier acte civique qu’il pose de son vivant : « Je ne vais pas vivre encore longtemps. Certes, je ne verrai pas Agathon Rwasa au pouvoir. Toutefois, dans ma tombe, je me rappellerai qu’un jour, j’ai voté pour un autre fils de la province, longtemps combattu pour ses idées. »

  10   Vos commentaires
  1. Terimbere

    @ regine & stephane
    Mwebwe mwarigeze ubona meeting aux usa avec des gardes de sécurité surarmés main à la gachette, visant le public et d’autres assis sur des blindés?!?!
    Reka sha gushigikira amafuti!
    De toutes les façons, comme les autres anciens compagnons, je vous dis que ca ne sert à rien de soutenir ce genre de régime car tôt ou tard, vous en serez leurs victimes!

  2. Gashikanwa

    Naho bamwe barwanya Nkurunziza, son épouse Denise Bucumi Nkurunziza méritait vraiment ce retour quand bien même improvisé ou forcé, ni kuki mbega abarundi ata kigongwe tugira mu vyukuri ??? Imyaka 5 si myinshi cane, nimubareke babanze bimbure ivyo barimye murazi ko ari umurengera. Badafashijwe n’abanyagihugu ntibobivamwo bonyene, et ça prend être Président de la République pour avoir ce genre d’aide, sinon la famille présidentielle yobihanigwa si elle demandait ce coup de main en tant que simple citoyen…

  3. Burundibwacu

    Le verdict populaire n’est plus un secret pour personne, il est tombé mais que cela ne soit un découragement pour ceux qui militent et luttent courageusement et loyalement pour le Respect de la Constitution nationale et la Restauration d’un État de droit au Burundi si la crise politique est toujours menaçante et que la solution se fait toujours attendre. Nihabe rero kwumvikana ku mpande zose hanyuma ibintu bisubire mu buryo, ataruko les choses risquent de se corser pour les 5 prochaines années que l’on soit membre ou partisan du Pouvoir en place ou de l’Opposition ou bien même de la Société civile ou simple citoyen!… Ibiganiro mbere ya vyose, svp!

  4. NKANIRA

    NKURUNZIZA applique l’adage disant que dans le royaume des aveugles, le borgne est roi. Pourquoi ?
    1 Les partis d’opposition ont été incapables de se désigner un seul candidat !
    2 De ce fait, ils ont eu la trouille d’aller sur terrain ! Eh ! Oui ! Eux ils n’avaient pas des gens avec lance-roquettes pour les protéger !
    Moralité : l’arme de l’opposition aurait été de se regrouper.
    En attendant la désolation qui va suivre, bon vent et bonne chance nyakwubahwa Nkurunziza.

  5. Jereve

    6 heures à « Gbadolite »? Cela fait penser à Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Zabanga, c’est-à-dire « le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l’arrêter ». On connaît la suite, tragique. Leçon : il faut savoir s’arrêter avant que l’histoire ne vous arrête brutalement.

  6. Terimbere

    Des élections aux allures de coup d’état, tel devrait être le titre de cet article!
    En tout cas, ce dispositif de sécurité contrarie le climat de paix et de sécurité que clame le pouvoir et confirme les intimidations du pouvoir et discrédite le scrutin.
    Tout sauf libre et démocratique.
    Un Président qui organise de telles élections se moque complètement de ses collègues en discréditant ce statut et prend son peuple pour des idiots.

    • Stephane de Loecker

      Pour Obama, il faut au moins 800 agents secrets pour assurer sa securite quand il est en deplacment. Nkurunziza se fait accompagner par quelques dizaines de policiers et militares et vous criez scandal! C’est une obligation pour le pays de bien garder a son president.

      • Stan Siyomana

        @Stephane de Loecker
        Le meme Obama s’est adresse aux kenyans
        a Safaricom Indoor Arena a Kasarani (Nairobi, Kenya):
        « La democratie commence par un gouvernement elu dans la paix. Elle commence par les elections. Mais elle ne s’arrete pas avec les elections…
        Et la possibilite des citoyens de s’organiser et de demander des changements, c’est ca l’oxygene dont depend la democratie. Parfois la democratie n’est pas facile (a atteindre et a vivre avec)/democracy is sometimes messy et pour les leaders politiques, elle est parfois source de frustration. La democratie veut dire qu’il y aura toujours quelqu’un qui va se plaindre de quelque chose. Dans une democratie, personne n’est jamais contente de son Gouvernement. Si vous rendez une personne contente, une autre personne va se plaindre. Parfois meme les personnes que vous avez rendu contentes dans le passe vont commencer a se plaindre plus tard. Elles vont vous demander: « Qu’est-ce que vous avez fait pour moi ces derniers temps ». Mais c’est ca la nature de la democratie. C’est pourquoi ca marche, parce que ca demande aux leaders politiques d’ameliorer leur performance tout le temps/it’s constantly challenging leaders to up their game and to do better… »
        (Voir « The transcript for Obama’s speech to Kenyans at Kasarani », http://www.potentash.com, 27 July 2015).

      • ursule Furaha

        Et le15000 caméra de surveillance

    • Terimbere,ce dispositif de sécurité est là même aux USA première démocratie au monde.
      Quant aux élections, ça doit être organiser tous les 5 ans d’après les accords d’Arusha mwirirwa muririmba, none ngo un Président qui organise de telles élections mbega yemwe ba ntamunoza mukund’iki?
      Mbega ubwo murazi ico mushaka, mwabuze kurarika abanywanyi banyu ngo baje mu matora mubahindira mu mabarabara muzi ko ariho muzokura ubutegetsi.Gira muve ibuzimu muje ibuntu maze twese Abarundi twicare hamwe dutorere umuti ibibazo biri mu gihugu cacu. Amahoro kuri twese Abarundi!!!

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