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Osez Entreprendre

Osez Entreprendre/ Ange Muyubira: « Je veux valoriser notre artisanat »

Avec Kaz’O’zah Art, elle crée des modèles que des artisans fabriquent. Ange Muyubira veut moderniser l’artisanat burundais tout en gardant son authenticité.

Ange dans l'atelierKaz’O’zah Art, c’est quel genre d’artisanat ?

Nous avons cinq catégories d’artisanat : la fabrication des bijoux, la sculpture du bois et de l’ivoire végétale, la vannerie, la couture et la maroquinerie.

Qu’est-ce que vous produisez ?

Des habits pour hommes et femmes, des chaussures, des chapeaux, des nattes, des boucles d’oreilles, des abat-jours, des chaises, des porte-monnaie …

Racontez-nous la naissance de votre passion pour l’artisanat…

Depuis la maternelle, j’aimais tricoter, observer les choses qui m’entourent. Après mes études au Kenya, je suis partie en Angleterre pour l’université où j’ai vécu dix ans. J’ai eu l’opportunité de travailler dans la prestigieuse maison de couture, Coco Chanel, et dans plusieurs autres maisons de mode.

Que vous a apporté cette expérience ?

Elle m’a éveillé et stimulé. Coco Chanel a grandi dans l’orphelinat d’un couvent de sœurs et, par la suite, elle a pu se lancer dans la mode. Sa marque luxueuse est reconnue internationalement. De retour sur Bujumbura, ma première entreprise, une agence de tourisme. Là, j’ai vu que des touristes voulaient acheter des souvenirs du Burundi, mais les produits artisanaux sur le marché n’étaient pas attrayants. Je me suis mise à créer des modèles que des artisans fabriquaient.

Les touristes étaient ravis d’acheter directement chez les créateurs et ces derniers étaient aussi contents parce qu’ils apprenaient beaucoup et étaient mieux payés.

Et comment avez-vous lancé Kaz’O’zah Art ?

Nous avons commencé à travailler officiellement en 2012. L’idée était de moderniser l’artisanat burundais tout en gardant son authenticité. A l’atelier, je crée des modèles et je guide les artisans à les fabriquer. Des formations ont été dispensées pour renforcer les capacités de chaque artisan. On se focalise sur la production des articles qui répondent au besoin de notre clientèle. Nous sommes épaulés par notre équipe administrative (Finance, graphisme, design, communication, administration, logistique et production.)

Votre entreprise compte combien d’employés ?

Nous sommes plus d’une centaine. Il y a 35 artisans permanents et 8 administratifs basés ici au siège de Kaz’O’zah Art et 90 artisans que nous avons formés dans 4 provinces et avec qui nous travaillons à temps partiel.

Vos prix sont-ils abordables ?

Oui, mais il n’y a pas de marchandage. Par exemple, une robe en pagne est vendue à 70 000mille Fbu. C’est une façon d’honorer le travail des artisans qui vivent de leur art. Les gens pensent que les produits locaux doivent être moins chers. Il faut changer cette mentalité !

Qui sont vos clients ?

Des Burundais, des expatriés, des entreprises, des ONGs (pour des produits de communication ou de promotions), des maisons chargées de l’événementiel, des décorateurs d’intérieur, des hôtels,…

Que vous apporte le fait d’être une jeune entrepreneuse ?

Je suis fière de voir que l’équipe avec qui je travaille progresse bien professionnellement et individuellement. Nous vivons ensemble une grande expérience. Je suis heureuse d’avoir participé quatre fois à la foire internationale de tourisme à Berlin, à des expositions à Moscou, Ottawa, Cologne, Mexique et à plusieurs conférences aux Etats-Unis.

Vous avez des projets pour développer votre entreprise ?

On prévoit d’accroître la production sur le marché international. Les artisans bénéficieront de notre programme “Art Innovation Incubator”, un programme qui leur permettra de former des coopératives et de devenir des partenaires de Kaz’O’zah Art au lieu d’être des employés.

Avez-vous peur de la concurrence ?

La concurrence est signe de bonne santé dans un secteur donné. Moi, elle me stimule! Chaque business a sa propre touche et son point fort. Je me focalise au mien et je travaille dur pour donner le meilleur de moi-même. Comme “les gouts et les couleurs ne se discutent pas” chaque business a sa clientèle.


