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Osez Entreprendre

Osez Entreprendre/ Hugues Nimpagaritse: Des emballages pour un environnement sain

Associé à des handicapés, Hugues Nimpagaritse livre, depuis 2014 une guerre aux sachets en plastiques. Depuis deux ans, son association, l’APBEE, fabrique des emballages biodégradables.

Quel a été le déclic pour créer L’APBEE ?

Hugues Nimpagaritse en t-shirt blanc, assemblant  les papiers kraft pour en faire un emballage

Hugues Nimpagaritse en t-shirt blanc, assemblant les papiers kraft pour en faire un emballage

L’idée m’est venue en 2005, j’étais en seconde scientifique A. A gauche à droite, je voyais des égouts bouchés par des sachets en plastiques, ces matières se retrouvaient aussi dans des rivières. Mais la situation n’inquiétait personne. Avec quelques amis, nous avons décidé de sensibiliser les gens sur les conséquences néfastes des plastiques. Nous avons lancé l’APBEE (Association pour le Bien Etre de l’Environnement). En 2011, l’association a été agréée et les activités de sensibilisations ont commencé. La production d’emballages biodégradables n’a été effective qu’à partir 2014.

Quelles ont été les difficultés au démarrage ?

La première difficulté a été l’incompréhension, les moqueries à commencer par ma femme et l’entourage. Voir un ingénieur manipuler de simples papiers pour en faire des emballages n’a pas été facile à avaler chez bien de personnes (Rires). J’ai balayé d’un revers de mains ces critiques parce que j’avais un objectif à atteindre. Outre les problèmes financiers, l’autre difficulté était liée à la matière première : l’association a commencé avec des emballages faits en papiers de calendrier, a défaut de papier kraft (rouleaux de cartons ondulés), dans le but justement de montrer qu’on peut réutiliser des papiers ayant déjà servi.

Comment vous approvisionnez-vous actuellement?

Une personne a adhéré à notre projet et a fait don à l’association de 2000 papiers kraft soit de 1m sur 1m20, c’était en 2014. Il avait un stock de papiers qu’il n’avait pas utilisé et heureusement il a continué à nous en fournir. A partir de là, on a commencé à fabriquer des emballages biodégradables de différentes tailles.

Et heureusement, les clients commencent à s’intéresser à nos produits. On fournit ces emballages chez «Karire Products». L’alimentation chez Katikati a également fait une commande. Il y a aussi des fabricants de farine de bouillie qui sollicitent nos emballages biodégradables.

Vos prix sont-ils accessibles ?

Je vends 50 pièces à 3000Fbu, ou 1kg d à 6000Fbu. Mais notre but premier est de protéger l’environnement. Si par exemple un particulier demande un seul emballage, on peut le donner gratuitement.

Votre association compte combien de volontaires?

Treize bénévoles nous aident à fabriquer ces emballages. La plupart des sourds muets, et autres handicapés des membres inférieurs. C’est du volontariat mais, on leur donne parfois un peu d’argent pour les motiver selon la production de chacun, et à midi les estropiés déjeunent sur place.

Pourquoi le choix de personnes handicapées ?

Une personne qui a perdu une jambe peut fabriquer des emballages. De plus, beaucoup d’entre eux sont des démunis, ils n’avaient pas d’emploi. On a voulu associer ces «oubliés de la société» à notre cause afin d’en faire eux aussi des producteurs.

Quels sont vos difficultés actuelles ?

Les papiers kraft reçus sont sur le point de finir, nous allons devoir nous approvisionner à l’étranger. Ce n’est pas évident que nous allons y arriver car l’association vit toujours des cotisations des ses 12 membres. L’autre difficulté est liée à notre lieu de travail, il est exigu, ce qui n’est pas confortable pour nos bénévoles handicapés. Les nourrir tous les jours à midi serait aussi l’idéal, même si parfois c’est au delà de nos moyens. Enfin la communication n’est pas toujours aussi facile

Quels sont les projets d’avenir ?

On a découvert une solution pour fabriquer la matière première localement, tout en diminuant les gaz à effet de serres. Ce projet, on l’a présenté dans un concours international. Nous aimerions aussi exporter ce projet à l’intérieur du pays.


Bio express

Hugue Nimpagaritse-PortraitNé en juin 1985 à Kinama, Hugues Nimpagaritse est père d’une petite fille de huit mois. Après des études primaires qu’il a faites à l’école sainte Famille, il a fait l’école secondaire au collège municipal de Kinama puis au lycée de Rumonge dans la section de scientifique A. Orienté en 2007 à l’ENS (Ecole Normale Supérieure), il y fait le Génie électrique. Depuis 2011, il dirige l’APBEE. Actuellement, il fait le master en génie électrique. Outre le travail, Hugues est joueur amateur du football et fan du Barcelone.


Témoignages

«Le projet d’emballages biodégradables rejoint le nôtre »

Créatrice de «Karire Products», Gynette Karirekinyana affirme que tout comme l’APBEE, son agence lutte pour la promotion d’un environnement sain.

