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Patrice Faye condamné à 25 ans de prison, deux avocats le rejoignent à Mpimba. Surréaliste !

01-08-2011

Ce lundi 25 juillet, Patrice Faye, un français de 58 ans résidant au Burundi depuis une trentaine d’années, a été reconnu « coupable de viols, notamment sur mineures », et a été condamné à une peine de 25 ans de prison par le Tribunal de Grande Instance en Mairie de Bujumbura.

Il devra également, payer des dommages et intérêts de 5 millions de Fbu (de francs burundais, environ 2.800 euros) à chacune de ses 5 victimes.
Dix jours auparavant, Me Suzanne Bukuru, avocate des parties civiles dans le procès de Patrice Faye, a été arrêtée « pour complicité d’espionnage » et écrouée, pour avoir facilité une interview de ses clientes par des journalistes français. Cette gymnastique judiciaire semble déroutante à certains égards.

Me Fabien Segatwa, avocat de Patrice Faye, n’en revient pas: « La condamnation de mon client nous a causé un grand choc parce que nous ne pensions pas qu’il allait être si lourdement condamné. » Décidé à aller en appel, il espère qu’à ce stade les juges seront plus patients, en cherchant la vérité sans statuer superficiellement.

Mais Me Segatwa trouve paradoxal l’arrestation de sa consœur Me Suzanne Bukuru : «  Même ma cliente trouve que c’est une condamnation injuste car, à son égard, elle n’a fait que son travail. » Cet avocat ne comprend pas comment quelqu’un peut être accusé de complicité d’espionnage avec un citoyen français qui a eu son visa pour entrer et sortir normalement du Burundi.

Un paradoxe judiciaire

La seule explication qui serait plausible serait une mauvaise interprétation de la loi, mais de là à chercher un espionnage ou une guerre là où il n’y en a pas, le fossé est immense.
L’autre explication est que la condamnation a d’autres raisons, politiques notamment, … non avouées : « Mais la loi pénale est de stricte interprétation et ne peut punir une chose non dite ; car un sous-entendu ne peut pas amener quelqu’un en prison », indique Me Fabien Segatwa.

Me Isidore Rufyikiri, bâtonnier du barreau de Bujumbura (avant de rejoindre sa consœur dans le pénitencier de Mpimba), parle d’une stratégie froidement imaginée afin de priver d’une défense incorruptible les mineures que défend Me Bukuru dans le dossier Patrice Faye. « C’est aussi une façon de décourager tout autre audacieux avocat qui oserait s’occuper de ce dossier », ajout-t-il.
Pourtant, Me Gédéon Mubirigi, pense autrement. Pour lui, l’infraction d’espionnage est ridicule, puisque les enfants ne pouvaient rien dire de compromettant dans une affaire qui était en délibéré : «  Surtout que cette démarche ne s’inscrit nullement en défaveur de ses clientes, puisque Patrice Faye a été condamné », remarque cet avocat, un des défenseurs de Me Suzanne Bukuru.

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