Bio express

Ange MuyubiraTroisième d’une fratrie de six enfants, Ange Muyubira, 38 ans, aime beaucoup apprendre et travailler dur avec des gens qui ont le sens de la collaboration. Comme loisirs, elle aime tout ce qui est « fun », voyager, découvrir d’autres contrées, regarder la télévision, lire des livres, danser. Mes amis me surnomment « Amie du Disc Jokey », lance avec un sourire cette « born again ».


Témoignages

« C’est une femme exceptionnelle »

Aimée Ntukamazina (alias Bébé), chargée de la clientèle et de la vente chez Kaz’O’zah Art depuis 2 ans.

Aimée Ntukamazina : « j’ai eu de la chance d’apprendre beaucoup des choses sur l’artisanat. »

Aimée Ntukamazina : « j’ai eu de la chance d’apprendre beaucoup des choses sur l’artisanat. »

Kaz’O’zah Art m’a beaucoup aidé : j’ai un salaire, l’entreprise paie les frais de mes études alors que j’avais arrêté. Aujourd’hui, je parle bien l’anglais, raconte Mlle Ntukamazina. « J’ai beaucoup appris de la vie, je rencontre des personnes qui me poussent vers l’avant, j’ai eu de la chance d’apprendre beaucoup des choses sur l’artisanat… »

La chargée de la clientèle et de la vente manque de mots pour qualifier sa patronne. La patronne de Kaz’O’zah Art, d’après elle, est à l’écoute des gens, elle fait tout pour le bon fonctionnement de son entreprise. « Malgré la crise Madame Muyubira nous a donné un bonus sur nos salaires pour nous motiver afin d’avoir un bon rendement. » Aimée Ntukamazina se souvient qu’elle a rencontré sa patronne dans un salon de coiffure. « Elle s’est entretenue avec moi, nous sommes devenues des amies et elle m’a embauché. Et ça tombait à pic parce j’ai étudié l’Hôtellerie et le Tourisme (Akilah Institute for women)», conclut la responsable des ventes.

« C’est une vraie créatrice de modèles »

Audace Sabushimike, couturier de Kaz’O’zah Art depuis trois ans croit dans cette entreprise

Pour M. Sabushimike le business d’Ange continuera à fleurir parce que les produits proposés sont de qualité.

Pour M. Sabushimike le business d’Ange continuera à fleurir parce que les produits proposés sont de qualité.

Ange Muyubira a rencontré une fille qui portait une robe que Sabushimike avait cousu. Elle a aimé le modèle. Elle a contacté le couturier. L’aventure venait de commencer. Pour l’artisan, sa « patronne est une vraie créatrice »

Audace Sabushimike a apprécié les formations données par un expert étranger invité par Kaz’O’zah Art. Avant de travailler avec Ange Muyubira, se rappelle-t-il, il recevait trois clients par semaine, aujourd’hui il en accueille cinq par jour. « Je me suis marié, j’ai construit une maison et je travaille dans un climat harmonieux à Kaz’O’zah art. La vie est belle ! » S’exclame, avec un sourire, Audace Sabushimike.


Conseil d’un pro

« Il faut qu’elle reste sur la même lancée »

Pour Pierre-Claver Nduwumwami, directeur général du Burundi Business Incubator (BBIN), est admiratif. En effet, rares sont les ’’produits’’ de la diaspora qui osent rentrer pour faire bénéficier le pays de leur talent.

Ange fait en sorte que chaque employé se sente appartenir à une famille, dixit M. Nduwimana.

Ange fait en sorte que chaque employé se sente appartenir à une famille, dixit M. Nduwimana.

Le patron du BBIN trouve courageux qu’une personne rentre au pays pour créer de l’emploi, faire un impact sur sa communauté. « Nombreux sont les Burundais qui se trouvent à l’étranger et qui ont fréquenté de bonnes écoles, qui ont de l’expérience, qui connaissent bien le marché international, mais rare sont ceux qui font ce que Mlle Muyubira a fait. » Il précise qu’elle aurait pu choisir de continuer à travailler pour la Maison Coco Chanel, mais elle est revenue. C’est un modèle, elle n’a pas eu peur de foncer, elle a appris à se mesurer au monde. « C’est une nouveauté ce qu’a entrepris la patronne de Kaz’O’zah Art. Elle adapte de façon illimitée le pagne sur toutes sortes d’articles vestimentaires, de décoration,…», constate M. Nduwimana.