«En dépit de son combat pour l’environnement  Hugues aide les vulnérables à se prendre en mains », apprécie Ginette Karirekinyana

«En dépit de son combat pour l’environnement Hugues aide les vulnérables à se prendre en mains », apprécie Ginette Karirekinyana

«Les emballages proposées par Hugues sont d’une aide précieuse », se réjouit, Gynette Karirekinyana, Directrice d’ACECI (Agence consultative en éthique de la coopération internationale). Mme Karirekinyana utilise actuellement des emballages fabriqués par l’APBEE, un service qu’elle ne pouvait s’offrir il y a peu.

« J’étais obligée de m’approvisionner au Rwanda pour acheter des emballages biodégradables». Soucieuse d’offrir ses produits (savon, tisane) dans des emballages écologiques, Mme Karirekinyana n’avait trouvé de fournisseurs localement. «Je n’ai hésité aucune seconde à acheter ces emballages lorsque Hugues m’a présenté son projet». La créatrice de «Karire Products» affirme aussi qu’elle a voulu soutenir une entreprise sociale naissante, un aspect qui lui a beaucoup plu. «Hugues offre une opportunité aux vulnérables et aux handicapés de se prendre en main petit à petit» Elle dit être satisfaite des services offerts. « En matière de taille des emballages, les exigences sont respectées». Ainsi, ajoute-t-elle, il y a des emballages pour les tisanes et d’autres pour les savons.

Pour Mme Karirekimana, toute personne, du petit marchand aux pharmaciens devraient utiliser ces emballages biodégradables.
«On peut s’en servir à plusieurs reprises, et quand ça s’use ces emballages se retrouvent dans le sol comme du fumier».

«Je ne passe plus mes journées à ne rien faire»

Jadis sans emploi, Thierry Nsabumukama, estropié d’une jambe, aide l’APBEE à fabriquer des emballages comme bénévole.

En moins de deux mois, Thierry Nsabumukama   se dit fier d’avoir appris à fabriquer ces emballages

En moins de deux mois, Thierry Nsabumukama se dit fier d’avoir appris à fabriquer ces emballages

Orphelin de père, Thierry Sabumukama est âgé de 16 ans. Cela va faire bientôt deux mois qu’il est bénévole au sein de l’APBEE. Un travail qu’il prend plutôt au sérieux «Je suis à l’association du lundi au samedi» Thierry avoue qu’il passait toutes ses journées à se pavaner dans les rues de Kinama ou encore à s’asseoir à longueur de journées sur des «ligalas»

«C’est là qu’Hugues m’a repéré », Par la suite, continue-t-il Hugues m’a proposé de venir chez lui. « J’y ai trouvé une équipe dans le feu de l’action. Il m’a demandé si ça m’intéresse et j’ai sauté sur l’occasion». Après tout, ajoute Thierry, je ne gagnais rien en restant assis dans la rue.

Convaincu du combat que mène l’APBEE, Thierry admet qu’il apprend beaucoup au sein de l’association «je sais maintenant fabriquer ces emballages du début à la fin»


Conseil d’un pro

«Bien que l’APBEE soit une ASBL, elle tend aussi à devenir une entreprise sociale»

Pour Pierre Claver Nduwumwami, Directeur de la BBIN, le caractère social de L’APBEE est ce qui fait leur force.

«L’intention première de cette association est de créer un impact et non faire du profit», affirme Pierre Claver Nduwumwami.

«L’intention première de cette association est de créer un impact et non faire du profit», affirme Pierre Claver Nduwumwami.

«On sent que l’intention première de cette association est de produire pour faire un impact social» affirme le Directeur général de Burundi Business Incubateur.

Pour M. Nduwumwami cela s’observe déjà dans le profil du personnel « Il n’est pas toujours courant qu’une association décide d’employer des handicapés. L’impact se focalise aussi sur l’environnement»

Contrairement aux entreprises dont la visée est de faire du profit M. Nduwumwami admet que cette association peut faire appel à un don ou un financement pour faire face aux différentes difficultés.

Toutefois, conseille-t-il, l’APBEE doit chercher à pérenniser les productions via leurs propres revenus «Il ne faut pas compter indéfiniment sur les bailleurs».

Selon lui, quand bien même l’objectif premier de l’APBEE est de sensibiliser sur l’usage d’emballage biodégradable, ce n’est pas pour autant qu’elle doit produire en deçà du coût de production.

En attendant l’aboutissement de leur projet d’obtenir localement la matière première, cette association peut toujours toquer chez les bailleurs vendant l’impact social de cette association. «Ceci peut marcher auprès des bailleurs œuvrant dans la protection sociale et non auprès des microfinances »

  6   Vos commentaires
  1. Claude Nahayo

    Bravo Mr. Hugues, vous suscitez l’admiration et voeux de success.

  2. Muriro

    Voila un Hutu intelligent. Beaucoup devraient l’ imiter, y compris certains de nos politiciens qui naviguent à vue.

    • Bakari

      Et vous? Qu’avez-vous dans votre caboche?

      • kan76

        @ bakari la je suis d’accord avec toi qu’est c qu’il a dans sa caboche pour dire ca. Le clivage ethnique me rend malade. Il faut combattre ce genre des propos.il est juste intelligent point c’est tout.

  3. Marie claire

    Bonne initiative Hugues! Courage et vas de l’avant!

  4. Inyankamugayo

    Bravo Hugues! Keep it up.

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