Il indique que Kaz’O’zah Art est une entreprise sociale. Ange fait en sorte que chaque employé sente qu’il appartient à un groupe, à une famille plutôt que de penser tout le temps au salaire. Le DG du BBIN explique que le savoir-faire s’apprend et peut se développer, mais le savoir-être (dévouement, l’honnêteté, le don de soi…) ne l’est pas aussi facilement. Sur ce, Ange privilégie moins les compétences lors du recrutement. C’est par le travail en équipe qu’ils peuvent donner un bon rendement et des produits de qualité.

C’est pour cette raison, explique-t-il, que Mlle Muyubira continue à vendre les articles qu’elle fabrique malgré la crise que nous traversons. Il y a des gens qui sont prêts à mettre le prix, surtout les étrangers. « C’est un des avantages des entreprises qui exportent leurs marchandises. Il faut qu’elle aille de l’avant et qu’elle reste sur la même lancée », conseille Pierre-Claver Nduwumwami.

  11   Vos commentaires
  1. Marinzi

    Courage, et plein succes a vous.
    Au ministere du tourisme elle etait tres competente et innovatrice, grace a l’equipe d’alors 9y compris sa contribution), le Burundi avait meme pu rafler des premiers titres lors des foires internationales a l’etranger, chose rare ici… Sauf que la politique aidant, meme une equipe gagnante est remplacee par celle « qui est politiquement correcte »….

  2. Stan Siyomana

    « …rares sont ceux qui font ce que Mlle Muyubira a fait » (par Pierre-Claver Nduwumwami).
    1. En tant que Directeur de Burundi Business Incubator (BBIN), Mr Pierre-Claver Nduwumwami est/doit etre bien au courant du mauvais classement du BEAU PAYS DE MWEZI GISABO (PAYS QUI EST SOUS LA DICTATURE DU 3 EME MANDAT PRESIDENTIEL AU BURUNDI) dans les differents rapports de Doing business, ou de Transparency International (pour la question de corruption) ou d’indice de developpement humain (le Burundi est classe 184 eme sur 188 pays du monde), ou sur l’insecurite (liee au manque d’etat de droit, coups d’Etat, rebellions, guerre civile,…).
    2. La sud-africaine Trudi Makhaya (= Chief Executive Officer of Makhaya Advisory) pensait surement a un pays comme le Burundi quand elle a reconnu qu’il y a un genre de pays emergeant (ou plus precisement en voie de developpement?)/emerging market, « un qui est, par occasions, bouleverse par de grandes crises: hyperinflation, conflits et desastres naturels qui sont amplifies par la mauvaise gouvernance des dirigeants/human mismanagement.
    Peu importe les efforts des entrepreneurs, IL EST TRES DIFFICILE DE REUSSIR DANS UN TEL ENVIRONNEMENT/however innovative and wily entrepreneurs might be,it is very difficult to thrive in the second kind of emerging market… »
    (Voir Trudi Makhaya: « Economic errors take SA back to square one », http://www.bdlive.co.za, January 5, 2016).
    3. Combien de musiciens burundais, combien de dirigeants de radios privees, combien de dirigeants d’organisations non-gouvernementales (ONG), combien de centaines de milliers de citoyens burundais lambda/ABANYAGIHUGU BA NYARUCARI, combien d’entrepreneurs burundais ont du fuir la dictature du 3 eme mandat au Burundi?

    • OYA

      Selon toi, quand il y a une discussion en famille, le meilleur remède est-il de prendre les lances et de s’entretuer ? Le mandat n’a pas été digéré par certains, mais ce sont ceux-ci qui ont déchainé le chaos. Il y avait une solution plus sage: attendre 2020; là il n’y aura plus de prétexte ou d’interprétation ambivalente de la Constitution.

      • Ntamvo

        Bon defenseur et c’est ton droit!
        Il a deja clairement et publiquement dit a ses militaires qu’il veut changer la constitution pourquoi….2020? On ne viole jamais un texte pareil sans s’attendre a des effets negatifs. Il fallait dire oui oui, tous d’accord!!! Meme son prorpre parti n’etait pas d’accord, pourquoi blamer les autres?
        Et cette corruption, l’injustice de Mr. Bagorikunda, le chomage des jeunes diplomes (qu’on reduit mechamment en nombre en les exterminant plutot…), la discrimination a l’emploi (oublier les competences, soit il faut etre du parti avec un gros piston, soit il faut payer en corrompant, soit il faut etre une de ces belles filles/femmes prete a dormir avec le patron). 10 ans sont suffisants pour contribuer au developement du pays, or il semble que ce sont plutot les gros poissons qui se sont servis seuls. Ou sont passes ces soins gratuits maintenant? Il parait que tout est devenu tellement exorbitant pour compenser ce qui aurait ete gratuitement utilise…..

        • Mariya Budangwa

          @ Ntamvo

          Tu dis que 10 ans sont suffisants pour contribuer au développement du pays soit, mais quel développement on a eu en 40 ans depuis l’indépendance. Quant au chômage des jeunes ce n’est pas seulement au Burundi même dans les pays industrialisés le chômage est là.(crise économique mondiale).

      • Stan Siyomana

        @Oya
        1. Vous pouvez bien trivialiser la situation du Burundi avec « une discussion en famille » (ALORS QUE MEME CERTAINS FRONDEURS DU PARTI AU POUVOIR CNDD-FDD ONT DU FUIR LE PAYS), avec « une solution plus sage: attendre 2020 » (alors que les memes causes produisent les memes effets et que le CNDD-FDD etait ne a Kamenge pour combattre la dictature militaire du major Pierre Buyoya), mais il reste que TOUT ENTREPRENEUR/INVESTISSEUR AU BURUNDI OU N’IMPORTE OU AU MONDE DOIT TENIR COMPTE DU RISQUE POLITIQUE ENTRE AUTRES(= RISQUE QUI EST POUR LE MOMENT TRES ELEVE AU BURUNDI).
        2. Meme en Afrique du Sud ou certains se plaignent des degats economiques du mauvais leadership du president Jacob Zuma, Alec Hogg (= redacteur-en-chef de BizNews) reconnaissait que le livre « The Hidden thread » (d’Irina Filatova et Apollon Davidson) (livre qui explore les relations de l’Afrique du Sud avec l’ancienne Russie sovietique) « Helping me make sense of some rather confused economic decisions by my country »/le livre m’a aide a comprendre les mauvaises decisions economiques prises par mon pays.
        (Voir Alec Hogg: « Here’s why SA’s « comrades » embrace failed Soviet-style economic policies », http://www.biznews.com, January 7, 2016).
        Cen

  3. Pontien NDAYIZEYE

    Bravo pour Ange Muyubira et Courage a toute son équipe. C’est une bonne contribution pour l’économie nationale et la visibilité du pays au niveau internationale. J’aime

  4. TANGA

    Bonjour,
    N’aurait -t-il pas alors pour elle et pour nous de publier aussi son adresse professionnelle, dans le cas où!!!
    Un tout grand merci

    • gentille

      Son adresse?

    • Stan Siyomana

      @Tanga, @Gentille
      1. Sans preter de mauvaises intentions a qui que se soit (envers l’entreprise Kaz’O’zah Art), vos commentaires sont semblables a ceux qui ont suivi la publication d’un article sur l’orfevre Peter Munyoki (a Kirinyaga Road, Nairobi au Kenya):
      Murugs demandait: « J’ai besoin des coordonnees de Munyoki tout de suite. Quelqu’un peut m’aider? »
      Itsnotyetuhuru repondait: « So that? So that you can go rob him? »/Et ca pourquoi faire? Pour que vous alliez le devaliser?
      Murugs s’est quand meme defendu avec la reponse: « An**** who does not know how to make money would not know or even understand why… »
      (Voir Simon Ciuri: « How the goldsmith family of Kirinyaga Road struck it rich », http://www.businessdailyafrica.com, 15 June 2015).
      2. L’on voit bien combien le probleme d’insecurite preoccupe les citoyens lambda/WANAINCHI dans les pays de la sous-region de l’East African Community.

      • tanga

        @stan siyomana, (kumbure umutindi arota ico ababaye), je vis probablement à plus de 6.000 km de là, mon intention n’est pas vraiment celle de dévaliser, mais cela montre que les Burundi, nous souffrons encore d’un grand problème de sous- développement mental.

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